‹ Au Tonkin, 1884-1885Chapitre 98 sur 104 · C2 AU TONKIN · texte numérisé non relu

C2 AU TONKIN

tamraent en sueur. C'est V indispensable émonctoire, mais crauire part une cause certaine cT épuisement. Et cependant, nialjjré les insupportables éruptions de bourbouilles et de furoncles auxquelles elle donne lieu, la transpiration est sûrement, ici, la nieilleure (garantie de la santé. Malheureusement, pendant que la peau fonctionne ainsi pour débarrasser l'organisme des toxines qu'il crée normalement, la sécrétion urinaire, cet autre indispensable émonctoire, diminue d'autant. D'autre part, il semble que l'oxygène atmosphérique, saturé d'humidité, peut-être aussi d'électricité, devient insuffisant, tant aux oxydations et combustions internes qu'à la régénération des globules sanguins. De fuit, alors, l'amplitude respiratoire, sinon le noiibre des inspirations, demêmeque la tension vasculaire paraissent diminuer. Et, malgré la sueur, malgré la fréquence des battements du cœur, les accumulations de toxines se font dans tout l'organisme.

Chez les plus résistants, cela se traduit, à la vue, par une pâleur de mauvais aloi, ou par un rapide amaigrissement; chez d'autres, par des congestions viscérales passives, notamment par un engorgement du foie, qui est l'organe chargé autant de la rénovation cellulaire que de la destruction éliminatrice des éléments usés ou des déchets toxiques provenant de l'alimentation. Alors aussi, l'innervation subit un état d'alanguissement parfois coupé de courtes périodes d'une excitation pénible ; les meilleurs organismes n'y résistent pas. Puis encore, et de même que la sécrétion urinaire, les sécrétions gastriques, épuisées par l'exagération fonctionnelle de la peau, sont d'autant diminuées, ce dont il est journellement facile de se rendre compte par le besoin qu'éprouvent tous les estomacs, après quelque temps de séjour au Tonkin, de rechercher, dans l'absorption des condiments les plus pimentés, une excitation factice, qui épuise autant qu'elle parait temporairement nécessaire.

Telles sont les influences climatiques, celles contre lesquelles il faut sans cesse réagir, non pas, je crois, dans l'espoir légitime de s'acclimater complètement, ce qui me parait bien improbable, mais du moins de pouvoir longuement résister.

Il apparaît, en effet, que la prédisposition morbide d'origine climatique est d'autant plus redoutable que la nosologie médicale du pays y démontre un plus grand nombre de maladies endémiques.

Quelles sont donc les maladies endémiques au Tonkin, celles

contre lesquelles il importe de prendre des précautions spéciales?

A n'en pas douter, ce sont surtout la fiùvre et la cachexie palustres, la diarrhée, la dysenterie et les congestions du foie. Viennent ensuite la variole, qui décime les enfants, la scrofule et la tuherculose, l'ulcère annamite et la syphilis. Il faut redouter encore les insolations et coups de chaleur, se garantir du rhumatisme, et éviter la lèpre.

Et d'abord, la fièvre palustre : elle est véritablement le fléau du Tonkin; elle s'y montre sous les aspects les plus divers, à tel point qu'on peut véritablement dire qu'il n'y a pas, dans le pays, de maladies qui ne soient aggravées par le poison palustre.

