CHAPITRE TROISIÈME
dans laquelle il se trouve d'avancer, donne Tordre de se porter en avant, mais de s'abstenir absolument de tirer.
Il était quatre heures du soir. Et la colonne se trouvait à l'entrée d'une clairière, quand elle y fut reçue par de véritables feux de salve. Il fallut alors se replier. Le combat n'ayant pas été prévu, il y avait à peine un rudiment d'ambulance; les coolies porteurs avaient disparu dès les premiers coups de fusil. De toute nécessité donc il fallut, tout en combattant, entraîner les blessés, menacés, s'ils tombaient aux mains de l'ennemi, d'avoir la tête immédiatement tranchée. Et la nuit seule vint mettre fin à la lutte.
La colonne put ainsi se grouper sur un étroit mamelon et s'y terrer, pour échapper au feu qui la décimait. La moindre lumière, le moindre indice amenaient un redoublement.
Et pendant toute la nuit, les lugubres appels des trompettes et conques chinoises précisaient un mouvement méthodique d'enveloppement.
De fait, vers le matin du 24, l'investissement était complet. De toute nécessité, il fallait forcer le cercle de fer. Le lieutenant Bailly, admirable de courage et de dévouement, avait pu, profitant de la nuit, se faufiler dans les lignes chinoises ; il avait réussi à entrer en communication télégraphique avec Lang-Kep, de manière à aviser le général Millot. Le colonel Dugenne, superbe de sang-froid, prit alors ses dispositions en conséquence. Tous, du reste, officiers et soldats, rivalisaient d'énergie et d'abnégation. Le colonel fit charger, tant bien que mal, les blessés et les morts sur les quelques mulets échappés au feu, abandonna le convoi, confia à l'énergie des chasseurs à cheval, appuyés par une compagnie de la légion, sous le commandement du capitaine Maillard, la difficile mission de maintenir l'ennemi, et put ainsi foncer en avant. La retraite, malgré le formidable feu de l'ennemi, se fit sans précipitation, et dans un très bon ordre. Et bientôt les Chinois, tout à la joie de leur succès, surtout très occupés du pillage du convoi, devinrent de plus en plus hésitants dans la poursuite.
La colonne put ainsi parvenir jusqu'à Cau-Son où arrivait,
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en même temps qu'elle, le général de Négrier, assisté des quelques renforts indispensables pour la mettre complète* ment à l'abri. Elle put ainsi, sans être autrement inquiétée, reprendre ses cantonnements, dans la préparation d'un nouveau mouvement en avant.
Le guet-apens de Bac-Lé, sans aucun doute, sera chèrement payé, jamais trop, cependant, pour venger les malheureux officiers et soldats qui en ont été victimes. La Chine a cru pouvoir impunément violer le traitée Tien-Tsin. Elle sera bientôt désabusée*
Notre escadre est à Tché-Fou, où, parait-il, elle a dû, pendant même que nos soldats se battaient à Bac-Lé, recevoir la visite officielle de l'escadre chinoise et de Li-Hung-Tchang lui-même, venu tout exprès, dit un télégramme, accompagné de nombreux mandarins, pour confirmer la paix par d'amicales relations. Le vice-roi a été superbement reçu ; il s'est retiré très satisfait de l'accueil de l'amiral Courbet. Sans aucun doute, il ne pouvait pas prévoir alors une infraction aux ordres du Tsong-Li-Yamen, par les troupes chinoises, du Quang-Si, en avant de Lang-Son. Sans doute aussi, il s'efforcera de faire admettre une méprise. Mais, quelles que soient les explications, nous avons droit à une éclatante réparation. Et si les Chinois la refusent, nous saurons la leur imposer.
L'amiral Courbet n'est pas homme à se laisser longtemps berner.
C'est donc la guerre probable, et cette fois nettement déclarée, avec la Chine, qui jusqu'à ce jour parait n'avoir été que très partiellement engagée. Cela peut nous mener loin, étant connues les dispositions à notre égard de quelques puissances européennes, et notamment de l'Angleterre.
Bien évidemment, cependant, il n'y a pas à reculer. Et nous sommes, dès maintenant, dans la stricte obligation de nous y préparer.
Pour l'instant, eu égard à sa situation climatérique et surtout à l'insuffisance absolue des effectifs, il n'y a pas à prendre l'offensive. Il faut se contenter de se tenir sur la défensive, et