OCCUPATION D'HONG-HOA
Le médecin-major de Y™ classe chef de [ambulance de la 2 e brigade à M. le médecin principal directeur du service de santé du corps expéditionnaire.
Hanoï, le i" mai 1884.
Monsieur le médecin principal.
L'ambulance de la 2 e brigade, cantonnée d'abord à Dap-Cau, sur la rive droite du fleuve Rouge, à proximité des jonques d'évacuation aménagées par ses soins, a reçu, le 23 mars, Tordre d'occuper les magasins à riz de la citadelle de Bac-Ninh.
Des dispositions furent aussitôt prises pour mettre ces locaux, alors dans un état de saleté repoussante, en état d'abriter des malades ou blessés. Des lits furent construite avec des claies en bambous; des nattes, des matelas, des draps, des couvertures et des moustiquaires furent distribués suivant les besoins. Des tinettes mobiles furent installées à proximité. Et le service, divisé en deux sections, médicale et chirurgicale, fut régulièrement assuré.
Malgré la dislocation apparente de la brigade, il s'exécutait, s'améliorant chaque jour, lorsque, par ordre du général en chef, en date du 1 er avril, en application de nouvelles dispositions ministérielles, il parut devoir être assuré par les médecins de la marine, temporairement assistés par le personnel et avec le matériel de l'ambulance*
De nouveaux ordres, en date du 3 avril, enjoignirent au personnel de l'ambulance de le reprendre, et de l'exécuter entièrement, sans aucune cession à la marine, jusqu'au jour où le médecin chef Rey,de la marine, pourrait l'assurer lui-même. Ces nouveaux
ordres, très précis, donnèrent lieu, cependant, à quelques hésitations. Nos collègues de la marine, mais non le médecin chef Rey, personnellement mis en cause, déclarèrent, en effet, pouvoir, dès le jour même, se passer du concours de l'ambulance. Ils refusèrent ainsi la remise au médecin-major Baudot, maintenu à cet effet à Bac-Ninh, avec deux officiers d'administration, dix-huit infirmiers et le matériel indispensable.
L'ambulance, d'autre part, recevait, dès le 4 avril, ordre de se rendre aussitôt à Hanoï, pour être, de là, dirigée sur Hong-Hoa. Le maintien à Bac-Ninh du médecin-major Baudot la réduisait à trois médecins, un officier d'administration et seize infirmiers sans matériel. Dès l'arrivée à Hanoï, elle put remplacer, en partie, le matériel demeuré à Bac-Ninh, et se tenir ainsi préparée pour les mouvements vers Hong-Hoa. La mise en route, à partir de la citadelle d'Hanoï, commença le 6 avril, à cinq heures et demie du matin, sous les ordres du général de Négrier. Elle se poursuivit par Sontay et la rive droite du fleuve Rouge, jusqu'à Vu-Cbu et Trinh-Xa, en aval du confluent avec la rivière Noire.
11 avril. — La brigade, dans la matinée du 11, vint prendre position de combat sur un mamelon du village de Trung-Ha qui domine, à 6 kilomètres environ, la citadelle d'Hong-Hoa ; et le bombardement fut aussitôt commencé, pour se continuer jusque vers six heures du soir.
Le 12, la brigade ayant, à l'aide de sampans remorqués par nos canonnières, franchi la rivière Noire, vint prendre position en amont du confluent, s'approcha méthodiquement d'Hong-Hoa, où elle fit son entrée dans l'après-midi. La ville, incendiée, avait été complètement abandonnée, l'ennemi paraissant avoir passé le fleuve Rouge et s'être enfui dans la direction de Phu-Lam- Tao.
19 avril. — La brigade dut demeurer à Hong-Hoa jusqu'au 19 avril. L'ambulance, convenablement installée dans une pagode mandarine à 500 mètres en dehors de la citadelle, n'eut du reste à soigner qu'un certain nombre de malades, atteints, pour la plupart, d'embarras gastriques fébriles, simulant parfois les débuts de la fièvre typhoïde, mais cédant généralement, après trois ou quatre jours do surveillance, à de légères purgations suivies de petites doses de sulfate de quinine. Il y a également de nombreuses
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diarrhées ducs, peut-être, autant à des imprudences nocturnes et au genre d'alimentation qu'à l'usage de l'eau des puits, tenue pour fort suspecte, malgré les sommaires analyses du pharmacienmajor Worms.