Le marais et la forêt broussailleuse, non la rizière, en sont les principaux foyers. Il est certain, en effet, que les formes graves sont plus rares dans le delta, où la culture intensive constitue un véritable drainage du sol, que dans la région inculte des plateaux et des forêts. C'est de tout temps, du reste, que la rude expérience a montré l'action néfaste des eaux stagnantes et des décompositions putrides d'origine végétale. Les indigènes ne redoutent pas le delta, où la population atteint une densité qu'on ne rencontre peut-être pas dans la campagne française; ils ont une véritable terreur des montagnes incultes qui avoisinent le delta. Le pays au delà d'IIong-IIoa, sur le fleuve Rouge, et de Lang-Kep, sur la route de Lang-Son,est redouté pour sa notoire insalubrité. Quelle que soit, du reste, la région, les travaux qui exigent des déplacements de terre sont pernicieux. Les ten-assements de Hai-Zuong, de Phu-Li, de Phu-Lang, de Lang-Kep, de Chu, ont fort malmené nos soldats, et plusieurs ont subi un redoutable état cachectique. De même, l'action des premières pluies et des chaleurs orageuses est manifeste, comme aussi toutes les causes débilitantes, notamment la fatigue et les excès. Le poison est évidemment le même, l'incubation varie suivant le degré plus ou moins grand de résistance organique. Mais que l'intoxication soit subite, progressive ou retardée, la diversité de la manifestation n'est rien qu'une question de résistance individuelle. Que tels individus fassent des accès quotidiens ou tierces qui sont l'habitude dans le delta, que tels autres soient atteints de manifestations algides synco pal es, ou comateuses, délirantes hémorrliagiques ou bilieuses, la diversité du symptôme n'est en réalité qu'un moJus d'action, en rapport autant avec l'énergie de l'attaque qu'avec l'énergie de la résistance. Les formes graves sont fréquentes dans la zone des

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montagnes brousailleuses. Les indigènes les décrivent sous le nom de fièvre des bois, généralement précédée, disent-ils, d'un état gastrique très prononcé, mais présentant, en outre de l'intermittence caractéristique, les stades habituels, frisson, chaleur, sueur, et généralement suivie, quand elle n'est pas d'emblée mortelle, d'un état cachectique avec œdème fatalement mortel pour tout Européen qui s'obstine à la lutte. Le miasme terrible, disent les indigènes, ne s'étend pas très loin au delà des régions broussailleuses incultes. C'est, disent-ils, un miasme lourd, maintenu sur place partout où la couche argileuse du sol inculte présente une végétation touffue. Parfois l'intermittence est peu prononcée, et la fièvre simule les débuts d'une fièvre typhoïde. C'est la forme à laquelle a succombé mon collègue le docteur Claude, à son retour de la désastreuse colonne de Bac-Lé.

Les indigènes opposent au poison paludéen un grand nombre de remèdes, parmi lesquels, notamment, la poudre de noyaux d'aréquier mélangée des racines d'une espèce de chicorée, la scorsonère ; les feuilles et racines d'un arbrisseau, Dichroa (Shuong San), réputées très efficaces dans la fièvre hématurique, puis l'Ai-alia palmata (Ngu-Gia-Bi), ou racine de ginseng des Chinois, que j'ai vu conseiller souvent pendant monséjourà Phu-Lang-Tuong. Eu réalité, la quinine est le seul remède efficace actuellement connu. Et je n'hésite pas à la conseiller, même à titre préventif, par petites doses de 15 à 20 centigrammes. J'en ai personnellement fait l'expérience ; je demeure convaincu (jne c'est grâce à cette pratique que j'ai pu, malgré mon état de débilitation, résister, jusqu'à ce jour, à de véritables accès. Le sulfate de quinine, à titre préventif, me paraît devoir être très recommandé aux colonnes en marche, ou en résidence obligatoire dans les régions suspectes. Il est, d'autre part, certain que l'état cachectique impose le rapatriement rapide, au moins à défaut de la possibilité de séjour suffisant dans un sanatorium de montagne. Les changements d'air et de climat sont, dans l'état cachectique d'origine palustre, la seule garantie du rétablissement de la santé. Le sanatorium actuel de Quang-Yem me parait insuffisant; et, du reste, dans une région qui n'est pas, elle-même, à l'abri des miasmes palustres.

