‹ Au Tonkin, 1884-1885: notes, souvenirs et impressionsChapitre 109 sur 216 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

qui, cependant, visite journellement les casernements et les malades, est elle-même à peu près impuissante.

Patience! dit-on, le retour est prochain. On aura tôt fait d'oublier quelques misères! Du lieutenant -colonel D..., il n'est plus question; il paraît dorénavant complètement étranger à son régiment et n'a pas une seule fois visité les malades, depuis le retour à Hanoï. Et j'ai dû moi-même, n'ayant pu réussir à l'entretenir directement, lui adresser lettres sur lettres, demandes sur demandes, pour obtenir enfin, et seulement grâce à l'intervention indirecte du général de Négrier, que les malades à l'infirmerie pourront, dorénavant, recevoir deux œufs et une demi-boîte de lait concentré, en remplacement de la ration alimentaire réglementaire. Il est peut-être un bon officier comptable, un prudent administrateur, mais assurément pas un véritable chef militaire. Et certains officiers de son entourage, s'ils sont loin de son insouciance, se font parfois, cependant, une singulière idée du commandement. C'est ainsi que j'ai dû, aujourd'hui même, transmettre la réclamation, très justifiée, de mon second, le médecin-major Raynaud, contre les bizarres agissements du commandant du bataillon du 23 e .

« Cet officier supérieur estime, écrit M. Raynaud, que la plupart des malades me trompent, qu'il y a lieu, pour les empêcher d'abuser de ma bonne foi, de les réunir tous dans un même local, et de les mettre à peu près complètement à la diète, privés surtout de la ration quotidienne de vin. Bien plus, et convaincu sans doute que le médecin n'en sait pas plus que lui des choses de la thérapeutique, il se croit autorisé à modifier mes prescriptions, à changer les pansements, et notamment à user, dans les cas, très fréquents, d'ulcères superficiels, d'un procédé de guérison qui n'est assurément pas du goût de ceux qui le subissent. » Très brave soldat, sans aucun doute, le commandant X..., mais trop oublieux du sage précepte : chacun à son métier. Il a dû s'en apercevoir à la ruade.

16 juin. — Le 4 e régiment de marche (23 e , III e et 143 e ) est

Page 1