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concession, entouré d'arhrcs, et dans une excellente situation, à proximilc du fleuve? L'état-major, parait-il, s'y est ahsolunicnt oppose. Il a, dit-on ouvertement, la prétention de tout savoir, de tout prévoir, de tout diriger, sans daigner entendre l'avis, même des plus compétents.
28 juillet. — Je reçois ce matin même avis d'avoir à m'embarquer immédiatement à bord du Kianj-yam , pour me rendre à Quang-Yem, devenu notre sanatorium du Tonkin. Le Kiang-Nam, commandé par un Chinois à notre service, est ce même bateau qui m'avait été confié, dès le début des opéralions, pour remorquer les jonques d'ambulance. Je m'y retrouve en pavs de connaissance. Mais vainement mou Chinois tente le passage parle canal des Rapides pour gagner les Sept-Pagodes, et directement Quang-Yem II doit, ])arait-il, rebrousser chemin et descendre le fleuve Rouge jusqu'au canal des Bambous, à l'entrée duquel il faut passer la nuit tout entière pour attendre la marée. C'est bien fatigant; et je suis à bout de forces. J ai du moins la satisfaction du dcillé; et véritablement le pavs mérite d'être vu, car il est un vérirable nid de verdure. Il n'y a pas un pouce de terre abandonné. Partout une culture très soignée, semée de villages entourés d'arbres et de jardins régulièrement plantés de patates aux tiges rampantes, de saros aux larges feuilles dentelées, de maïs mêlé de haricots nains, de cannes à sucre en épais fourrés, de petits mûriers et de longs aréquiers, de bambous aux tiges mobiles comme le vent et d énormes llchlis, de bananiers aux feuilles luisantes comme du satin et de superbes banians aux racines aériennes, souvent aussi d'orangers, de citronniers, de goyaviers, d'amandiers et d'hibiscus dont les belles fleurs ressemblent aux œillets si variés de notre France. Il y a là véritablement une intensité de culture, au milieu de superljes rizières, qui parait dénoter un réel bienêtre. Et cependant la misère physiologique est manifeste. C'est l'intensité de la vie végétative, au détriment, semble-t-il, de la vie animale.
Enfin, après trenle-deux heures de parcours, le Kiang-yam
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al)ordc la concession, ù hauteur do. rhôpllal d'Haï-Phong, où j'ai vcritahlcmcnt grand l)csoin de me reposer et d'allendrc, deux ou trois jours proljal)lenient, une occasion |)0ur Quang- Yem.
30 juillet. — Le trésorier payeur et Mme de Custine, qui sont, à IJaï-Phong, la providence des officiers malades, viennent m'enlever à l'hôpital, et me conduire chez eux, où, disentils, et j'en sms certain, je pourrai plus facilement me reposer, .l'y rencontre le général Brière de l'isle. La conversation, très vive entre quelques officiers et lui, roule sur les événements du jour, et tout particulièreuient sur le chef d'étatmajor, dont la manière d'être est décidément très sévèrement appréciée.
<i II a, dit textuellement le général Brière, sciemment trompe le général en chef, il a dédaigné tous les avertissements, et sûrement il est seul responsahle du malaise entretenu, semhlet-il, à dessein, entre les divers services de la marine et de la guerre. 11 faut qu'on sache enfin à qui incomhe la responsabilité des difficultés de chaque jour, et des fautes commises. »
Est-ce bien exact? C'est possible, car ce que dit si sévèrement le général Brière de l'isle, chacun, ici, le répète ouvertement. On rej)roche au chef d'état-major d'avoir systématiquement écarté les renseignements, d'avoir dédaigné les avertissements des résidents et des missionnaires, qui, paraîtil, avaient nettement annoncé la présence certaine d'une armée chinoise concentrée en avant de Lang-Kep. On lui reproche surtout l'état de malaise, presque de jalouse méfiance, qui rend parfois très pénihles les rapports quotidiens entre les divers services.