Diarrhée et dysenterie . On peut dire que presque tous nos so'dals, et aussi les officiers, ont été, peu de temps après leur arrivée au Tonkin, atteints de diarrhée, ordinairement de courte durée

quand elle est iininédiateinent traitée. Mallieureusemcnt la plupart néyliyeiit de se traiter dans le début, et la diarrhée devient alors chronique. Elle s'observe très fréquente surtout pendant les mois d'avril, mii et juin, déterminée, presque toujours, par un refroidissement du ventre. Mais Ceau du pays en parai\ la cause la plus liabiiiœlL'. Les indigènes se contentent de l'eau des puits ou des rivières, qu'ils ont l'habitude de clarifier à l'aide d'un iiouet d'alun. Nos soldats, quand ils sont en résidence fixe dans certains cantonnements, se servent de filtres très primitifs, futailles garnies de charbon et de {^raviers, ([ui sont utiles à la clarification, mais impuissants à la purification. De fait, il faut le reconnaître, les eaux du Tonkin sont généralement suspectes. Le pharmacienmajor Worins a constaté le faible degré liydrotimétrique de celles qu'il a pu analyser en cours de route; cela ne suffit pas pour affirmer leur bonne qualité, eu égard surtout aux analyses non moins précises de l'aide-major Manget, qui signale, dans presque toutes, l'abondance des matières ortjatiiques à Cëtat (TazoLtes. J'ajoute qu'il faut se méfier aussi de leur coiilaminatiun possible par les plantes vénéneuses, parfois très abondantes sur les bords de certains ruisseaux. Je vous ai signalé déjà, mon général, les ai^cidents observés dans notre colonne en marche au delà de Lang- Kep, le 7 mars dernier. La marche fut longue et la chaleur très pénible. J'eus alors l'occasion de vous rendre compte que les coolies de l'ambulance, considérant l'eau limpide et fraîche des aroyos rencontrés sur notre l'oute comme étant dangereuse, lui préféraient Teau boueuse des rizières à peine clarifiée. De fait, et malgré vos avertissements, plusieurs de nos soldats, après avoir bu l'eau fraîche des aroyos tribulaires du Song-ïhuong, notamment à proximité de Lain, furent atteints de vertiges et de nausées, de fourmillements dans les membres et d'une extrême prostration. Ces accidents, dont furent atteints également quelques officiers, parmi lesquels le lieutenant-colonel Duchesne, furent activement combattus, et n'eurent pas de suites graves. Ils sont à signaler cependant, et m'ont paru attrlbuables, peut-être, à la contamination, par une luxuriante végétation de solanées diverses, constatée sur les bords. Dans tous les cas, et je ne saurais trop insister à cet égard, il parait indispensable, au moins jusqu'à garantie sérieuse, de n'utiliser, pour la boisson, que Veau préalablement bouillie^ ainsi débarrassée des nombreux germes qui la rendent, sinon toujours dangereuse, du moins fort suspecte. La décoction légère de

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thé paraît, àcetéyard, la meilleure préparation, et doit être maintenue autant qu'il est possible.

Très habituellement, la diarrhée ne résiste pas longtemps aux précautions usuelles; mais il n'en est pas de même de la dysenterie, qui en devient parfois la conséquence, quand très souvent elle n'éclate pas d'emblée, ou n'est pas transmise, de proche en proche, par une évidente contayion. Et la dysenterie est, après la fièvre palustre, la maladie (/id fait le plus de victimes au Tonkin. Elle est très fréquente, même dans le delta, parfois manifestement compliquée d'impaludisme; elle nécessite alors un rapatriement, qui est peut-être le seul moyen d'éviter l'évolution ultérieure d'un abcès de foie. Elle est, du reste, après des améliorations passagères, sujette à de fréquents retours offensifs qui, souvent, aboutissent à la gangrème du gros intestin, et à la mort dans l'algidité. A vrai dire, ces retours offensifs si dangereux m'ont paru, souvent, la conséquence de quelque imprudence dans l'alimentation des malades. J'ai eu, à plusieurs reprises déjà, l'occasion d'appeler votre attention à ce sujet. Le régime lacté, malgré la difficulté de son emploi (il n'y a au Tonkin que du lait concentré de réserve, qu'il est même parfois difficile de se procurer), nous a rendu de grands services. Mais les malades s'en dégoûtent, et parfois, malgré les recommandations, ils commettent des imprudences dont ils ne comprennent pas le danger. Ainsi s'explique la grande mortalité occasionnée parmi les hommes du corps expéditionnaire par cette terrible maladie qui, je le répète, impose de grandes précautions, tant préventives que curatives, et nécessite un prompt rapatriement.

