‹ Au Tonkin, 1884-1885Chapitre 97 sur 104 · ET DES MALADIES HABITUELLES AU TO^'RIN · texte numérisé non relu

ET DES MALADIES HABITUELLES AU TO^'RIN

Ambulance de la i'^ brigade.

Le médecin principal de 2" classe chef de Cambidance à M. le général commandant la 2* brigade.

Mon général,

Vous m'avez fait l'honneur de ine demander quelles maladies menacent plus particulièrement nos soldats pendant leurséjourau Tonkin, et quelles dispositions peuvent être prises pour en atténuer la fréquence et la gravité. Mes observations personnelles sont insuffisantes encore pour me permettre de répondre d'une manière définitive. Voici du moins ce que j'ai pu constater, ou apprendre de mes devanciers.

Et d'abord il est manifeste que, chez les indigènes, l'inobservance des règles les plus élémentaires de l'hygiène est Thabitude. Les habitations, aussi bien dans les villes que dans les villages, sont généralement repoussantes de saleté, l'alimentation parait laisser beaucoup à désirer, les vêtements sont insuffisants, et les précautions prophvlactiques sont inconnues.

Il n'en faut assurément pas davantage pour expliquer leur état de débilité organique, la rareté de la longévité et l'effravante mortalité des enfants, à peine compensée par le nombre fort élevé des naissances.

D'autre part, le climat est très débilitant, notamment pendant la saison chaude, c'est-à-dire depuis le mois d'avril jusqu'au commencement de novembre. Non pas, cependant, que la température soit habituellement très élevée. A ma connaissance, elle n'a pas, dans le delta, dépassé 41 degrés (le 19 mai à Hanoi), yia'is à partir du mois d'avril jusqu'à ce jour (29 octobre) le thermomètre, vers le milieu du jour, ne s'est pas abaissé au-dessous de 23 degrés

(18 octobre, au lendemain d'un orage). Il résulte des observations des médecins de la marine, notamment de celles du docteur Borius, qu'à partir du mois de mai, le theiinomètre n'a pas accusé plus de 33 degrés et, toujours vers le milieu du jour, ne s'est pas abaissé au-dessous de 22 degrés, la moyenne des maxima étant de 28", 5 et celle des minima de 17 degrés.

11 paraît que le mois de mai est, dans le delta, le plus chaud; et le mois de février, qui est aussi le mois le plus humide, relativement le plus tempéré. Mais il faut redouter alors les brusques écarts de température, qui parfois, dans une même journée, atteignent près de 20 degrés, de cinq heures du matin à cinq heures du soir.

D'antre part, et même aux périodes de beau temps, dans les mois de novembre et décembre notamment, bien qu'ils soient relativement les mois de la plus grande sécheresse, l'air est véritablement saturé d'humidité. Et dès qu'arrive la saison chaude, à partir du mois de mai, il est en outre chargé d'électricité, au grand détriment^ semble-t-il, de ses éléments les plus vivifiants. Alors, le Tonkin devient la véi-itable étuve humide; l'état hygrométrique se maintient entre 90 et 95, les vents du sud-est sont à peu près constants, et la pression barométrique, en dehors des périodes d'orage, demeure à peu près invariable entre 760 à 763.

Avec la période des chaleurs coïncide celle des orages, à peu près quotidiens à partir du mois d'avril jusqu'à la fin d'octobre, et parfois aggravés de formidables bourrasques, typhons ou cyclones qui causent de véritables désastres. L'échauffeiut nt de la terre saturée d'eau devient alors tel que les nuits sont elles-mêmes fort pénibles et sans sommeil.

Telles sont, mon général, les influences cosmiques qui favorisent l'évolution des germes morbides constitutifs de la plupart des maladies. 11 faut reconnaître que, malgré les précautions prises, malgré les nombreuses périodes d'un repos obligatoire, nos soldats, en raison des fatigues, des privations, d'une installation provisoire insuflisante, sont, actuellement, particulièrement disposés à en subir les redoutables effets. La lutte est temporairement inégale. Il n'en sera pas de même dans l'avenir, alors que pourront être prises les dispositions nécessaires de protection.

Dans l'état actuel, sous l'action de fatigues qui seraient subies sans inconvénient sous un climat tempéré, le corps demeure cons-

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