AI'PE^DICE
En raison de la {gravité de la situation, il me parut que la marche devait temporairement être suspendue, et j'en avisai le lieutenant colonel commandant. Elle fut, en effet, reprise seulement à partir de quatre heures et demie. Et grâce tant à sa lenteur qu'aux précautions prises pour alléger les hommes, elle put s'effectuer sans nouveaux graves accidents. Mais la colonne, ainsi attardée, ne put arriver au gite, à Dap-Cau, que vers onze heures du soir. Et les hommes n'ayant pas mangé, durent, en outre, passer une partie de la nuit, occupés par la préparation des vivres, par le versement en magasins de certains effets de campement et, pour plusieurs, par une nouvelle distribution de chaussures.
Aussi, le lendemain 5, quand il fallut se remettre en route, plusieurs se déclarèrent dans l'impossibilité de suivre. Le passage du Song-Cau fut terminé vers dix heures du matin seulement. De même que la veille, la chaleur était alors accablante ; et la marche dut être suspendue jusque vers quatre heures du soir. Malgré cette précaution, do nombreux malades durent être recueillis par l'ambulance. Il fallut utiliser tous les moyens de transport. En raison de l'insuffisance numérique des porteurs indigènes, tous les chevaux furent eux-mêmes chargés de malades et de sacs. Et la colonne put ainsi, péniblement, arriver jusqu'à Phu-Lang-Tuong, vers dix heures et demie du soir, ayant à peine parcouru 15 à 16 kilomètres. Elle parut exténuée de fatigue, et l'ambulance dut immédiatement abriter, dans l'une des premières maisons de la rive droite, 67 malades, qui y reçurent aussitôt les soins indispensables. Il fallut néanmoins, le 6 au matin, en prévision d'une nouvelle étape, évacuer 16 d'entre eux sur l'hôpital de Dap-Cau, savoir 8 du 111% 6 du 23% un du li3% et un du 12= d'artillerie.
Q octobre. — Des jonques et sampans ayant été préparés d'avance, le passage du Song-Thuong, devant Phu-Lang, fut effectué sans incidents, dès le matin du 6, l'ambulance seule demeurant temporairement sur la rive droite. La colonne fut alors groupéeentièrement sur la rive gauche, au village de Phu-Lang-Gian, où elle put se reposer jusqu'au soir. Et des ordres précis furent donnés pour la marche, qui s'eftectua, dès lors, sans incidents ni accidents, à partir de cinq heures, justju'à la hauteur de la pagode Thoman et du village de Phu-Xuyen, où, couverte par des avantpostes soutenus par des sentinelles avancées, elle put tranquil-
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lement passer la nuit, l'ennemi cependanl occupant tout le pavs avoisinant.
Le 7, dès l'anhe, je fus avisé d'avoir à prendre des dispositions en vue d'une forte reconnaissance offensive entre la pagode Thoinan et la rivière du Loc-Nam, remontée par la colonne Donnier.
Une section d'ambulance, avec Taide-major Hocquard, fut désignée pour marcher avec Tavant-garde, pendant que la portion principale avancerait de son côté avec le gros de la colonne. Conformément à l'ordre, le passage au point initial s'effectua régulièrement à cinq heures quinze pour la section d'avant-garde, et à cinq heures trente-cinq pour la portion principale.
Malgré la difficulté de la route et la chaleur, la colonne put avancer sans graves accidents jusqu'à hauteur de Bao-Locoù, vers, dix heures du malin, l'avant-garde vint se heurter à un fort contingent de réguliers chinois. Quelques coups de canon et quelques feux de salve suffirent pour le disperser. IMais les efforts et la chaleur occasionnèrent plusieurs graves atteintes de coups de chaleur. Tous les atteints, hâtivement relevés, furent groupés à la pagode Bao-Loc. et secourus efficacement. L'ambulance tout entière dut cependant y passer la nuit.
