‹ Au Tonkin, 1884-1885: notes, souvenirs et impressionsChapitre 7 sur 216 · J2 AU TONKIN · texte numérisé non relu

J2 AU TONKIN

se couche, il faut se garer encore, toute navigation dans le canal étant suspendue pendant la nuit.

18 janvier. — Ce matin, dès l'aube, recommence le long défilé de nouveaux navires se dirigeant sur Port-Saïd. Et le Saint-Germain est obligé d'attendre son tour. Nous en profitons pour une promenade à terre, mes camarades armés de fusils de chasse, à la poursuite des palmipèdes de toutes espèces qui pullulent dans le voisinage, moi-même occupé à visiter les employés de la compagnie. Tous habitent dans le voisinage immédiat du canal (généralement sur laberge ouest, puissamment garantie par une forte digue remplie d'épaisses fascines destinées à retenir les terres) de modestes maisonnettes, confortablement abritées sous des palmiers, des eucalyptus ou autres arbres, et entourés de petits jardins plantés, pour la plupart, de tous les légumes, choux-fleurs, salades, haricots, petits pois, tomates et divers arbres fruitiers qu'on rencontre dans le midi de la France. L'eau douce leur est abondamment fournie par une conduite de fonte qui longe la berge, et qui est approvisionnée, sous pression dans un réservoir établi à Ismaïlia, à l'aide de l'eau du Nil. Ils paraissent très généralement jouir d'une bonne santé, ne souffrent point de la fièvre, et n'ont, disent-ils, à redouter que les rhumatismes et les ophtalmies, ces conjonctivites granuleuses si fréquentes également chez les indigènes de notre Algérie, dont ils accusent beaucoup trop, peut-être, les sables du désert et pas assez la contagion. Bien qu'Autrichiens pour la plupart, au moins parmi ceux que j'ai rencontrés, ils paraissent aimer beaucoup la France, abhorrent les Anglais, dont les navires, disent-ils, encombrent le canal, et ont un véritable culte pour M. de Lesseps, qu'ils considèrent comme un génie bienfaiteur. L'un d'eux, après m'avoir amené à prendre le café, voulut, de plus, m'offrir les plus belles fleurs de son modeste jardin. « C'est au génie de la France que nous les devons, me dit-il, je suis tout heureux de les pouvoir offrir à un Français. » Tout ému, je l'avoue simplement, je lui serrai cordialement la main, embrassai sa fillette, une belle enfant qui voulut, elle aussi,

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