CHAPITRE PREMIER
cependant, à l'entrée du port, une frégate cuirassée anglaise, toute raîde sous les armes, garde la passe, paraissant nous dire : « Je veux bien vous permettre d'entrer, mais sous la condition d'en bien vite sortir. •
La ville européenne n est rien qu'une avenue de magasins, aboutissant à une petite place bien ombragée, dite place de Lesseps. C'est un hommage bien mérité. La poste et les consulats sont à proximité. Seul le consulat français est relégué au fond d'une cour, où, certes, il n'est pas facile de le découvrir. De fait, notre consul ne se montre pas; il est ardent républicain, dit-on; cela doit suffire à ses compatriotes. Vers midi, tous ont réintégré le bord. Et le Saint-Germain s'engage lentement, à son tour, dans le canal de Suez à la suite du Poitou et de Y Annamite. Le canal, cette conquête du génie français, est creusé sur une longueur de 160 kilomètres environ, bordé à l'est par la plaine sablonneuse de Peluse, à l'ouest par des marais qui sont autant de déversoirs du lac Menzaleh. Sésostris, dit la chronique, en avait eu la première idée, et ses successeurs en Egypte l'avaient en partie réalisé ; mais, sans doute, ils avaient été impuissants à le garantir des ensablements qui, actuellement encore, nécessitent l'usage presque continu de nombreux appareils de dragage. Il est large de 95 à 100 mètres, sur une profondeur moyenne de 12 à 15 mètres, et sillonné de poteaux indicateurs de distance, disposés tout le long de sa rive. Chaque lieue marine parcourue est signalée par un poteau plus élevé, indicateur de la distance de Port-Saïd. Des gares de stationnement sont aménagées tous les cinq milles environ, pour permettre les croisements. De fait, à peine sommes-nous en route depuis deux heures qu'il faut déjà se garer, pour permettre le défilé en sens contraire d'une quinzaine de navires, la plupart anglais et italiens (deux français seulement) qui se suivent à la queue leu leu. A quatre heures seulement ce défilé est terminé, et Y Annamite, qui nous précède, donne le signal du départ. Chaque gare, du reste, possède un petit sémaphore qui indique, à chaque navire, si la route est libre, et, dans le cas contraire, la place temporaire qui lui est réservée dans le port. Et quand le soleil