Je n'ai pas eu l'occasion de constater de véritables atteintes de choléra chez nos soldats. Et cependant on le dit endémique au Tonkin, où il revêt, parait-il, assez fréquemment, la forme épidémique. Pour les indigènes, les épidémies coïncident généralement avec certaines perturbations atmosphériques. Ils les disent la conséquence d'émanations telluriques condensées parfois sous forme d'épaisses vapeurs, qui, malgré le soleil, se répandent sur quelques régions où de suite éclate la maladie, pour se propager bientôt par contagion.

Maladies du foie. — Elles sont également fréquentes, et de début parfois fort insidieux. Je crois avoir constaté, que les grands mangeurs, les buveurs, notamment les alcooliques et les obèses, y sont prédisposés; mais il est bien certain que la sobriété

n'est pas une {jarantie absolue. La congestion du foie évolue, au Tonkin, presque fatalement vers la suppuration, d'une manière tellement insidieuse que le diagnostic demeure indécis. Quoi qu'il en soit, et dès «ju'il est soupçonné, le rapalricftw ni paraît la seule ressource.

Les congestions, les abcès ne sont pas, d'autre part, les seules maladies du foie qu'on observe au Tonkin, Les missionnaires signalent la frc(juence des hydalides. Et j'ai pu savoir que certains médecins indigènes ont fréquemment ponctionné des collections qui, bien évidemnaent, étaient dues à la présence d'bydatides dans le foie. « Lorsqu'il sort du pus, la guérison est l'exception, mais s'il sort de Ceaii claire^ elle est presque certaine. >> Cette eau claire est évidemment le liquide hydatique.

Les liydatides échinocoques ne sont pas, tant s'en fiiut, les seuls entozoaires signalés. La multiplicité des remèdes employés par les indigènes contre les vers intestinaux suffit à démontrer leur fréquence, et nos soldats n'y ont point écbappé. Les vers lombricoïdes sont habituels, mais les tœnias également. Heureusement, ils ne résistent généralement pas à la potion de pelletiérine, ou à la prise de quelques capsules d'extrait éthéré de fougère. Souvent le calomel a suffi pour l'élimination de certains lombrics.

Variole. — II suffit de quelque temps de séjour au Tonkin pour constater la fréquence de la variole chez les indigènes. Certainement elle est la maladie à laquelle succombe plus de la moitié des enfants. Jusqu'à ce jour, nos soldats en sont demeurés complètement indemnes, démontrant, une fois de plus, que la vaccination jennérienne est la garantie indispensable à la sécurité de la colonie européenne. J'ajoute, si j'en juge par les dispositions prises à Hanoi, et par moi-môme autour de Bac-Ninh, que les indigènes s'y soumettent sans difficulté. C'est ainsi que j'ai pu successivement vacciner tous les coolies employés à l'ambulance.

Tuberculose. — Il paraît certain que la tuberculose classique fait également de nombreuses victimes dans la population indigène, où elle parait très fréquemment propagée par la contagion. C'est la maladie de la misère. Et l'influence débilitante du climat n'est pas étrangère à son évolution, manifestement plus rapide chez les soldats ou coloniaux qui en sont atteints. Tout soldat suspect doit donc être écarté, et immédiatement renvoyé en France.

