‹ Au Tonkin, 1884-1885: notes, souvenirs et impressionsChapitre 144 sur 216 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

Pa-Koï sur le littoral, Lang-Son et Cao-Bang vers la frontière nord, qu'a signalée le Père Grandpierre, est, non seulement plus longue, mais encore impraticable aux grands trafics. »

Et causant ainsi du passé, du présent et de f avenir, le voyage, après la traversée du canal des Bambous, n'est plus qu'une fort instructive promenade à travers un pays d'une incontestable richesse.

« Voyez, me dit M. Roques : les indigènes commencent leur deuxième récolte de riz. Dans le delta, partout où il peut être facilement inondé, il y a deux récoltes au moins. Seuls les terrains montagneux ou mal irrigués ne font qu'une récolte; et le riz y est de moins bonne qualité. Beaucoup de rizières abandonnées sont devenues des marais pestilentiels. Elles reviendront très productives dès qu'on aura pu rétablir les canaux d'arrosement actuellement envahis par la brousse. Il faut, pour cela, la paix dans le pays. L'époque des semailles varie quelque peu, suivant la région; mais, généralement, suit de quelques jours seulement l'époque des récoltes. »

1 er octobre. — Et voici que nous débarquons devant la concession, où le général en chef m'invite à prendre des dispositions pour l'organisation du service de santé d'une colonne. Les Chinois, me dit-il, deviennent menaçants, il est temps de les arrêter.

Assistés des Pavillons noirs de Lu-Vin-Phuoc, ils ont en effet envahi tout le nord du Tonkin. Ils occupent Lang-Kep que nous avons abandonné, s'avancent jusqu'à Phu-Lang- Tuong et menacent Bac-Ninh. D'autre part, ils tiennent la montagne entre la rivière Claire et le fleuve Rouge, jusque vers Tuyen-Quan. La flottille doit presque chaque jour engager quelque nouveau combat. Tout récemment, la Massue y malgré ses hotchkiss et ses canons, a été entourée de plus de trois mille Chinois. La lutte lui a coûté, en outre de son commandant qui a été tué, dix morts et trente blessés, parmi lesquels plusieurs soldats de l'infanterie de marine. Il a fallu l'énergique intervention du. Mousqueton et de la Carabine pour la dégager.

Aussi, et malgré la persistance des chaleurs, malgré l'insuffisance de nos effectifs qui attendent encore les renforts annoncés, il faut, de toute nécessité, se porter en avant. Et le général Brière de l'isle, d'accord avec le général de Négrier, a constitué à cet effet trois colonnes distinctes qui doivent opérer séparément, mais à courte distance les unes des autres, de manière à pouvoir, en toutes circonstances, se prêter un mutuel appui.

La première, sous les ordres du lieutenant-colonel Donier, s'est embarquée déjà pour toucher aux Sept Pagodes et remonter le Loc-Nan jusqu'à Lam, avec Chu comme objectif. Elle comprend un bataillon de la légion étrangère, deux compagnies du 143* (capitaines Cuvellier et Frayssinaud,) une compagnie de tirailleurs tonkinois, et une section d'artillerie de montagne.

La seconde, qui est la plus forte, est sous les ordres du lieutenant-colonel D.... Elle comprend un bataillon du III e (lieutenant-colonel Chappuis), un bataillon du 23 e (commandant Godard), deux sections d'artillerie de montagne et une batterie d'artillerie de marine (commandants de Douvres et de Saxe et Roussel), et une section d'ambulance sous ma direction. Elle a Lang-Kep pour objectif.

La troisième, sous les ordres du commandant de Mibielle, avec le 3* bataillon de tirailleurs algériens, deux sections de 80 de montagne, un peloton de chasseurs et un bataillon de tirailleurs tonkinois, a pour mission de parcourir la zone entre les deux premières, de manière à pouvoir, au besoin, s'adjoindre à celle qui serait plus particulièrement menacée. L'ordre de départ m'arrive à deux heures après midi. J'ai à peine eu le temps de grouper le modeste matériel mis à ma disposition. Trois médecins, Baudot, Hocquard et moi, huit infirmiers, quarante coolies, douze brancards, deux cantines de chirurgie, une de pharmacie, une de matériel divers; en raison de la difficulté des transports, cela doit suffire. L'essentiel est d'avoir sous la main le strict indispensable, et d'écarter tout objet encombrant, le transport étant d'autant plus difficile qu'il doit se faire tout entier à dos d'homme. Il

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