Et même les plus indulgents : Soit; il est responsable du désastre de Bac-Lé. Il eût dû le prévoir et eût pu 1 éviter. Mais il y a là peut-être une idée politique qui nous échappe. N'a-t-il pas voulu montrer la Chine astucieuse, méconnaissante de ses plus solennels engagements, afin de pouvoir lui imposer l'indemnité qui paiera les frais de la guerre? IN'est-ce pas là, peut-être, ce que voulait le gouver-
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nement, et ce qu'a réalisé le colonel sur les indications du pénéral Millot. Hommes politiques 1 un et l'autre, beaucoup plus que véritables soldats?
De fait, on assure que l'amiral Courbet a reçu l'ordre d'exiger une indemnité de deux cent cinquante millions. Les Gliinois, dit-on, promettront peut-être, mais ils ne tiendront pas. Ils chercbent à gagner du temps, afin de nous épuiser et de nous décourager. C'est toute leur tactique. Et cette tactique n'échappe à notre clairvoyance que parce que, peut-être, certains individus ont besoin de pécher en eau trouble. Patience, on verra bien !
SI juillet. — Nombreuses promotions dans la Légion d honneur, parmi lesquelles, au grade d'officier, l'héroïque lieutenant de vaisseau Hautefeuille, le commandant de Douvres de rartlllerle, le médecin-major Gentil, et le commissaire ordonnateur Frogier; au grade de chevalier les capitaines Klippfet, Tasson, de Saxe, Ghens, Yenturini, Bochet, Bressole, le médecin-major Baudot, le pharmacien-major Worms, dont les analyses d'eau ont assurément évité bien des dangers, les agents payeurs Massé et Felloneau. Ce sont, d'un commun accord, récompenses bien méritées.
fil juillet. — Une violente tempête, véritable trombe, signalée, paraît-il, par les observations barométiques, s'est abattue hier sur leTonkin; sa direction sud-est la portait tout particulièrement vers Nam-Dinh, où elle a causé de terribles ravages. A Quang-Yem, des arbres séculaires ont été déracinés. A Haïphong, quelques rafales de vent et des pluies torrentielles en ont été les seuls effets.
Les typhons et cyclones, si terribles au Tonkin, sont parfois subits, souvent aussi annoncés par des perturbations atmosphériques dont les indigènes paraissent parfaitement se rendre compte. Généralement alors, le ciel, toujours couvert, prend une teinte laiteuse, puis la nuit se fait, et la tempête éclate. Celle de 1882, pendant laquelle les eaux du fleuve Ilouge, repoussées par une énorme marée, se sont répandues
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sur toute la surface du delta, entraînant les bateauxau milieu des terres, et ravajjeant les villajjes, est citée comme une des plus terribles .Kt cependant les indijjènes ne paraissent pas s'en effrayer beaucoup. « Nos cajjnas sont détruites, disent-ils, et nos récoltes emportées, mais aussi les maladies; il vaut mieux avoir à reconstruire une paillotte (jue perdre la famille. » De fait, alors sans doute que la tempête a passé sans trop j;rands désastres, tous se livrent à de {grandes manifestations en l'bonneur de Bouddha, qui a terrassé le méchant esprit. Les Tonkinois savent du reste, autant que possible, {garantir les cagnas. Ils les soutiennent, à cet effet, dans une sorte de tenaille formée de très solides bambous. Ces baml)Ous, dont les grosses extrémités, fortement enfoncées en terre, sont reliées entre elles par de grosses chevilles qui les traversent au-dessus d'un n<eud, s'entre-croisent étroitement au-dessus de la toiture. Ainsi agencés, les bambous forment une sorte de tenaille qui enserre la cafrna, et défie la violence des vents.
