‹ Au Tonkin, 1884-1885Chapitre 58 sur 104 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

sa poitrine et sur ses mains. Grâce à leur invocation, il en est actuellement délivré. »

Superstition sans doute ! Et cependant, il apparaîtclairement (juc l'âme est susceptible d'être journellement impressionnée j)ar d'autres esprits, anges ou démons, intermédiaires entre riiomme et Dieu. C'est l'universelle tradition, commune à tous les peuples. Tous admettent l'existence des esprits, bons ou mauvais, capables, non pas sans doute d'anniiiiler, mais au moins d'entraver la liberté, comme sûrement aussi de modifier l'action physique, et ne relevant que de la volonté du Dieu tout-puissant. Et chez tous les peuples, des exorcistes ont pu recevoir inconsciemment, de Dieu même, le pouvoir de chasser les mauvais esprits.

La science s'en défend, alors qu'elle s'appelle le Matérialisme, qui n'est qu'une inconséquente constatation de ce qui est, ou bien le Rationalisme et le Positivisme qui aboutissent fatalement à la négation même de la Raison. Elle veut alors, se payant de mots, n'admettre dans cette puissance des esprits que de l'Hypnotisme. Soit; mais, qu'est-ce donc que l'hypnotisme? sinon la constatation d'un phénomène dont l'explication nous échappe, d'un fluide cosmique qui devient un médiateur entre l'esprit et la matière, entre le corps et l'âme. N'est-il pas évident, d'autre part, que la matérialité de l'âme est aussi incompréhensible que la matérialité de l'hypnotisme, qui n'est, lui-même, définissable que par ses effets.

Qu'elle soit dite négative, sensitive ou raisonnable, l'âme se manifeste à nous par les impressions qu'en reçoivent nos organes comme dans les affirmations de la conscience et de la volonté, dans l'activité de cette faculté qu'elle possède de sentir et de vouloir autant que d'avoir des idées et de les raisonner. Si donc il est juste de répéter après Donald : l'homme est une intelligence servie par des organes, n'est-il pas évident que cette superbe définition n'est que la constatation d'un fait que peut seule nous expliquer la révélation d'un principe originel qui est Dieu, et dont notre âme est la volontaire émanation.

AU TONRIN

Que Dieu créateur ait permis le mal, cela paraît d'abord irrationnel. N'est-il pas très rationnel cependant d'admettre qu'il n'a voulu ni pu nous créer ses égaux, Quis ut Deus, mais qu'en nous donnant une àme consciente et libre, il a voulu nous permettre de nous approcber graduellement de sa perfection. La conscience, ce véritable sens moral, qu'il a mis en nous, du bien et du mal, nous dit aussi la liberté du choi.K, et l'exercice de la liberté comporte, nécessairement, l'idée d'une sanction nécessaire, assurément très compatible avec une nette conception du monde des esprits migrateurs, sans cesse en voie de perfectionnement ou volontairement condamnés à la progressive déchéance.

Jésus-Christ, le Dieu rédempteur, ne nous a-t-il pas dit, du reste, lui aussi, le monde invisible des Esprits, les Anges et les Démons, les Possessions et les Possédés.

<( Lorsque l'esprit immonde est sorti de l'homme, dit-il dans l'Évangile, il erre par les lieux arides cherchant le repos, mais il ne le trouve pas, et il va prendre alors sept autres esprits plus pervers que lui. »

Alors que l'illustre Kant, partant des doutes de la raison spéculative, fait appel à la raison pratique pour reconstituer la certitude, il conclut, lui aussi, à l'existence des esprits.

« Bientôt, et le temps en est proche, dit-il, on arrivera à démontrer que l'âme humaine peut vivre de cette existence terrestre, en communication étroite et indissoluble avec les entités immatérielles du monde des Esprits. »

Les brahmanistes dans les Védas pensaient de même. Et de même encore les bouddhistes et Confucius.

C'est donc la croyance universelle. L intime perception l'impose et la raison s'incline. « La science, a dit Claude Bernard, s'arrête aux causes prochaines des phénomènes, la recherche des causes premières n'est pas de son domaine. » Est-elle sincère, alors qu'elle prétend méconnaître l'idéal? il est assurément permis d'en douter.

Donc il faut l'admettre : il y a des esprits indépendants, capables d'exercer une action mystérieuse. Il y a l'Esprit du mal, il y a l'Esprit du bien. Ils agissent par impulsion. L'àme

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