‹ Au Tonkin, 1884-1885Chapitre 7 sur 104 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

cueillir une fleur de son petit jardin pour son amie de France, ma fille chérie. Et puis encore, avant de nous quitter, tous ensemble, hommes, femmes et enfants, nous trinquons, me disent-ils, à la {jloire de France, au succès de ses armes, à son illustre fils M. de Lesseps et à notre heureux retour. Il fallait rejoindre le Saini-Germain . En quittant ces braves gens, j'avais au cœur cette constriction pénible qui veut refouler les larmes, et les rouges casaques anglaises me poursuivaient de leur occulte surveillance.

Notre tour arrive enfin ; il est près de midi. Le Saint-Gennain poursuit son chemin avec la même prudente lenteur, à peine modifiée dans la traversée du lac Menzaleh, et vient se garer à El-Kantara, un très modeste village, d'où partent les caravanes se rendant en Syrie. Un pont de bateaux, mobile dans son milieu, y relie les deux berges. C'est dans le voisinage, nous dit-on, que huit cents Arabes égyptiens, suspectés partisans d'Arabi pacha, il y a deux ans à peine, furent impitoyablement mitraillés par un navire anglais. Les malheureux étaient réfugiés sur un mamelon entouré d'eau ; pas un n'échappa. Les Anglais ont couronné ce mamelon d'une redoute qui recouvre leurs ossements.

Dans la plaine, un long convoi de chameaux; le long de la berge, une nuée de mendiants indigènes, avec lesquels nos troupiers, parmi lesquels quelques vieux africains, engagent les conversations les plus fantaisistes. Longtemps ils accompagnent le navire, se disputant avec acharnement les quelques sous et biscuits que nous leur jetons.

Et la route se poursuit, plus lentement encore, le long de cette berge de sable d'où n'émergent, de temps à autre, que quelque croix de bois, recouvrant la mortelle dépouille d'un chrétien. A courte distance d'El-Kantara, le canal, moins large, devient souvent tortueux, ce qui oblige chaque navire à se pourvoir d'un pilote qui le précède sur une chaloupe, et lui indique, à l'aide de signaux conventionnels, l'allure obligatoire pour éviter un échouage.

Nous voici dans le lac Kimsa, assez profond et assez large pour permettre d'accélérer la marche, sous la réserve de ne

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