1" août. — Me voici à Quang-Yem, dont le service de santé de la marine a fait le sanatorium, temporaire sans doute, au delta du Tonkin. La ville, relativement pro[)re, s'étend du pied de la citadelle jusque sur les berges de l'un des bras du fleuve Kouge, le Cuan-Nam-Trieu, à quinze milles environ de son embouchure dans la mer, dont il est séparé par une barre généralement infranchissable aux grands bateaux. Elle est le chef-lieu de la province du même nom, séparée de la province de Lang-Son par une chaine de montagnes qui est, dit-on, l'habituel l'epaire des pirates. La citadelle est à peu près complètement transformée en un vaste hôpital, où sont généralement envoyés les convalescents. On a longtemps agité la possibilité de faire, à Quang-Yem, le port de débarquement au Tonkin. Il apparaît, en effet, que les terrains de construction manquent à Haï-Phong, qui n'est, très généralement, qu'un immense marais. A Quang-Yem, un peu plus élevé au-dessus du niveau du fleuve, le sol sablonneux mêlé de cailloux paraît mieux à l'abri des décompositions organiques, au moins sur une petite étendue, car, à peu
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de distance, se retrouvent les mêmes marais infects d'où partent la fièvre et la dysenterie qui, cependant, y sont, diton, plus rares, et paraissent seulement à certaines époques de l'année.
La citadelle, en forme de guitare, est située sur un mamelon sablonneux calcaire, dans un site pittoresque, planté d'arbres séculaires, notamment de superbes pins qui protègent contre le soleil. Elle comprend, en outre des locaux de la troupe, une belle pagode et quelques habitations mandarines, actuellement occupées par les officiers et les divers services de l'hôpital. Le réduit seul est réservé à la garnison. L'hôpital proprement dit comporte plusieurs jiavillons isolés les uns des autres, avec salles de quinze à vingt lits et vérandas couvertes qui permettent la promenade. Ou a, de même, hâtivement aménagé une cuisine indépendante, une tisanerie et même une salle de bains et de douches à laquelle il ne manque que l'eau. C'est que, pour le moment du moins, l'eau manque à Quang-Yem. Il faut, à grands frais, l'aller chercher au village de Yen-Tri, à près de quatre kilomètres, l'eau des puits et citernes, du reste insuffisante, paraît-il, laissant généralement à désirer. Il sera facile, dit-on, eu égard à la différence de niveau, de réaliser un aqueduc qui, prenant l'eau à la source même, où elle est d'excellente qualité, approvisionnera largement toute la citadelle.
La ville tonkinoise, au pied de la citadelle, ne comporte actuellement qu'un millier d'habitants au plus. Sa rue principale aboutit directement au fleuve. Les habitants y sont en majorité catholiques. La mission du Quang-Yem, l'une des plus importantes du Tonkin, appartient à la juridiction espagnole; elle est en partie desservie par des prêtres indigènes, généralement peu instruits, mais très dévoués, et parlant tous un latin fantaisiste qui nous permet de les comprendre, d en être compris, et d'avoir en eux de précieux auxiliaires. Avant l'occupation française, il était, en effet, parait-d, interdit aux catéchistes appelés à la prêtrise de parler entre eux une langue autre que la langue latine. La précaution n était pas sans doute inutile, en ce sens qu'elle permettait
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aux seuls initiés de se coniprendre entre eux, et surtout, diton, j)arcc qu'elle était moins suspecte aux mandarins, redoutant, avec l'introduction des langues européennes modernes, l'inlluence de nos [)rétendues civilisations, bien évidemment aussi, les rapides invasions.
De fait, la langue latine est, avant tout, la langue du catholicisme, c'est-à-dire de cette Eglise universelle qui a pour mission le salut des hommes et l'union de tous les peuples sans acception de nationalité. Elle fut la langue des conquérants de l'ancien monde par l'épée. Depuis lors, elle a été, elle est, elle sera toujours, sans doute, celle des héros du dévouement qui ont abdiqué l'épée pour prendre la croix, sans autre but que de conquérir des âmes à Dieu.
C'est ainsi que dans mes très fréquentes conversations avec le prêtre indigène de Quang-Yem, je suis tenu de faire appel à mes souvenirs classiques pour comprendre et pour être compris.
