‹ Au Tonkin, 1884-1885Chapitre 56 sur 104 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

(les pieuses pratiques. Il ne eontienl que le corps. El c'est dans la maison, sous l'autel des ancêtres, surmonté de sa tablette indicatrice, qu'a dû se réfugier l'esprit. C'est donc là qu'il importe de le retenir, là par conséquent qu'il faut riionorer, lui présenter régulièrement les aliments de chaque jour. C'est ainsi seulement qu'il veillera sur la famille, qu'il ne voudra plus quitter avant d'avoir mérité, par ses bienfaits, le repos éternel dans le Nirvana. C'est encore pour obtenir cette immense faveur d'une résidence fixe que les autels des ancêtres, aux jours anniversaires, sont religieusement couverts de fleurs, d'encens et de mets recherchés. Si la pieuse pratique était négligée, si les honneurs rituels ne leur étaient pas régulièrement rendus, les esprits quitteraient l'abri familial pour se répandre dans l'espace, peut-être s'incorporer à de mauvais génies, et dès lors semer le mal.

Très habituellement, la mise en terre est suivie d'un repas offert à tous les assistants.

La durée règlemeiilairc du deuil varie de un à trois ans, suivant le degré de la parenté. Pendant ce temps, la loi interdit toute manifestation joyeuse, et même le mariage.

Telle est la pratique habituelle, telles sont les croyances. En réalité, les lettrés seuls ont conception de l'immortalité de l'âme et de ses migrations possibles dans le temps et dans l'espace. Les indigènes de la classe moyenne que j'ai, à cet égard, fréquemment interrogés, n'en ont qu'une vague intuition ; ils ne savent pas interpréter les diverses pratiques qui la consacrent. Pour eux, le culte des ancêtres et les funérailles sont une pieuse habitude, une tradition religieuse et comme un besoin du cœur auxquels ils se soumettent sans plus de réflexion.

« C'est un devoir, médisait aujourd'hui mon interprète, on ne le discute pas. Il y a de bons et de mauvais esprits. Il faut honorer les uns et les autres, autant pour les décider à faire le bien, que pour les empêcher de faire le mal. »

Les lettrés, ceux du moins qui sont instruits des doctrines de Bouddha ou de Confucius, ajoutent seulement :

"Tous nous sommes égaux devant la mort. Il n'y a point de

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différence entre l'être et le non-étre. Dieu seul est Dieu, seul il est éternel. L'âme est immortelle. Les âmes parfaites, alors qu'elles sont séparées du corps, s'en vont dans le iSirvana, coûter le repos altsolu. Celles des justes n'avant pas encore acquis la perfection demeurent dans la famille et la protègent jusqu'au jour de leur lil)ération complète par la perfection. Celles des méchants demeurent longtemps errantes dans l'espace, s'incorporent parfois à de mauvais génies pour faire le mal, et finalement deviennent tout à fait impuissantes... »

De même donc que la vie corporelle n'est rien qu'une incessante vibration indispensable aux e'changes moléculaires, la vie dans l'au-delà n'est, pour les bouddhistes, que l'incessante vibration d'une âme qui, du fait de son amélioration progressive et de son expansion, se rapproche graduellement de Dieu pour arriver, avec la perfection, à se fondre définitivement en lui qui est la Lumière et acquérir enfin, ainsi, la parfaite connaissance de l'Univers, dans le passé autant que dans le présent et dans l'avenir.

La vie, la mort, l'immortalité de l'âme, c'est la révélation de Dieu. Qu'il soit dit émanation de Braghavan le pur esprit, de Brahma le créateur, ou bien de l'Etre suprême, de celui qui est, du Dieu créateur ou du Dieu rédempteur, c'est le Principe. Pour les adeptes de Brahma, comme pour les juifs, les musulmans ou les chrétiens, pour quiconque reconnaît un Dieu, il est immuable. Mais son interprétation varie.

Çakia Mouni est le sage, il est Bouddha, mais il n'est pas Dieu. Confucius et ses successeurs sont également des sages, des Bouddhas, mais ils ne sont que des hommes, et par conséquent exposés à l'erreur. Errare humanum est.

Le Christ Bédempteur est Dieu. Il ne peut se tromper.

Brahmanistes et bouddhistes ont longuement médité les Védas, les livres sacrés ; ils les ont interprétés au gré de leur imagination. La parole humaine rétrécit la vérité, la défigure dans l'erreur ou l'exagère dans la passion.

Jésus-Christ ne s'est pas contenté d'interpréter le Décalogue et la loi de Moïse ; il a dicté l'Évangile, qui est la voix de Dieu.

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