Avant son retour, elle dut évacuer, par jonques, jusque sur l'hôpital d'Hanoï, quarante-trois malades ou éclopés, laissant à Hong-Hoa les seuls indisponibles de la légion étrangère confiés aux soins du médecin-major Vincent. Le pays, autour d'Hong- Hoa, paraît fort accidenté, mais sans culture suivie. Des mamelons sont, pour la plupart, couverts d'une épaisse végétation d'espèces marécageuses, qui naissent, vivent et pourrissent sur place, donnant lieu, sans doute, aux miasmes délétères qui valent au pays sa réputation de notoire insalubrité. À quelque distance commence la zone des puissantes forêts et des montagnes élevées.
Ainsi qu'antérieurement je n'ai que des éloges à adresser au personnel sous mes ordres. Il est fâcheux cependant que la dualité de direction médicale et administrative occasionne, parfois encore, au moins de la part des infirmiers, des hésitations et des retards dans l'exécution des ordres. Il est regrettable qu'un ordre donné par un médecin à un infirmier puisse être discuté entre cet infirmier et l'officier d'administration qui a le commandement de la section. Gela amoindrit d'autant l'indispensable autorité du médecin, dont la responsabilité est ainsi parfois gravement engagée.
J'ai l'honneur de soumettre à votre approbation des proposï tions en faveur des officiers et infirmiers spécialement désignés pour leur bon service.
En ce qui me concerne personnellement, monsieur le médecin principal, je suis dans l'obligation de protester contre la situation qui m'est faite depuis le ictour de l'ambulance à Hanoï. En m'attribuant, pendant la période d'action effective, la direction de l'ambulance de la 2* brigade, vous avez apprécié, d'accord avec le haut commandement, que le titre de chef du service médical du cinquième régiment de marche (23% 111" et 143"), qui m'a été attribué lors de mon départ de France, est purement illusoire; qu'en réalité, et par suite de l'organisation de ce régiment avec des bataillons administrativement indépendants les uns des autres, et jamais réunis pour une action commune, mes fonctions se réduisent, en réalité, à celles d'un médecin de bataillon, le 23*. C'est cependant cette situation qui vient, à nouveau, de m'être imposée, dès
mon retour à Hanoï. Je vous prie en conséquence, monsieur le médecin principal, de vouloir bien appuyer et transmettre, au général en chef, la réclamation ci-jointe.
• Hanoï, le 1 er mai 1884.
il Mon général,
« Vous avez décidé, après l'occupation d'Hong-Hoa, que je devrais cesser mes fonctionsde médecin-chef de la deuxième brigade, pour reprendre, au 5* régiment de marche, bataillon du 23 e , la place qui m'avait été assignée antérieurement. Ainsi que j'ai eu l'honneur de vous le faire remarquer déjà, je suis médecin-major de première classe, et j'appartiens, par concours, au service des hôpitaux. Sans doute, la circulaire ministérielle du 21 juillet 1883 prévoit que les médecins des hôpitaux peuvent être appelés à remplir les fonctions de leur grade dans un régiment. Mais, le régiment formé en France à destination duTonkin n'est pasautonome sous une seule autorité. 11 se compose, en effet, de trois bataillons distincts, indépendants les uns des antres, et s'adininistrant isolément. Évidemment donc, et les trois chefs de bataillon dés 23% III e et 143 e le déclarent absolument, je ne saurais être le médecin responsable de la direction effective du service, ainsi que cela pourrait être dans un régimeut régulièrement constitué; mais bien seulement le médecin du bataillon du 23 e , a'nsi, du reste, que l'indique ma lettre de service. Or les fonctions de médecin de bataillon, même en campagne, sont confiées soit à un aide-major, soit parfois à un médecin-major de deuxième classe, et jamais, au moins réglementairement, à un médecin-major de première classe, alors surtout qu'il est le plus ancien de son grade, et que, de plus, il appartient, par concours, au service des hôpitaux.
« J'ai l'honneur, en conséquence, mon général, de solliciter ma réintégration dans l'emploi de médecin-chef de l'ambulance de la deuxième brigade que vous avez bien voulu me confier dès le début des opérations, et où je crois pouvoir être plus utile que dans un seul bataillon. »
COUS ElrtJimOKXllM
«wtoncin. COLONNE D'OCTOBRE
Service de santé.
Ambulance de la 2« brigade.