‹ Au Tonkin, 1884-1885: notes, souvenirs et impressionsChapitre 147 sur 216 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

en route à cinq heures, pour venir occuper la pagode Thoman. Elle se compose d'une compagnie de tirailleurs tonkinois, du 143% d'un détachement du génie, d'une batterie d'artillerie et d'une section d'ambulance, précédés d'un peloton de cavalerie, qui passera à cinq heures au point initial, à la sortie nord de Phu-Lang-Tuong (rive gauche).

« Le gros de la colonne, avec le bataillon du 23% la batterie d'artillerie de marine, le 111% l'ambulance et le train, passera au point initial à cinq heures vingt-cinq.

a L'arrière-garde, formée de deux compagnies du 111°, se mettra en route à cinq heures quarante.

a La colonne cantonnera ce soir dans les villages qui longent la route de Lang-Son, l'avant-garde à Phu-Xuyem, à 1,500 mètres en avant de la pagode Thoman.

« L'ennemi est très rapproché de Kep. Le cantonnement sera couvert par des avant-postes soutenus par des piquets. Les piquets ne rentreront que quand les cantonnements seront établis, et que les troupes connaîtront leurs emplacements de combat, en cas d'alerte.

a Le général se tient au point initial, à la sortie nord de Phu-Lang-Tuong. Pour se rendre à ce point initial, en partant de Phu-Lang-Gian, il faut prendre le chemin qui longe le front nord-est du village. »

Tel est l'ordre ; il est ponctuellement exécuté. Une section de l'ambulance, avec l'aide-major Hocquard, est formée pour l'avant-garde. Et nous demeurons, le médecin-major Baudot et moi, avec la section principale, immédiatement derrière le lllv

Infatigable, le général, après avoir ainsi réglé la marche se porte rapidement en avant, escorté seulement de quelques cavaliers. Et, vers huit heures du soir, sans le moindre à-coup, la colonne vient cantonner dans le voisinage de la pagode Thoman, à la jonction de la route mandarine et des sentiers qui conduisaient vers le Loc-Man, par Bao-Loc. Elle est immédiatement avisée qu'un fort parti chinois occupe, vers l'est, Bao-Loc et les contreforts du Loc-Man, paraissant donner la main au groupement considérable qui, d'une part, occupe

Lang-Kep, et 6? autre part le Loc-Manet Chu. Il s'agit de s'en débarrasser au plus tôt.

7 octobre. — A cet effet, et dès l'aurore, la colonne, précédée à 1,500 mètres d'une forte avant-garde, se met en mouvement, laissant à la pagode tout le convoi, sous la garde d'une partie du 143* et d'une batterie d'artillerie de marine. Suivant la tactique habituelle, on avance en file indienne sur les côtés, pendant que la colonne centrale suit la roule la moins étroite, rien autre, du reste, qu'un sentier bourbeux, semé de fondrières, pour se développer très péniblement dans une plaine de hautes herbes qui nous couvrent des pieds à la tête. Le pays est abandonné. A peine de-ci de-là, quelques rizières et cultures de patates. La chaleur est accablante. Et bien des hommes y succomberaient sans doute, lorsque le feu, vivement engagé, les oblige à surmonter toute fatigue. Il est dix heures du matin. Les Chinois, surpris, à Bao-Loc même, par quelques obus, s'enfuient précipitamment, d'une part vers le nord-ouest dans la direction de Kep, d'autre part vers l'est et le Loc-Man.

Il a suffi d'une énergique démonstration. La colonne, à la grande joie de nos troupiers et coolies, qui peuvent y faire bombance, se repose pendant quelques heures au village de Bao-Loc, complètement évacué. Mais, et si réduits qu'aient été les effectifs engagés, ils ont dû réaliser un effort considérable. Et la section de l'ambulance, à l'avant-garde, a besoin d'être rapidement assistée pour soigner et transporter vingtsept malades. L'ambulance tout entière se porte à son secours et demeure temporairement, pendant que la colonne revient vers la pagode Thoman, sous la protection de deux compagnies du 1 1 1*. Péniblement, elle revient elle-même en arrière, ramenant les malades, pour cantonner à mi-chemin, vers neuf heures du soir, dans une misérable pagode, déjà partiellement envahie par la troupe, et dont il faut arracher les parois à coups de hache, pour obtenir au moins un peu d'air respirable. A la hâte, sur le pouce, on mange un morceau. Puis, ayant installé nos malades, avant de pouvoir

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