‹ Au Tonkin, 1884-1885Chapitre 45 sur 104 · CHAPITRE DKUXIKMIÎ · texte numérisé non relu

CHAPITRE DKUXIKMIÎ

en maLériel. Il pourra donc se réorganiser bien vite, nous obliger ainsi à le poursuivre longtemps, et à éterniser ainsi une lutte qu'il eût été logique de rapidement terminer, fût-ce même au prix de quclqvies sacrifices.

La ville et la citadelle sont absolument désertes, persistent à dire les indigènes. Et cependant les ordres qui sont donnés ce soir, en prévision de la marche de demain, paraissent démontrer que le général en chef et son état-major veulent encore ignorer celte évacuation, et douter de la fuite de Tennemi.

A neuf heures du soir seulement, alors que la ville achève de brûler, le général se décide à télégraphier :

« J'ai bombardé Hong-Hoa pendant six heures; la ville est en flammes. L'ennemi se serait retiré après avoir incendié les villages avoisinants. »

Sa dépêche laisse supposer qu'il s'attendait à une vive résistance, qu'il redoute encore quelque surprise, et que, dans cette prévision, il n'a pas arrêté son plan de marche en avant. Les ordres paraissent également le démontrer. Les voici :

« ORDRE GÉNÉRAL n" 32

<i Demain, 12 avril, à six heures du matin, la deuxième brigade, ainsi que les troupes et services qui marchent avec elle, se mettront en mouvement pour passer sur la rive gauche de la rivière Noire. Une quinzaine de jonques et quatre remorqueurs serviront au passage de la brigade, du génie, des aérostiers, de l'ambulance et du train. Le Cua-Cam (remorqueur) sera affecté aux deux batteries de 80 millimètres et à la batterie de 95. L'opération aura lieu dans l'ordre suivant :

« Deux bataillons d'infanterie avec deux batteries de montagne; la troisième batterie de montagne de la deuxième brigade. Les batteries de 80 et de 95, actuellement en position derrière le quartier général, ne seront transportées sur la rive gauche que lorsque les deux bataillons d'infanterie et les deux batteries de montagne seront établies. Passeront ensuite les deux autres bataillons, la batterie de 80 laissée par la pre-

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mière brigade, le génie, les acrosliers, Tambulance, la gendarmerie et le train.

« Lorsque la deuxième brigade sera sur la rive gauche, elle occupera les villages qui s'étendent depuis La-Thuong jusqu'à la pagode située au confluent du fleuve Rouge et de la rivière Noire. Le général commandant la deuxième brigade fera tenir le pont de pierre qui se trouve à deux kilomètres environ des berges ouest de la rivière ]Soire, sur un arovo qui va du grand lac au fleuve Rouge. Ce pont ne devra pas être dépassé avant nouvel ordre.

(i La floulllc se tiendra à la droite de la deuxième brigade, dont elle suivra les mouvements. Elle concourra à l'attaque des ouvrages et de la citadelle de Hong-Hoa ; mais son action devra s'exercer spécialement en vue d'empêcher le passage de l'ennemi sur la rive gauche, et la destruction du pont qui réunit les deux rives.

u Le général commandant la deuxième brigade et le commandant de lartillerie choisiront chacun un point favorable pour l'embarquement des troupes sur les jonques, et de l'artillerle sur le Cua-Cam, étant donné que le débarquement devra se faire dans le voisinage de la route directe vers Hong- Hoa.

« La première brigade et le général Brière ont passé la rivière Noire à 8 kilomètres du confluent, à hauteur de Bat- Bac, pour prendre la route de montagne et tourner Hong- Hoa, où ils doivent pénétrer demain, dans la matinée. »

12 avril. — Tels sont les ordres. Ils sont ponctuellement exécutés.

Le défilé de la brigade Négrier commence dès sept heures du matin. Le général en chef, assis devant son cantonnement, le monocle dans l'œil, en examine attentivement les divers échelons. La marche est régulière, mais d'une désespérante lenteur. Après une pause de plus de trois heures à mi-cote de la rivière Noire, l'ambulance peut enfin franchir à son tour, sur les rares sampans amarrés à deux chaloupes à vapeur demeurées à sa disposition.

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