CHAPITRE CINQUIEME
sont impuissants à remonter. La colonne s'y concentre dans la soirée du 27. Il n'y a plus qu'un coup de collier, mais un rude coup, à donner. L'ennemi est là, formidablement retranché; et, certainement, au moins dix fois supérieur en nombre. Sûrement la lutte sera chaude. 11 faut s'y préparer activement.
28 février. — Et cependant, à partir de Phu-Doan, il n'y a plus de chemin tracé. A peine, de temps à autre, un semblant de sentier, coupé de ravins et de torrents, dont on ne vient à bout qu'au prix des plus grands efforts. Et nous sommes encore à 20 kilomètres.
1 er mars. — « Enfin, nous y voici. L'ennemi est là devant nous, à l'abri de solides retranchements établis entre la rivière et les hauteurs avoisinantes, à 3 kilomètres environ de Tuyen-Quan. Il s'agit de le déloger, et surtout de rassurer immédiatement nos héroïques camarades. De suite, des fusées tricolores, parties de différents points de la colonne, leur permettent autant de reconnaître les positions que d'apprécier la valeur des troupes de secours. Et le combat s'engage par petits groupes, d'abord si étroitement mêlés, que l'artillerie demeure impuissante. Mes turcos eux-mêmes se heurtent à de telles difficultés qu'il leur est impossible de gagner du terrain. On piétine sur place, et cependant, la nuit, les Pavillons noirs réussissent à se faufiler jusque dans nos rangs, pour emporter en trophées les têtes de nos morts qu'il a fallu, temporairement, abandonner sur le terrain. »
3 mars. — «Mais, dès l'aube, la lutte reprend avec une nou velle ardeur. Pendant la nuit, l'infanterie de marine a pu gagner les mamelons de gauche et déborder la zone dangereuse de la défense. L'ennemi, à l'abri de ses retranchements, n'en oppose pas moins la plus énergique résistance. « Mais nos assauts le déciment, et bientôt il se disperse, non sans nous avoir imposé les plus douloureux sacrifices. Il y a là, parmi nous, 79 tués, dont 9 officiers, et 384 blessés, dont 18 officiers.
354 AU TONRIN
Tuyen-Quan est débloqué; Lu-Vinh-Phuocetles Chinois sont en fuite. Et l'émotion nous prend à la gorge en embrassant les héroïques camarades que guettait l'impitoyable mort. »
Quels soldats ont pu, jamais, mieux mériter de la Patrie?