‹ Au Tonkin, 1884-1885: notes, souvenirs et impressionsChapitre 112 sur 216 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

cette compagnie, surprise par la chaleur, laisse en route le tiers de son effectif.

Malgré les soins les plus énergiques, mais peut-être tardifs, deux tirailleurs succombent une heure après leur arrivée à la citadelle ; plusieurs autres, parmi lesquels deux officiers, présentent des accidents d'une telle gravité qu'il faudra sûrement les hospitaliser.

26 juin, quatre heures du soir. — L'état-major a perdu l'occasion, si favorable au lendemain de Bac-Ninh et de Lang- Kep. Et nous avons subi un grave échec pour avoir méconnu l'avis du général de Négrier. Maintenant, nous sommes acculés; il n'y a pas à reculer. Tout de suite, il faut réparer cet échec. Il faut aujourd'hui subir ce général Maolen, dont on est si jaloux et lui dire : « Sauvez-nous. »

Assurément les Chinois ont violé le traité de Tien-Sio. Ils avaient officiellement reconnu notre droit d'occuper Lang- Son. Us l'ont intentionnellement méconnu, attendant que la petite colonne envoyée pour cette occupation soit assez éloignée de son centre de ravitaillement, assez affaiblie, assez engagée, enfin, dans un étroit défilé, dont ils tenaient toutes les hauteurs, pour s'opposer à sa marche, en avant. Le colonel Dugenne s'est efforcé de passer outre. Malgré son imposante énergie, il n'en a pas eu la possibilité; il a dû battre en retraite.

11 n'y a pas à hésiter. Un tel échec doit être immédiatement réparé. Il y va de notre prestige au Tonkin et de l'honneur de nos armes.

Et voici que de suite le général de Négrier est prêta partir, accompagné d'une modeste colonne de renforts. 11 suffit dç le voir actif, bienveillant autant qu'autoritaire, prévoyant tout, voyant tout par lui-même, pour êlre certain que, malgré les obstacles, une colonne sous ses ordres saura bientôt réparer les conséquences d'une fatale impéritie.

« S'il plaît à Dieu, me dit-il, en me serrant la main, au moment du départ. »

Oui, sans doute, le Dieu des armées sera propice à ce sol-

datqui sait virilement affirmer son autorité, faire son devoir et prendre la responsabilité de son acte.

Un formidable coup de tonnerre, sec comme un coup de canon, au moment du départ. L'orage gronde. Puissent nos gouvernants savoir, dorénavant, se tenir mieux en garde !

26 juin. — Les dépêches du jour, commentées par toute la garnison, donnent à l'affaire le caractère d'un désastre.

« Nous sommes cernés et sans espoir » , dit une première dépêche du lieutenant Bailly. Puis une seconde accuse 8 officiers et 30 hommes tués, 75 blessés, 60 disparus, cela sur un effectif de 500 combattants! Mon collègue, le médecin-major Gentil, est, dit-on, gravement blessé et de même un jeune médecin de la marine, M. Ghassériau. Les capitaines Clemenceau, de l' état-major, et Jamais, de la légion étrangère, sont tués. L'ambulance et le convoi sont au pouvoir de l'ennemi. C'en est trop! L'échec est grave, sans doute, mais il ne faut pas l'exagérer.

Tout de suite, du reste, il faut un bouc émissaire!

L'armée chinoise, dit-on, a protesté n'avoir reçu aucune notification officielle du traité de paix, ni davantage aucun ordre d'évacuation. Elle en est, dit-elle, tout au plus avisée par "renseignements officieux. Elle veut bien cependant éviter le combat, mais elle entend conserver ses positions jusqu'à plus ample informé. Il doit suffire de télégraphier à Pékin pour obtenir un ordre. C'est un retard de cinq ou six jours au plus, le temps indispensable à l'évacuation...

Et le colonel, rêvant peut-être quelque facile victoire, aurait formellement refusé !

« Sans doute, dit l'état-major, il devait redouter un piège, et éviter de se laisser acculer. Mais il aurait dû, avant d'agir, faire connaître la situation, au moins attendre les instructions du général en chef. 11 ne l'a pas fait. Etson imprudente témérité nous vaut un désastre. »

La lutte a temporairement cessé, disent également les télégrammes. Les Chinois n'osent pas poursuivre : ils se con-

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