‹ Au Tonkin, 1884-1885: notes, souvenirs et impressionsChapitre 181 sur 216 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

Âh ! Patrie ! Bien aimée Patrie ! Chère France, sol béni que Dieu nous a donné pour y naître, y vivre et y mourir, dans la tradition des glorieux et des douloureux souvenirs des ancêtres, dans la communauté des joies, des larmes et des espérances! Patrie, indestructible Patrie, l'âme de tes enfants s'élance vers toi, tout entière! Regarde; ils sont là sur le pont, tous émaciés par la maladie, quelques-uns ayant à peine le souffle qui les attache à la vie. Et voici que, chez tous, le cœur bondit, qu'il apporte au visage les dernières gouttes d'un sang généreux, comme pour protester encore de leur dévouement absolu à ta grandeur, à ta prospérité.

Patrie chérie! France! douce France! Combien de ces braves qui, jusqu'à l'épuisement de leurs forces, ont lutté pour toi vont, de ce bord, aujourd'hui te saluer, et, demain, peut-être, s'endormir dans la paix de Dieu, n'ayant au cœur d'autre satisfaction que la conscience de t'a voir bien servie. Patrie! couvre-les de ton noble drapeau! Il est leur idéal, comme il a été toujours l'idéal de ceux qui ont succombé làbas!

Et l'anxiété redouble. Le Winh-Long a hissé le grand pavois. Aura-t-il la libre pratique?

Oui, tout de suite! Et voici que la rade se couvre de bateaux parmi lesquels, à peine espérée, une petite barque qui m'apporte, à force de rames, tout ce que j'ai de cher au monde : ma fille, ma femme, mon frère, ma sœur!

Le départ et le retour sont habituellement tristes et silencieux. Au départ, on pense à ceux que l'on va quitter; au retour, à ceux que l'on revoit, puis à ceux que l'on ne retrouvera pas. Et c'est vous, mon père et ma mère si regrettés, qui m'avez donné du cœur!

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