‹ Au Tonkin, 1884-1885: notes, souvenirs et impressionsChapitre 102 sur 216 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

est passible d'impulsion. Cerles, elle peut lutter. Elle peut accepter ou refuser l'impulsion de l'Esprit du bien, repousser ou subir l'impulsion de l'Esprit du mal. Mais sa volonté peut être courte ; son énergie bien fragile, et Dieu seul peut assurer la victoire. Le crime révèle l'action de l'Esprit du mal, la vertu dit l'Esprit du bien. Les tentations nous viennent de l'Esprit du mal, les forces nécessaires à la résistance nous viennent de l'Esprit du bien. Dieu seul est plus puissant que le Diable.

Et de même que Jésus, en tant qu'il est homme, a reçu de Dieu le pouvoir de chasser les Démons, de même Bouddha, les taoïstes et autres exorcistes, ont pu recevoir des pouvoirs analogues. Ils ont pu, si Dieu l'a permis, commander aux Esprits. Mais, il y a les bons et les mauvais prophètes, les véritables exorcistes et les charlatans. La croyance ne discute pas, elle s'incline. Elle ignore le comment, elle peut demander le pourquoi. Et c'est Dieu qui répond, en inclinant l'orgueil.

De même que la plupart des croyants, les Tonkinois bouddhistes, adeptes ou non de Confucius, s'inclinent, sans chercher le pourquoi. Chez eux, le sentiment religieux est bien vague, bien fugitif surtout. Pourrait-il en être autrement chez un peuple où tout paraît susceptible de devenir Dieu, excepté Dieu lui-même; dans ce chaos de traditions adaptées aux plus diverses croyances.

Certains prétendent, en effet, que le brahmanisme admet, avec la métempsycose, des milliers de dieux, même des animaux déifiés. Et le bouddhisme n'est rien que le brahmanisme, interprété par Bouddha, lui-même, corrigé plus tard par Confucius.

Qu'est-ce donc que le brahmanisme, tant au point de vue philosophique que dans ses obligations dogmatiques? Je n'ai ni la possibilité ni la prétention de répondre. Et c'est tout au plus si, grâce à mes entreliens avec quelques lettrés, dont le bon père Landais veut bien se faire, vis-à-vis de moi, l'interprète très autorisé, je puis en acquérir une vague conception.

Au commencement, me disent-ils, avec les Védas ou livres

sacrés, du pur théisme, appuyant le plus respectable enseignement philosophique. Plus tard et progressivement, une évolution dogmatique, cause d'une incessante succession de transformations doctrinales et de luttes.

De toute éternité, Brahma le Pur Esprit est antérieur à toute création. De sa" seule volonté, il fit d'abord les eaux et leur imprima le mouvement d'où naquit, déposé sur une fleur de lotus, l'œuf d'or qui contenait le germe de Brahma, créateur du ciel, de la terre et de l'homme. Et Brahma créateur s'incarna dans Brahma régénérateur et sauveur du genre humain.

Brahma est donc le Dieu en trois personnes, tel que l'admet également le christianisme. De même que le christianisme déclare Dieu le Père, le Verbe et le Saint-Esprit, le brahamanisme admet Brahma le Pur Esprit, éternel et antérieur à tout, le principe ; Shiva le Dieu créateur, le Dieu de la mort et du renouvellement, et Wishnou le Dieu rédempteur, le Juge suprême, te Rrishma incarné.

11 y a donc entre le christianisme, le brahmanisme et le bouddhisme, sinon identité, du moins évidente analogie de principes. Et le dogme interprète une doctrine analogue.

Les béatitudes dites par Jésus, comme aussi les malédictions, sont, au moins en partie, celles prévues dans les livres sacrés du brahmanisme. Bouddha dit le renoncement qui libère l'àme de ses agitations et la conduit au Nirvana. Jésus nous dit la vaine sollicitude. Il nous appelle à la recherche du royaume de Dieu, sans souci du lendemain. La prière dominicale, dont Tertullien a dit qu'elle est l'abrégé de tout l'Évangile, se trouve elle-même, en germe, dans le brahmanisme et le bouddhisme. Elle n'y paraît pas complète, parce que Dieu fait homme a seul pu la traduire aux hommes.

La foi nous dit : le Verbe-Dieu-Rédempteur, fait homme dans le sein immaculé de la vierge Marie. Les Védas disent Wishnou la seconde personne de la Trinité brahmaniste, s'incorporant dans le sein immaculé de la vierge Parvadi pour devenir le Dieu-Bédempteur . Et les bouddhistes déclarent Bouddha incorporé dans le sein de la vierge Maya, qui le mit au monde sans cesser d'être vierge, et non sans avoir, au

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