AU TON RI N
officiellement avisé d'avoir à se tenir prêt à embarquer très prochainement pour la France. Et chacun s'en réjouit, car l'inaction est aussi préjudiciable que l'état atmosphérique. Ce soir même encore, voici qu'un de nos jeunes officiers, le souslieutenant Guillol, convalescent de dysenterie, et récemment sorti de l'hôpital, vient de succomber à un accès de fièvre pernicieuse algide, contre lequel le traitement classique le plus énergique (injections sous-cutanées de chlorhydro-sulfale de quinine, enveloppement, piqûres d'éther, etc., etc.) est demeuré complètement impuissant. Un formidable orage, un véritable typhon, n'est pas étranger, peut-être, au fatal dénouement.
Après entente avec le général de Négrier, en prévision de notre prochain départ officiellement annoncé, j'ai demandé l'isolement, en un groupe spécial, des malades atteints de dysenterie contagieuse, et cependant en état de supporter la traversée. Le chef d'état-major a répondu que les craintes de contagion ne sont pas fondées, qu'il n'y a pas lieu de s'en occuper, et qu'il appartient, du reste, aux médecins de la marine, de prendre, en cours de route, telles dispositions qu'ils jugeront nécessaires. Inutile d'insister.
Donc, allons-nous-en, c'est le désir de tous. Et cependant, on critique de plus en plus le traité de paix. Les anciens, les missionnaires surtout, prétendent qu'une fois encore nous avons été dupés. La cour de Hué s'est soumise, elle a consenti la destruction du cachet d'argent, signe officiel de sa vassalité vis-à-vis de la Chine, et reconnu notre droit exclusif au protectorat. Mais elle n'a pas donné d'autres garanties. Et la confiance du général M Mot n'est pas justifiée. Vainement, il recommande de ne pas inquiéter les indigènes et menace de sévères punitions quiconque engagerait une lutte non rigoureusement justifiée. Les ambassadeurs et le tong-doc se déclarent satisfaits, mais leur satisfaction, toute diplomatique, n'est qu'apparente; ils n'en demeurent pas moins nos irréconciliables ennemis. Qu'en adviendra-t-il? La guerre n'est pas finie, disent les anciens. Gare les surprises!