CHAPITRE PREMIER
aujourd'hui même, l'occasion de visiter leur mission et de causer longuement avec Mgr Cerèz, assisté d'un prêtre, le père Fuantez, parlant très correctement le français. Et j'ai bien vite acquis la conviction qu'en véritables dominicains quelque peu inquisiteurs qu'ils sont demeurés, les missionnaires espagnols, pour obtenir des conversions, usent, parfois encore, de procédés que réprouverait assurément notre pratique française. Le gouvernement théocratique, chez les Espagnols, demeure fort autoritaire. Certains accusent les bons pères d'obtenir des conversions autant par le rotin et la cangue, que par la charitable persuasion. Tous, du reste, paraissent nous être dévoués. Par eux, j'apprends que les Chinois ont fortifié tous les villages avoisinant Bac-Ninh, qu'ils ont établi sur le fleuve un formidable barrage, solidement protégé par de l'artillerie, que très probablement même ils ont semé le fleuve de torpilles.
« Les Chinois, me dit le père Fuantez, sont au nombre de vingt mille au moins, dans les environs de Bac-Ninh. Mais Annamites et Tonkinois sont las de leurs exigences et désirent être débarrassés de leur domination. Ils vous ouvriront la ville dès qu'ils vous sauront en force, et résolus à ne les point abandonner; si surtout vous consentez à leur donner des chefs choisis parmi eux, et responsables vis-à-vis de vous seulement. » Et, dans le cours de la conversation, il insiste sur la bonne situation sanitaire du delta, et sur les dangers de la fièvre des bois dans la région des montagnes. « Dans le delta, me dit-il encore, méfiez-vous surtout des coups de chaleur. Il faut s'en garer alors même que le soleil est caché sous des nuages épais, et plus encore, peut-être, à cette époque de l'année ordinairement froide dès qu'il pleut, chaude, lourde, souvent accablante dès que la pluie cesse. »
Et je crois en effet le constater moi-même. Mais, vainement, j'insiste auprès du colonel Defoy pour obtenir qu'il donne à nos soldats les conseils hygiéniques que dictent la prudence et l'expérience. « Je n'ai pas le temps, répond-il, de m'occuper de pareils détails » ; et les foyers d'infection s'accumulent autour des cantonnements comme pour créer