L'excellent homme, très digne sous son modeste costume, le Ké Rouan annamite, sourit à mes barbarismes, les relève avec une complaisance marquée, se montre parfois savant et paraît aussi satisfait de me comprendre que je le suis moimême d'obtenir par lui d'utiles renseignements. Est-il, en vérité, rien de plus beau que cet apostolat des missionnaires catholiques? Il est fait de désintéressement, de travail, de sacrifice et de vertu, n'ayant d'autre but, malgré les efforts de la haine, malgré les tortures et la mort, que le salut des âmes parla connaissance du Christ Rédempteur.
Un missionnaire européen, dès qu'il arrive au Tonkin, doit apprendre d'abord la langue, les mœurs et les usages du pays. A cet effet, un catéchiste indigène, sachant parler le latin, devient son instituteur. A l'aide d'une grammaire spéciale, dans laquelle la prononciation et l'intonation des syllabes sont indiquées par des signes particuliers, il lui apprend à parler. Généralement, après un an d'un travail acharné, le missionnaire peut commencer ses premières excursions de voisinage. Le catéchiste indigène, son instituteur, l'accom-
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pafjne partout, le garantit et le protège autant quil est en son pouvoir.
Les catéchistes instructeurs, spécialement préparés pour cette mission de confiance, sont absolument dévoués. C'est, en effet, l'une de leurs premières étapes vers le sacerdoce. Dans ce but, il ont été choisis, dès Tenfance, parmi les plus intelligents, instruits par les Pères, tant dans leur langue nationale que dans la langue latine, et très habitués aux diverses cérémonies du culte. Puis, s'ils en sont jugés dignes, on les dirige sur les séminaires, pour les instruire dans la connaissance de la théologie, de la liturgie et de la philosophie sacrée. Ainsi méthodiquement ])réparés, ils n'arrivent pas, très halùtuellement, à recevoir le pouvoir avant l'âge de trente ans. Aussi, dès qu'ils sont devenus les ministres de Jésus-Christ, ils jouissent, parmi les indigènes, dune très respectueuse considération.
Assurément, l'organisation, au Tonkin, des séminaires, et la consécration de prêtres indigènes appelés à répandre la vérité là même où ils sont nés, et où ils doivent demeurer toujours respectueux des séculaires usages du pavs, alors qu'ils n'ont rien de contraire à la morale et au dogme, sont une des plus heureuses conceptions des missionnaires, notamment des missionnaires catholiques français.
Mon curé de Quang-Yem, déjà bien connu des officiers, avec lesquels il est en fréquents rapports, veut bien passer auprès de moi une partie du temps de repos auquel je suis condamné. Il me demande des recettes de médecine contre certaines maladies, et m'apporte, en échange, quelque connaissance du pays.
« Je connais bien Lang-Son, me dit-il. Et j'attends votre occupation du pays pour me rendre moi-même à Cao-Bang, où je dois dorénavant résider.
Puis il ajoute : « C'est à Mon-Caï que se groupe habituellement la flotte chinoise, et d'où partent les invasions du Tonkin. Mais il yaaussi à Tien-An, au nord-est de Quang-Yem, une baie facilement abordable aux grands navires. Une rivière profonde, navigable aux bateaux d'un faible tonnage, v aboutit,
cil apiihk rudisiKM !•; 23:)
suivant IcsondiilaLions Je la vallée hordéetle hautes nioiita^j^nes qui limitent la province tie Quan{j-Yem. On peut remonter cette rivière jusqu'à trois journées de marche de Lan^-Son.
Il y a également, à partir de Pa-Koï, non loin de Mon-Gaï, un chemin qui, suivant le littoral, aboutit à Tien-An, et de là se dirifje sur Lang-Son. 11 est le chemin le j)lus direct et le plus fréquenté pour aller à Lang-Son.