Le 8, dès la première heure, il fallut regagner la pagode Thoman, et s'y préparer immédiatement à une nouvelle action. " L'ennemi, dit l'ordre, occupe très fortement Lang-Rep,à dix kilomètres à peine de la pagode Thoman. Il est urgent de l'en déloger, et la lutte parait devoir être très vive. »
En conséquence, et de même que la veille, l'ambulance forme deux sections. ^lais, en raison de l'obligation d'évacuer sur Phu- Lang les malades qui ne peuvent être abandonnés sans protection à la pagode Thoman, et surtout eu égard à l'effectif très réduit des troupes, elle se trouve dans l'obligation de se séparer de tous ses brancardiers capables de combattre, et dès lors réduite à cinquanle-deux coolies porteurs. Si réduite qu'ellesoit, elle peut cependant, pendant la marche, assister quelques retardataires, mais se trouve dans l'obligation de négliger les sacs, temporairement abandonnés, malgré les plus énergiques efforts.
Subitement, au reste, vers dix heures du matin, l'avant-garde est aux prises avec l'ennemi, et, de suite, le combat devient général.
Mais, l'élan est donné. La section d'avant-garde, renforcée d'un second envoi de porteurs et de brancards, sous les ordres du
médecin-major Baudot, avance avec les combattants. IVon sans difficultés et sous le feu, à travers broussailles et liantes lierbes, la portion principale {jajjne liâtivement une pa^jodedéjà antérieurement occupée à mi-côte du village; et, {jràce à sa proximité du terrain de la lutte, elle peut immédiatement y recevoir les premiers blessés.
Vers midi, je suis appelé à secourir le général de Négrier, atteint d'une balle dans la jambe pendant un assaut d'un fort contingent chinois contre l'artillerie de Saxe, en batterie sur une hauteur qui domine le village, à gauche de la route. La blessure, aussitôt débarrassée de quelques débris de vêtements, parait heureuseïuent sans gravité, non plus que la plaie en sillon du cuir chevelu chez le lieutenant Berge, officier d'ordonnance, atteint pendant le même assaut.
La lutte se poursuit ardente tout autour de Kep, tant à l'abri du mamelon dit de La Gham, que les Chinois tentent inutilement de réoccuper, que surtout devant le réduit qu'ils tiennent en très grand nombre, protégés par d'épais retranchements de terre. Mais le village est complètement cerné, le canon fait brèche dans le réduit; le combat s'engage corps à corps, et la résistance désespérée demeure impuissante devant un dernier assaut. Superbes d'énergie, les Chinois se font tuer, mais non sans nous infliger des pertes bien cruelles.
A trois heures, la lutte est finie. Et l'ambulance a reçu 60 blessés, parmi lesquels 8 officiers, 13 sous-officiers et soldats du 23«, 37 du lll%2 du 143' et 2 coolies brancardiers. Trois succombent presque immédiatement, les nommés Poujade et Bourré du 111" atteints, le premier d'une balle dans la poitrine et le second d'une balle dans le ventre, ainsi que le nommé Hoffmann du L43'. 11 faut, de plus, compter 28 morts, parmi lesquels le capitaine Planté du lll%tuédès le début de l'action par une balle au niveau de l'articulation sterno-claviculaire, le lieutenant-colonel Chapuis, également du 111% atteint d'apoplexie cérébrale en plein effort de combat, et 26 sous-officiers et soldats, dont 6 paraissant avoir sucombé à des coups de chaleur, comme le lieutenant-colonel Chapuis.
