‹ Au Tonkin, 1884-1885: notes, souvenirs et impressionsChapitre 142 sur 216 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

plète impuissance. Actuellement, pour tenir Lang-Son, il faudrait occuper également Canton et le Quang-Si. La route de Phu-Lang-Tuong à Bac-Lé paraît, maintenant, très fortement gardée : celle par Chu et la ligne des montagnes, très difficile, est également gardée : celle de Quang-Yejn etÂng-Chau, est peut-être la plus courte, mais elle est peu connue; enfin, en suivant le littoral par Son-Binh, on rencontrerait presque certainement, vers Tien-An, les forts contingents qui, généralement, quand ils viennent envahir le Tonkin, se concentrent vers Mong-Caï, et arrivent à Tien-Ar par Ha-Koï.

Quant à Lao-Kaï, qui est, sur l'extrême frontière du Yunnara, le repaire des Pavillons noirs de Lu-Vinh-Phuoc, il y a moins encore à espérer son occupation avant la complète pacification du Tonkin, c'est-à-dire avant la soumission de la Chine. « Sans aucun doute, nous dit le capitaine Georges, qui fut le compagnon de Dupuis dans son exploration du fleuve Rouge, Lao-Kaï deviendra un centre important d'échange avec le Yunam. Lu-Vinh-Phuoc a trouvé dans la douane qu'il a établie de très grandes ressources. Mais la voie fluviale, seule pratique, nous est actuellement interdite. La navigation du fleuve Rouge, au delà des Rapides, vers Hong-Hoa, n'est encore possible qu'à l'époque de la baisse des eaux, vers le mois de novembre. Alors seulement les barres (1) deviennent visibles et peuvent être évitées, les courants étant également bien moins puissants. Encore n'est-il possible de les franchir qu'avec des jonques spécialement aménagées à cet effet. Ce sont de longues et étroites pirogues en rotin, enduites d'un mélange siccatif imperméable, et garnies, à l'avant, d'épais faisceaux de bambous, destinés, pendant la descente du fleuve, à amortir les chocs contre les rochers. Ces pirogues peuvent à peine porter 6 à 8 tonnes de marchandises, et 15 à 20 hommes. Les Chinois Pavillons noirs en avaient, paraît-il, réuni un très grand nombre à Hong-Hoa, au confluent du la rivière Noire et du fleuve Rouge. Et c'est grâce à elles qu'ils purent se mettre à l'abri, la route de terre n'étant plus, alors,

(i) Sables et cailloux accumulés.

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qu'un étroit sentier, constamment coupé de redoutables torrents, dont l'eau, d'autre part, est réputée dangereuse, en raison, dit-on, de l'abondance des sels de cuivre ou autres qu'elle contient.

Lao-Kaï n'est du reste, paraît-il, qu'un marécage pestilentiel, où les Chinois eux-mêmes sont incapables de résister longtemps. Tous, en effet, pendant la mauvaise saison, se retirent à Mang-Hao dans le Yunnam ; et seule une garnison demeure dans la citadelle. De toute nécessité, cependant, disent MM. Georges et Rossigneux, qui fut notre premier résident à Sontay, il faudra fortement tenir Lao-Kaï, non pas seulement en raison de sa situation frontière du Yunnam sur le fleuve Rouge, mais encore à cause de la grande richesse des mines d'or et de cuivre disséminées, paraît-il, dans la région. Mais, au dire de certains voyageurs, toute cette région est essentiellement malsaine. Tout récemment encore, trois explorateurs ont, paraît-il, tenté de la pénétrer. Deux sont morts, enlevés par des manifestations fébriles à accès de folie furieuse. Le troisième, M. Villeroi d'Augis aurait seul échappé, mais non sans éprouver lui-même des accidents qu'il prétend, en outre de la fièvre, rappeler ceux de l'intoxication mercurielle. M. Villeroi d'Augis serait actuellement encore, paraît-il, en traitement à Tuyen-Quan. On dit aussi qu'avec la soumission de la Chine nos relations deviendront rapidement faciles et prospères dans le Yunnam, parce que la population y subit difficilement le joug de la Chine, et ne demande qu'à s'en débarrasser. Enfin, c'est en cette région de hautes montagnes qu'il nous sera facile de recruter de bons soldats qui, bien encadrés, pourront, en toute sécurité, être opposés tant aux Chinois qu'aux Annamites et devenir, au Tonkin, ce que sont en Algérie nos tirailleurs africains.

Il est d'ailleurs certain que les Chinois, depuis les événements de Bac-Lé, sont très surexcités. A Hong-Kong même, il est impossible aux négociants français de trouver des chargeurs; les Chinois de Canton, qui seuls sont, paraît-il, autorisés à commercer avec les Européens, ont reçu l'ordre de sus-

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