Si, au lieu de prendre la route dite mandarine, de lîac- Ninh-Phu-Lang, les Français avaient pris le chemin de Tien- An, ils eussent assurément rencontré heaucoiq) moins de difhcultés. Chacun savait, en effet, que les Chinois, dont le quartier général était alors et est encore à Lang-Son, avaient accumulé jusqu'à Phu-Lang les retranchements et les forts. Kn les tournant par Tien-An, on n'aurait probablement rencontré d'autres difficultés qu'un sentier parfois difficile, mais à travers un pays qui, n'étant pas encore terrorisé par les mandarins, eût pu fournir autant de coolies que de besoin. Le chemin, est, du reste, très pratical)le avant la saison des grandes pluies, mais devient parfois un torrent dans la mauvaise saison.
Dans tous les cas, en occupant Mon-Gaï, Tien-An, Bac- Ninh et Phu-Lang, on tient les principales voies d'accès des Chinois de Quang-Si.
Entre Lang-Son et Cao-Bang, qui est, à dix jours de marche environ, le seul centre important de la région, la route devient très difficile, coupée de hautes montagnes et d'étroites vallées; il y a des rivières profondes, des torrents à traverser.
Cao-Bang n'est, de fait, qu'une bourgade fortifiée, entre la frontière du Yunam et celle du Quang-Si. La citadelle, à deux kilomètres environ de la ville, est petite, mais bien construite, sur un mamelon qui domine le pays. Et la garnison peut, en cas d'attaque, s'y abriter dans de vastes casemates.
Il y a, du reste, entre Lang-Son et Cao-Bang, comme entre Phu-Lang et Lang-Son, de nombreux postes fortifiés, sept ou huit au moins, tous fortement occupés par des garnisons chinoises.
Les habitants, autour de Cao-Bang, sont presque tous agriculteurs, d'apparence très soumis aux Chinois, mais les craignant beaucoup plus qu'ils ne les aiment. Presque certainement ils préféreront les Français.
Ils cultivent le maïs et surtout la badiane, dont le fruit, dit anis étoile de Chine, est pour eux d'un très lucratif revenu. Le bois de Tarbre est également employé par eux, en raison de son odeur fortement anisée, pour la confection de certains meubles de lu.ve. Dans la plaine, les arbres fruitiers, pommiers et pruniers, sont très nombreux.
On peut aller de Cao-Bang à Tuyen-Quan en sept ou huit jours. Mais les chemins, peu fréquentés, sont généralement en fort mauvais état.
Tels sont les renseignements que donne le vicaire actuel de Quang-Yem. C'est un fervent qui nous est absolument dévoué. De fait, il paraît très touché de notre accueil, partage volontiers nos repas, et en profite souvent pour nous édifier sur les agissements des divers fonctionnaires indigènes que l'autorité française entretient dans le pays, parfois à son détriment.
12 août. — Quinze jours de repos à Quang-Yem. Cela doit suffire. Et j'ai besoin de réintégrer Hanoï, où, parait-il, se prépare activement une nouvelle expédition.
Non pas, cependant, sans m'arréter, au moins un jour, à Haï-Phong où j'ai l'honneur d'être invité à dîner par le général Brlère de l'Isle.
15 août. — Il Ah, me dit-il, dès ma visite, je veux vous raconter mon entretien avec le chef d'état-major. Il se rendait à Hué, accompagné du bataillon du IIP et d'une batterie pour représenter la France au couronnement du nouveau roi, appelé à remplacer son frère Klen-Phuoc, que les mandarins, à l'instigation du régent Thuong, paraissent avoir assassiné ou empoi.sonné. Au mépris des droits que nous donne le protectorat reconnu de la France, les mandarins se sont abstenus d'aviser notre résident général, M. Rheinart, et
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ont appelé à la succession du trône non pas rhcriticr légitime, mais bien son frère cadet Ilani-Nglii, à peine àyé de treize ans. C est un enfant (ju'ils comptent bien pouvoir tenir en tiilelle. Notre résident s'en est ému; il a protesté et a demandé au général en chef un envoi immédiat de troupes, i)ien plus pour affirmer le droit de la France que sous prétexte de rehausser, par leur présence, Téclalde la cérémonie du couronnement. I^e chef d'état-major a reçu mission d'accompagner la troupe, en qualité d'ambassadeur.