Scrofule. — La scrofule est également fréquente; elle ne m'a pas paru, cependant, présenter chez les enfants, les signes habi-

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luels qu'on observe chez les petits Européens. Cela tient probableiTient à ce qu'ils meurent avant l'évolution classique.

Lèpre et syphilis. — La syphilis n'était certainement pas inconnue, bien que le fait ait été soutenu, avant notre occupation. De fait, les incli((cnes la désijjnent sous la généralité de maladie vénérienne. Il apparaît, d'autre part, qu'il y a, parmi les lépreux cantonnés près d'Hanoï, ou répandus dans le pays, bon nombre de syphilides ulcéreuses et de nécroses osseuses de même origine. Ce que j'ai vu déjà delà prétendue lèpre kabvle,dont l'origine syphilitique ne fait plus doute, me confirme dans cette supposition. Il n'en est pas moins évident que la lèpre véritable, ce résultat probable de la contagion et de l'encombrement, d.ins des habitations malsaines et humides, d'individus mal nourris et épuisés de misère, est très répandue au Tonkin, notamment dans le delta.

Je n'ai pas à rechercher sa cause déterminante. II est du moins évident qu'elle impose, par elle-même, comme aussi l'éléphantiasis qui en est une variété, l'organisation de ladreries, seule garantie actuellement connue contre sa dissémination. Je n'ai, du reste, pas eu l'occasion d'en constater un seul cas parmi nos soldats.

Ulcère annamite. — Il n'en est pas de même de l'ulcère annamite, qui est un des fléaux de nos colonnes en marche, engendré, sûrement, autant par les piqûres de moustiques que par la malpropreté, la marche, pieds et jambes nus, dans les terrains marécageux, et surtout le grattage. A mon sens, l'ulcère dit annamite n'est rien autre que l'ulcère diphtéroïde, observé dans tons les pays chauds et humides; il est peut-être contagieux et constitue, dans tous les cas, un danger manifeste pour nos blessés dont, malgré les précautions prises, il retarde assurément la guérison. Dans tous les cas, il nécessite une très grande surveillance et un traitement énergique. J'ai, personnellement, obtenu de bons résultats de l'application temporaire d une solution d'iodure de potassium au dixième. Cette application est douloureuse, mais elle fait rapidement disparaître la membrane diphtéroïde; il suffit alors d'un pansement méthodique régulier avec l'alcoolature d'aloès et du repos horizontal, pour une rapide cicatrisation.

Je n'ai plus à vous signaler, mon général, que les dangers sans cesse renaissants des insolations et coups de chaleur. Ainsi que vous avez pu le constater vous-même, souvent, pendant les marches, les hommes tombent véritablement foudroyés, sans connaissance,

a(^;itù.s de quelques mouvements convulsiFs, avec la respiration anxieuse, mal(;ré l'amplitude du pouls; ils sont alors en danger de mort et ont besoin de secours urgents. Parfois aussi, on observe la rougeur de la face, la jactilation, la tendance au sommeil et les épistaxis (jul caractérisent les cas légers. La forme syncopale est également fréquente. En réalité, les manifestations classiques, congestion cérébrale, syncope, aspliyxie, s'observent suivant la prcilominance des tempéraments sanguin, lympbatique ou nerveux, suivant aussi l'état de replétion de l'estomac.

Les afi'usions froides répétées, les ventouses, la saignée, les vomitifs sont indiqués dans les cas de congestion cérébrale avec replétion de l'estomac; la respiration artificielle et les frictions énergiques, quand domine la forme aspliyxique; l'ingestion ou l'injection sous-cutanée de quelques gouttes d'éther, dans la forme syncopale. Il importe surtout cfayir promptemenf, et les officiers au moins me paraissent devoir recevoir une instruction spéciale à ce sujet. Malheureusement, et j'insiste à cet égard, il est dans notre caractère de négliger les précautions les plus banales. Malgré des recommandations réitérées, j'ai pu voir, souvent, des hommes du régiment de France se promener tête nue, même pendant les heures les plus chaudes de la journée. De telles imprudences ne sont pas commises par les soldats de l'infanterie ou de l'artillerie de marine, toujours punis lorsqu'ils négligent les précautions ordonnées par le commandement.

