CHAPITRE DEUXIÈME
vêtements de luxe. Et le bonhomme fait ainsi, m'a?t-il^paru, de très bonnes affaires.
22 avril. — De Phong à Hanoï, une route que nous avons parcourue déjà, remarquant au passage les lignes de défense enlevées le 15 août par le général Bouet, le fortin de Phu- Hoai, le pont de Papier et la pagode Balny, de si glorieuse et si triste mémoire.
À Hanoï, où nous arrivons vers trois heures de l'aprèsmidi, l'ambulance reprend son ancien cantonnement dans la demi-lune de la porte nord de la citadelle.
La guerre est finie, dit-on, et le retour en France très prochain. C'est le bruit qui court et dont notre chef, après visite à Tétat-major, se fait l'interprète. Est-ce exact, je ne le crois pas. Et plusieurs, ainsi que moi, estiment que c'est complète illusion.
27 avril, — Cependant, il semble que toutes dispositions se prennent en vue d'un très prochain rapatriement. C'est ainsi que je suis invité à reprendre mon service au régiment, d'où je n'avais été détaché, paraît-il, que temporairement, et seulement pour le temps des opérations actives.
« J'ai l'honneur de vous informer, m'écrit mon chef, que les ambulances de brigade étant disloquées par ordre de M. le général commandant le corps expéditionnaire, vous êtes invité à rejoindre votre ancien poste au bataillon du 23* de ligne. Il est bien entendu que vous demeurez le chef de service du régiment, composé des bataillons des 23% 111* et 143\ »
Mes observations à ce sujet demeurent inutiles. « On donnera des instructions au lieutenant-colonel, afin de faire obtenir au docteur une situation en rapport avec son grade ; et, s'il y a lieu, des observations seront à ce sujet adressées au ministre. Mais, quand la réponse viendra, nous serons en route pour la France. » Telle est la réponse du colonel Guerrier, chargé, paraît-il, de me dire également que le général en chef a pu apprécier mes services à l'ambulance, et qu'il m'a proposé pour le grade de médecin principal.
29 avril. — a Nous occupons le delta : la situation politique et financière de la France, non plus que l'état de la température, ne permettent pas d'aller au delà. » Voilà ce qui se dit. Le général en chef vient de partir, cependant, mais accompagné de deux compagnies seulement, pour occuper Thaï- Nguyen, sur le Song-Cau. Quant à Lang-Son et à Lao-Kaï, qui sont les deux places frontières du Tonkin, il n'en est plus question. Il faut, paraît-il, en attendre la cession des traités à intervenir. Alors la marine et les troupes coloniales suffiront.
Ce n'est pas l'avis du général de Négrier, qui déplore l'erreur, et l'attribue tout spécialement à l'action de l'état-major. « Il se trompe, dit-il, et nous aurons sûrement à en souffrir. Soyons prêts quand même. »
6 mai. — De fait, on annonce que les bandes de Lu-Vinh- Phuoc réapparaissent aussi nombreuses que par le passé, qu'elles pillent plus que jamais le pays, et qu'il est actuellement impossible à nos soldats de s'écarter à quelques kilomètres seulement de Sontay ou de Hong-Hoa. Chaque nuit, disent des témoins dignes de foi, des villages sont pillés et incendiés, les Pavillons noirs emmènent femmes, enfants et bestiaux, massacrant impitoyablement tout ce qui leur oppose quelque résistance. Et nous sommes impuissants, tant en raison de l'excessive mobilité de ces bandes de pillards, qu'à cause de la température et de l'insuffisance de nos effectifs de garnison. Pour comble, bon nombre de nos soldats de la légion étrangère désertent avec armes et bagages, cherchant, paraît-il, soit à rejoindre Lu-Vinh-Phuoc qui, probablement, les fera fusiller, soit à se livrer eux-mêmes au pillage, et à s'imposer dans le pays. Trente-deux, dit la rumeur, ont déserté depuis quelques jours. Il a fallu déjà en fusiller plusieurs. Ce matin même, voici que d'autres, condamnés pour refus d'obéissance, viennent entendre la lecture de leurs jugements en présence de détachements de tous les corps de la garnison. Et l'état sanitaire à Hong-Hoa est actuellement déplorable.