<i Ce fut, au passage à Haï-Phong, l'occasion de lui dire ce que je pense.
Il — Vous avez trompé le général, lui ai-je dit; vous avez poussé l'inconscience de votre devoir jusqu'à vous vanter de ne laisser passer sous ses yeu.x: que les seuls rapports qu'il vous convient de lui présenter.
Il — Celui qui a dit cela, a-t-il répondu, en a misérablement menti.
Il — C'est un honnête homme incapable de mensonge ; et vous, vous avez semé la méfiance et la désunion, vous êtes détesté de tous.
« — Je sais, dit-il, que je n'ai pas la sympathie générale. Je comptais du moins sur la vôtre, car je vous ai toujours soutenu, ce que je n'ai pu faire pour tous.
(i — Soit; n'en ayant pas besoin, je ne vous en ai pas chargé; et je vous répète ce que chacun dit ouvertement de vous : Vous avez voulu l'autorité pour vous seul, vous êtes seul responsable. »
Et d'ajouter : « le bouillon que je lui ai servi a dû lui paraître de difficile digestion. Il n'en a pas moins subi, et fait subir à nos soldats, à Hué, encore une humllialion. »
On prétend, en effet, que dans toutes ses relations officielles avec la cour, il se serait considéré non pas comme un représentant obligatoire de la France, mais seulement comme un modeste invité, soumis à toutes les exigences de l'étiquette orientale.
Il aurait, cependant, lui-même procédé au couronnement du jeune roi, et prononcé un discours au nom de la France.
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l*ciidaiil la cérémonie, les mandarins, prosternés dans raffectalion d'un profond respect, se tenaient à plat ventre devant le trône. Tous étaient revêtus de leurs riches costumes de cérémonie, aux ailes éployées, fixées dans le dos. Mais, pour pénétrer dans la salle du trône, malgré les protestations de notre ministre plénipotentiaire, il aurait consenti à passer par une porte latérale, celle du milieu demeurant rigoureusement fermée, pour marquer, devant le peuple, le peu d'importance de notre j)résence dans la cérémonie. Bien plus, il aurait accepté que les sous-officiers et soldats introduits avec lui fussent au préalable désarmés. Et la distribution d'une médaille commémoralivc, sapèquc d'or et d'argent, demeure imj)uissante à compenser l'humiliation sul)ie. A vrai dire, cependant, le chef d'état-major a obtenu du roi l'engagement formel de loger, dorénavant, une garnison française dans la citadelle. Mais cette concession demeurerait elle-même illusoire; le bataillon d'occupation étant relégué loin du palais, étroitement logé dans la partie la plus délaissée, en dehors de l'enceinte de la citadelle, et sous ses canons.
Les Orientaux, et tout particulièrement les Annamites, sont vaniteux autant que formalistes. Sans aucun doute, il importait de ménager leurs susceptibilités. Mais, dans l'état actuel, il fallait affirmer l'autorité. Et tous estiment qu'il est indigne, pour un représentant officiel de la France, de se révéler inquiet, hésitant et petit, là où il devait parler en maître.
IG août. — C'est à Haï-Phong, où les de Custine m'ont à nouveau donné l'hospitalité, et où je dois attendre une occasion pour Hanoï, que j'apprends d'un l'iche armateur, M. lîoque, l'inaction forcée à laquelle est encore condamné l'amiral Courbet. « Et cependant, dit-il, il perd ainsi son temps dans la vaine attente d'une action diplomatique qui, si avantageuse qu'elle puisse être, sera sûrement une duperie nouvelle. "
Dès le 1"' juillet, après une démonstration vers Pei-Ho et Tien-Sin, l'amiral, hardiment engagé dans la rivière Minh, aurait j)assé sans encombre devant les forts, et se serait