Pendant les marches, même le matin, il importe d'exiger le port du casque colonial, non du simple képi, le couvre-nuque est insuffisant. Il faut, de plus, éviter les lourdes charges, les vêtements trop serrés, et surtout les excès alcoolùpies. Les turcos ne résistent pas mieux que les Européens. J'ai eu l'occasion de vous signaler plusieurs atteintes constatées dans une compagnie de turcos; la distance à parcourir n'avait cependant pas dépassé 6 kilomètres; mais c'était le 24 juin, à onze heures du matin. Vingt hommes furent atteints, deux succombèrent; un officier eut un accès, heureusement de courte durée, de véritable folie délirante. Pendant les marches autour de Lang-Kep, les mêmes accidents se renouvelèrent. Le 8 octobre, pendant le combat, sur un effectif de mille cinq cents hommes à peine, une centaine au moins furent atteints, et dix ou douze succombèrent, parmi lesquels le commandant Chapuis^ foudroyé, après une légère atteinte, pendant qu'il entraînait ses hommes à l'assaut du réduit.

J'ajoute que la disparition rapide des prerriières manifestations n'est pas une garantie de complications ultérieures. Un sergentmajor du 23% parfaitement n'-tabli en apparence, a été atteint, quelques jours après^ d'une méningite à laquelle il a succombé. C'est assez dire quelles sévères précautions sont indispensables.

Telles sont, mon {jénéral, les maladies et accidents qui sont surtout à redouter au Tonkin. Je n'ai pas à vous entretenir aujourd'hui des blessures de guerre. Qu'il me suffise de dire que, malgré les conquêtes de la chirurgie conservatrice, malgré les ressources de l'antisepsie, les complications de gangrène et de pourriture sont malheureusement bien fréquentes encore. Elles imposent, sous danger de mort, des sacrifices qu'il serait sans doute possible d'éviter dans d'autres conditions, et sous un climat plus clément.

J'ai pansé presque tous nos blessés avec une solution étendue de bichlorure de mercure. Je la crois préférable à l'eau phéniquée. Elle a du moins l'avantage d'un approvisionnement facile, ce dont il faut tenir grand compte dans l'aménagement, forcément très sommaire, des cantines médicales de campagne.

Quelles conclusions à mes observations'! Les voici, mon général, résumées comme étant le minimum des nécessités réalisables.

Le Tonkin actuel est malsain. Nos soldats ont à résister à la chaleur et à l'Iiumidlté autant qu'à l'état électrique de l'atmosphère; aux émanations telluriqucs autant qu'aux fatigues. Ils sont actuellement mal abrités et forcément mal nourris. Dans ces conditions, pendant la belle saison d'hiver, la lutte est possible; pendant l'été elle devient si épuisante qu'elle constitue, en dehors de toute action de guerre, le plus grand des dangers.

Mênie dans l'état relatlfde repos actuel, si j'en juge par les renseignements que j'ai pu me procurer, le chiffredes malades a plus que doublé, à partir du mois de mai; et la mortalité dépasse probablement 30 pour mille de l'effectif présent.

Il îi'en sera pas toujours ainsi. J'estime que des précautions sévères doivent suffire, sinon pour vn complet acclimatement, du moins pour une résistance de suffisante durée.

Dans l'état actuel, la situation nécessite l'envoi de fréquents renforts. Il faut, à cet égard, prendre d'indispensables précautions. C'est ainsi que, de toute évidence, des soldats qui arrivent au Tonkin pendant la saison d'été sont presque fatalement condamnés à la n^al.idie, pour peu qu'ils aient à subir quelque fatigue. Il importe donc que nos soldats, sévèrement recrutés parmi ceux

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indemnes de toute tare constitutionnelle, n'arrivent ici, autant que possible, qu'au commencement de la bonne saison; alors, ils pourront résister à l'épuisement fatal de l'été. Gela paraît actuellement difficile, en raison de l'iiqjence probable de certaines opérations de guerre. Il faut, dès lors, liuiiter au strict nécessaire, quinze à dix-buit mois au plus, la durée du séjour. Dans les conditions actuelles, doux étés successifs paraissent l'extrême limite de la résistance possible.

