CHAPITRE CINQUIEME
6 février. — Il s'agit, aujourd'hui, d'enlever la redoutable position de Dong-Song. Elle est, paraft-il, avant Lang- Son, le dernier rempart des Chinois. De fait, ils résistent avec une remarquable énergie. Mais la brigade, entraînée comme elle Test, ne connaît pas d'obstacles. Et, pendant qu'elle enlève victorieusement Dong-Song, la première brigade peut, de son côté, occuper vers l'est tous les forts qui couvrent la région. Les Chinois fuient en désordre, abandonnant de nombreux morts sur le terrain conquis par nos armes.
7 février. — Il suffit alors d'une furieuse reconnaissance poussée à la baïonnette, vers Than-Moï, pour nous rendre maftres, par un chemin latéral, entre Than-Moï et le col de Déo-Quao, des principales voies d'accès à Lang-Son, d'une part par la route mandarine Kep et Bâclé, encore solidement occupée, d'autre part, depuis Chu, par les cols de Déo-Van et de Déo-Quan. Et la colonne peut jouir, pendant les journées du 8 et du 9, d'un repos bien mérité.
10 février. — Dès l'aube, avec la première brigade en tête, la colonne reconnaît les situations successivement enlevées et, sans nouveaux engagements, vient bivouaquer au village de Dong-Bou.
11 février. — Le 11, précédée du bataillon du 111% elle chasse devant elle, de mamelon en mamelon, les Chinois qui s'opposent à sa marche, et devient ainsi maîtresse des hauteurs qui dominent la plaine de Pho-Vy, où paraît s'être concentrée la résistance dernière.
Le général donne au colonel Herbinger l'ordre de s'emparer d'un mamelon qui domine la plaine, mais dont le 11 I e est séparé par une rizière découverte, et par une profonde rivière. Le colonel veut, avant de donner l'assaut, préparer un mouvement stratégique. Les compagnies Sazonoff et Verdier partent malgré lui, se défilent à l'abri des haies, et viennent, au pas de charge, se heurter à la redoutable rivière. Qu'importe! le capitaine Sazonoff s'élance à la nage,
reconnaît un fond qu'il est possible de traverser ayant de l'eau jusqu'au cou, et les deux compagnies passent pour se reformer rapidement sur l'autre rive. Il n'y a plus qu'à grimper. On se débarrasse des sacs, et l'élan est tel qu'on arrive au sommet. Mais les Chinois, devant cette poignée de braves qu'ils espèrent écraser sous le nombre, redoublent d'énergie. On se forme en carré, on s'abrite tant bien que mal derrière des tranchées établies sous le feu même de l'ennemi ; et les assauts se succèdent impuissants. Il y a là des soldats intrépides, admirablement commandés; ils demeurent inébranlables; et l'ennemi, maintenu par de formidables feux de salve, est enfin contraint de leur abandonner le terrain.
12 février. — Grâce à leur indomptable énergie, les capitaines Sazonoff et Verdier demeurent maîtres de la situation. Mais, dès l'aube, la lutte recommence, avec plus d'acharné* ment encore. Les Chinois viennent enlever leurs morts jusque dans nos rangs. La situation devient critique. Heureusement, les turcos arrivent au pas de course. C'est la délivrance. Ils se ruent tête baissée, à l'arme blanche, sans souci du nombre. Et les Chinois affolés s'enfuient l'épée dans les reins.
« De son côté, la première brigade a pu, successivement, occuper toutes les hauteurs et forts de Bac-Viey. Nous sommes dorénavant les maftres de Lang-Son. Mais la rude journée nous a coûté trente-sept hommes et deux officiers tués, le lieutenant Brossant, officier d'ordonnance, et notre ami le commandant Le vrard, de l'artillerie de marine, et cent quatre-vingt-douze blessés, dont huit officiers, parmi lesquels les commandants Tonnot et Camoy, les capitaines Bigot et Baziole. »
13 février. — Un simple engagement : le dernier. La première brigade pousse l'ennemi sur la rive gauche du Song- Ky-Lua ; et dès le matin, la deuxième peut arborer le drapeau national au sommet du mirador central de la citadelle. Les Chinois affolés ont disparu, laissant sur le terrain leurs dm-