CHAPITRE PREMIER
salué, au passage, par les clairons de la légion étrangère qui sonnent aux champs, et par les acclamations de toutes les troupes à bord du Cholon, encore retenu par des avaries de machine. Cette attention du lieutenant-colonel Duchenne, commandant delà légion, est une marque de l'esprit militaire et patriotique qui l'anime, et qui contraste agréablement avec l'apathique indifférence, dont, paraît-il, un de nos régiments du corps expéditionnaire aurait eu à souffrir déjà, de la part de son chef.
La côte défile rapidement sous nos yeux, superbe de verdoyante frondaison, coupée çà et là de larges rivières et de riches coteaux dominés par la haute crête du pic d'Adam, dont l'altitude dépasse 2,000 mètres. Et nous voici à hauteur de Pointe-de-Galles, qui fut autrefois, à l'extrémité sud de l'île, le port le plus fréquenté, mais qu'il a fallu, paraît-il, abandonner en raison de sa mauvaise tenue pendant la mousson sud-ouest. Non loin de là, d'épaisses vapeurs proviennent, dit-on, de nombreuses sources thermales.
Mais la mer devient pénible, la chaleur augmente et nous oblige au repos.
2 février. — Par le travers du golfe de Bengale, les courants nous sont contraires, paraît-il ; la mer est démontée, et le baromètre, qui a très sensiblement baissé, fait craindre un de ces orages qui sont fréquents dans le golfe, notamment pendant la mousson de sud-ouest; le Saint- Germain avance péniblement. A midi le point nous indique 6°30 de latitude nord et 81°30 de longitude ouest, entre les sondes 2638 et 2412. La chaleur est accablante, sans cependant dépasser 28 degrés, mais en raison de la transpiration qu'elle provoque. Dans la soirée, une épaisse ligne de gros nuages noirs contraste avec le scintillement des étoiles et la phosphorescence de la mer. C'est l'annonce d'un cyclone, disent les marins. Et notre commandant ne quitte pas son poste d'observation sur la passerelle.
Dimanche 3 février. — La nuit a été pénible, anxieuse.
Les grains se sont succédé violents, presque sans interruption. La mer demeure méchante. Et le Saint-Germain, contrarié par les courants, avance péniblement.
A midi le point nous donne 5°30 de latitude nord et 86 degrés de longitude. Nous sommes en retard de quarante milles, me dit le commandant Traub, et cependant encore obligés de louvoyer avec prudence. Le thermomètre demeure invariable entre 30 et 31 degrés.
A février. — Dans la soirée, le vent a tourné vers le sudest et la mer est devenue fort calme. Vers midi nous sommes par le travers de la Grande-Nicobar, dont nous reconnaissons la côte. Le groupe des îles Nicobar constitue un archipel qui occupe, à l'entrée du détroit de Malacca, l'espace compris entre les 6 e -9* degrés de latitude nord et 90 a -92* degrés de longitude est. Elles sont couvertes d'épaisses forêts peuplées d'animaux nuisibles, et réputées fort insalubres. Les Anglais et les Hollandais y ont cependant établi plusieurs comptoirs pour le commerce des soies,- du tabac et surtout des bois. Gomme partout dans le voisinage de la ligne équatoriale, la température entre le jour et la nuit y demeure à peu près invariable. D'une saison à l'autre elle varie à peine de 5 à 6 degrés. Sauf à l'approche des orages, les vents y demeurent constants dans leur direction, et le baromètre y oscille fort peu.
Mardis février. — Ce matin, vers dix heures, nous touchons la pointe d'Atchin, qui est l'extrémité nord-ouest de l'île de Sumatra, à l'entrée du détroit de Malacca. La grande île de Sumatra, malgré la richesse de son sol largement arrosé par de nombreuses rivières et généralement bien cultivé, malgré l'élévation des montagnes boisées (parmi lesquelles le mont Ophir, qui dépasse 4,000 mètres) qui en occupent le centre, est réputée fort insalubre. Elle est cependant très peuplée; les Chinois y pullulent et y prospèrent sans empêcher les Européens d'y entretenir d'importants comptoirs. La race autochtone, qui habite le centre, est demeurée, dit-on, rebelle