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se point écarter d'un jalonnage de corps flottants soigneusement disposés par l'administration du canal. El bientôt nous sommes en vue d'Ismaïlia, une véritable oasis plantée de superbes arbres. Tout près de là, sur un mamelon, se trouve le palais du vice-roi, cbalet entouré d'une véranda. C'est de là, nous dit-on, que l'impératrice Eugénie, en 18G9, a présidé l'inauguralion du canal. Des fêtes splendides y furent données en son honneur par le khédive. La roche tarpéienne est tout près du Capitole. Sic transit (jlnria mundi. Voici qu'un prêtre, un Français sans doute, accompagné d'un jeune homme, s'approche de la berge, se découvre et se tient, malgré le soleil, tête nue jusqu'après notre passage, tout heureux, semble-t-il, de pouvoir saluer le drapeau de la Patrie, s'en allant fièrement au combat.
C'est d'Ismadia que part le chemin de fer qui relie le Caire à Alexandrie; c'est également à Ismaïlia qu'aboutit, dans un immense réservoir, la dérivation du canal de Mahmundipats, creusé dès 1819, au prix des plus rudes sacrifices, par Mohamed Ali, et lui-même dérivé du Nil, pour alimenter d'eau douce tout le pays, entre le Caire et Alexandrie ; c'est aussi non loin de là que se trouve Tell el Kébir, où se livra la bataille qui, en 1882, soumit Arabi pacha et l'Egypte au joug des Anglais. Malheureusement le Saint- Germain n'y séjourne pas. Et quand, vers sept heures du soir, nous mouillons à l'entrée des lacs Amers, nous sommes trop éloignés déjà pour revenir à la ville et la pouvoir visiter.
\^ janvier. — Dès le matin on franchit rapidement les lacs Amers, assez profonds et assez larges pour permettre une certaine allure. Et vers midi nous sommes en vue de Suez, à l'entrée de la mer Rouge. Suez, aux blanches maisons, aux minarets caractéristiques de toute agglomération musulmane, parait s'étendre dans une oasis reliée au port par une longue digue, à l'extrémité de laquelle, entourés d'une luxuriante plantation, se trouvent les bâtiments de la compagnie du canal! J'avais quelque espoir d'y rencontrer ma nièce,
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Mme Russovich, et son mari; vaine attente! Et le commandant Trauij, qui subit aussi péniblement que nous l'inquiète surveillance des Anglais, étonnés, semble-t-il, de l'inertie de notre gouvernement en présence de leur mainmise sur le canal de Suez, nous laisse tout juste le temps de confier quelques lignes à la poste. Notre consul est là, du reste, redoutant peut-être quelque protestation de la part des soldats de France, et lui aussi presse notre départ, qui, cette fois, doit précéder celui de V Annamite, obligé de renouveler ses approvisionnements de charbon.
Le canal de Suez, construit par les Français, avec de l'argent français, est-il donc véritablement devenu la propriété des Anglais? On voudrait en douter, espérer encore qu'il redeviendra, sinon propriété française, du moins libre passage international, garanti par une convention des puissances intéressées. Et cependant, comme à Port-Saïd, non seulement une frégate armée en garde la sortie, mais encore les rouges casaques groupées en un camp retranché, dans le voisinage de la digue, paraissent le vouloir conserver sans partage. Gomment n'être point attristé de notre apparent consentement de cette sournoise occupation progressive de l'Egypte, où la France, très généralement aimée des indigènes, a semé si largement son sang et son argent, où depuis longues années déjà, elle a construit, sur le cours du Nil, plusieurs barrages qui assurent la constante fertilité du sol, où, surtout, elle a, du fait même de sa situation en Europe, de si puissants intérêts! Ce ne sont pas, certes, les avertissements qui lui ont manqué : « La conquête de l'Egypte, a dit déjà Lcibnitz à Louis XIV, assure la possession des Indes, le commerce de l'Asie et la domination de l'univers. » Les Anglais le savent bien, et c'est là ce qu'ils veulent. Ils tiennent Gibraltar, il leur faut l'Egypte avec le canal de Suez et toutes les issues de la Méditerranée. Ainsi, sûrement, ils domineront le monde. Et la France et les grandes puissances paraissent s'y résigner! Rule Britannia!
En route donc pour Aden; le golfe s'élargit, Suez disparaît. Et voici, disent les érudits, que nous traversons, à notre
tour, ce passaf^e que Moïse fit à pied sec, alors qu'il entraînait à travers la mer Rouge les Israélites qu'il voulait soustraire à l'esclavage égyptien. Tout près de nous, à la côte, voici sa première étape dans la presqu'île, au pied du mont Slnaï, où il devait recevoir la loi de Dieu avant de conduire son peuple à la conquête de la terre promise. Voici la miraculeuse fontaine qu'il fit sortir de l'aride rocher pour étancher sa soif. C'est l'histoire de l'émigration d'Israël que nous revivons en passant. Puis, tout s'efface, la nuit vient subite; et le Sainl-Germain poursuit sa route.
'20 janvier. — A sept heures, ce matin, le thermomètre, à l'ombre, accuse 29 degrés ; et l'eau de la mer, lentement puisée à 7 mètres de profondeur, en marque 21. Vainement, du reste, nous lui cherchons la rouge couleur que lui communiquent parfois, paraît-il, des algues microscopiques observées par les Hébreux, qui, de ce fait, l'avaient désignée sous le nom de mer des Algues. Elle n'est pas actuellement apparente,
Vers midi, nous côtoyons, par tribord, les îles des Frères, deux rochers dangereux, paraît-il. Et ce soir, nous reconnaissons les feux des îles d'El-Haura. C'est dans cette région, disent les anciens matelots, qu'on observe, le plus habituellement, le mirage, ce phénomène de réfraction dont l'armée française, pendant ses étapes dans les plaines de la Basse- Egypte, a si souvent éprouvé la décevante illusion, et dont l'illustre Monge fut le premier à donner une scientifique observation.
Cette nuit, nous franchirons le tropique du Cancer.
21 jativier. — Nous voici donc par le travers des côtes de Nubie, en pleine région tropicale. Et ce matin, malgré le temps couvert, le thermomètre marque 32 degrés. Vers midi, nous sommes à hauteur de Djeddah par 2I"28 de latitude nord, et 36°40 de longitude est, mais au large, et ayant complètement perdu les côtes de vue. C'est à Djeddah que se trouve, dit la légende, le tombeau de notre première mère;