Avant minuit, tous les blessés et de nombreux malades ont été visités, pansés, réconfortés et abrités. J'ai dû, avec l'assistance de mes collègues, consacrer toute la journée du 9 à la pratique des indispensables opérations cliirurgicales, parmi lesquelles deux amputations de bras (sous -lieutenant Dulys du 111° et soldat
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Thiébaiit du 143'),deux désarticulations obligatoires de répaule(Ies soldats Pillot du IIP et Danjean du 143'), une amputation de cuisse (le soldat Mantafjné du 111% victime de son énergie au combat, bien qu'étant à peine convalescent de dysenterie, et mort sons le coup d'un orage survenu le 11 dans la soirée, pendant le transport à Phu-Lang), une excision d'uu testicule (le soldat Souchois du 111'), une trépanation du crâne (lesoldat Legof du 23*), une énucléatiou d'un œil après resection de l'os malaire (le soldat Quatremardu 230, une résection du maxillaire inft'rieur atteint de fracture esquilleuse (le lieutenant Triboulet du 23% décédé, contre toute prévision, dans la nuit du 14, par suite d'une hémorragie foudroyante d'une artère profonde, temporairement oblitérée), une résection de côte et extraction de débris de vêtements dans le poumon (le soldat Gariiier du 23"), plusieurs ligatures, débridements et extractions d'esquilles ou projectiles.
Les blessés légèrement atteints, transportés sur des brancards improvisés, furent évacués dès le 10, au matin. 11 fallut, pour le transport, se contenter de femmes indigènes recrutées à la bâte dans quelques villages avoisinants, les coolies hommes faisant complètement défaut.
Le 11, dès le point du jour, à l'aide des mêmes femmes, seules disponibles, un second convoi put être organisé, comprenant tous les malades et les blessés gravement atteints. Mais il fallut suspendre la marche et s'abriter à la pagode Thoman de neuf heures à trois heures de l'après-midi.
Pendant la deuxième partie de la route, vers cinq heures du soir, un formidable orage, accompagné d'une pluie torrentielle, rendit le transport fort difficile; et, malgré les précautions prises, incommoda sérieusement plusieurs de nos blessés, sans en excepter le personnel, lui-même épuisé de fatigue.
L'ambulance, alors complètement dépourvue de ressources, dut demeurer à Phu-Lang. Et le médecin principal Driout, directeur, accompagnant le général en chef vers le Loc-^«am, dut n'emmener avec lui qu'un seul médecin, M. Hocquart, assisté du seul infirmier disponible, le sergent Morvillers.
Les blessés et malades, tant ceux provenant de Lang-Kep que ceux évacués des environs de Chu, et du Loc-Nam, furent conservés et soignés à Phu-Lang jusqu'au 17, puis évacués à bord des jonques sur Thôpital d'Hai-Phong.
Tous, au moment de leur départ, se trouvaient en bonne voie d§
{jucrison. Et rainbulance, pendant son séjour à PlHi-Lan{f, n'a perlu que deux blessés : le lieutenant Tiiboulet, enlevé par une béinorrayie, et le soldat Pasty, par suite de paralysie consécutive à une fracture esquilleuse de trois vertèbres dorsales, sans intervention cbirur{jicale possible.
En terminant ce rapport, je suis dans robli{jation, mon général, de si[)naler à votre attention rinsuffisance du personnel, des pansements et des moyens de transport mis, pendant l'expédition, à la disposition de Tambulance. Ce n'est pas avec trois médecins, avec sept infirmiers, avec douze brancards, quelques liamacs et seulement trois cantines d'approvisionnements chirurgicaux ou de pansement qu'il est possible d'assurer des secours efficaces rapides à deux mille hommes appelés à combattre sous une chaleur accablante. Ainsi que vous avez pu le constater, certaines marches ont été des plus pénibles, laissant à l'arrière de nombreux malades, dont quelques-uns très gravement atteints. Dans ces conditions, l'insuffisance des ressources et du personnel eût pu devenir la cause de désastreuses complications. Et je puis dire, en toute vérité, que de grands efforts d'énergie sont devenus nécessaires à l'utile accomplissement d'une très lourde mission. Chacun a fait son devoir; j'ai la grande satisfaction de vous en rendre compte.
Le médecin chef.
Phu-Lang-Tuong, le 17 octobre 1884.
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DU TONKiN. A PROPOS DE L ÉTAT SANITAIRE
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