Il faut surtout se bâter d'établir des casernements à l'abri de Ibumidité et des émanations du sol, remplacer les gfourbis ou baraques par des constructions en briques, sur vuùles isolées du sol, largement aérées, et pourvues de lits de fer individuels.

Il importe, de même, de surveiller étroitement l'alimentation qui dort être aussi variée que possible, avec prédominance de légumes, pommes de terre notamment, très préférables aux vivres de conserve, aux endaubages trop fréquemment distribués.

Il faut exiger aussi ([ue l'eau de boisson, généralement suspecte, soit, pour l'usage alimentaire, préalablement bojnll'e, et, autant que possible, additionnée d'une petite quantité de tbé ou de café; que Cnsiicje des eaux-de-v/'e, tafias, absinthes ou autres prétendus apéritifs, ([ui sont, ici, de véritables poisons, soit formellement interdit. Sous prétexte de se donner des forces, de combattre l'humidité, d'activer la digestion, nos soldais, épuisés de fatigue, ou bien ayant besoin d'une surexcitation temporaire, croient pouvoir utilement recourir soit au tafia d'adntinistration, soit parfois à l'eau-de-vie de riz, le redoutable cluim-cbuin des indigènes. Je ne sais rien de plus pernicieux, car bien certainement (l'expérience l'a maintes fois démontré) loin d'augmenter la puissance de résistance, ils l'épuisent, au grand détriment de la santé.

Il faut encore assurer à nos soldats des vêtements en rapport avec la saison. Deux tenues paraissent nécessaires : l'une d'été, très légère, de préférence en coton; la seconde d'hiver, en flanelle bleue analogue à celle adoptée par l'infanterie de marine. La ceinture de fl.melle est nécessaire pour protéger le ventre, alors surtout que les troupes sont obligées de bivouaquer. Le port du salako est indispensable, alors même que le soleil est caché. Pendant les marches, il paraît fort utile d'interposer, entre la tête et lui, des feuilles fraîches de bananier ou autres, suffisantes, à défaut du mouchoir mouillé, pour maintenir la fraîcheur.

Sans renoncer aux exercices quotidiens modérés qui, même

pendant la mauvaise saison, sont une nécessité autant qu'une garantie, il faut alors éviter les fatigues, s'opposer aux siestes de trop longue durée, qui sont sûrement déprimantes, mais cependant exiger le repos, au moins pendant les heures chaudes. Toujours il importe d'éviter les marches de nuit, mais, autant que possible, de se mettre en roule dès laube, d'interrompre la marche vers neuf heures du malin, et de ne la reprendre avant quatre heures du soir.

Enfin, mon général, an point de vue préventif, je crois devoir recommander l'usage quotidien de petites doses de sulfate de quinine (au besoin les injections sous-cutanées de chlorhydro-sulfate à l'aide de la seringue de Pravaz) et les douches froides quotidiennes, que j'estime préférables aux bains de rivière.

Telles sont, à mon avis, les précautions indispensables. Si nos soldats sont convenablement abrités, bien nourris et bien vêtus, s'ils évitent les excès, si de plus il est possible de rapatrier rapidement ceux qui sont affaiblis par la maladie, alors ils auront la force de résistance nécessaire; alors il suffira d'un petit nombre pour pacifier tout le pays. Ce ne sont pas, généralement, les hommes qui manquent, même pendant les campagnes les plus pénibles, telles que celle du Tonkin, ce sont les soldats robustes et bien portants.

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