CHAPITRE DEUXIÈME
grave complication dans la comptabilité des services administratifs! Il faudrait, non pas se contenter des infirmeries régimentaires, mais bien, en raison de l'insuffisance constatée des hôpitaux, créer de nombreux refuges, et en assurer le fonctionnement régulier. Les ressources existent, mais le ministre a prescrit que les ambulances doivent être réservées pour le service des colonnes en expéditions, et que seuls les médecins de la marine ont mission de l'assurer dans les hôpitaux fixes. Les infirmeries doivent fonctionner comme en France en temps de paix. A la vérité, cependant, en raison de l'encombrement des hôpitaux, elles sont obligées de conserver des malades même gravement atteints. Mais le règlement ne Ta pas prévu. Impossible de modifier même l'habituel régime alimentaire ; la diète ou l'ordinaire, il n'y a pas à sortir de là. Il y a un médecin, cela doit suffire; le principe est sauf. Ses prescriptions sont, en tant qu'exécution, d'ordre secondaire. Et d'ailleurs, il n'y a pas à s'en préoccuper autrement, puisque le rapatriement est prochain.
Sans doute, cependant, on s'efforce de réaliser les mesures d'hygiène reconnues indispensables : tous les puits sont curés et ne sont livrés à l'usage qu'après analyse de l'eau ; de nouveaux sondages sont activement poussés pour assurer un large approvisionnement; une nouvelle assiette du casernement est arrêtée afin d'éviter l'encombrement; on prévoit même l'organisation d'un second hôpital ou plus exactement l'abandon de l'hôpital absolument insuffisant de la concession ; la viande de distribution est, chaque jour, examinée par un vétérinaire ; des nattes sont délivrées pour le couchage ; des tinettes mobiles sont installées à proximité des baraquements et régulièrement vidangées chaque jour, en conformité de l'article 233 du décret du 28 décembre 1883, par les soins du génie; des racloirs et des bailles remplies de lait de chaux sont préparés pour la désinfection quotidienne, les ordures sont rigoureusement enlevées; une seule mare (dite des éléphants) est réservée pour le lavage du linge, toutes les autres demeurant absolument interdites à cet usage; enfin les hommes sont conduits au bain froid trois
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fois par semaine, sur un emplacement du fleuve Rouge rigoureusement désigné, et la durée du bain, après un repos suffisant sur place, ne doit pas dépasser 15 minutes, les hommes y étant conduits dès le réveil et ne devant prendre le café qu'à la rentrée... etc., etc. Toutes mesures incontestablement fort utiles au titre préventif, mais insuffisantes eu égard au nombre actuel des malades, qui, pour la plupart, sont atteints de diarrhées dysentériques. On se le demande, pourquoi cette interdiction, d'utiliser les conserves alimentaires, notamment le lait concentré, dont disposent les ambulances? Cela n'est pas réglementaire dans les infirmeries. Eh, qu'importe ! et l'essentiel n'est-il pas d'assurer d'abord à des soldats qui ont combattu, qui combattent journellement encore, loin de la mère patrie, tous les soins qui leur sont nécessaires, et auxquels ils ont conquis tous les droits? Il n'y a pas à toucher au matériel des ambulances, soit. Assurément, cependant, les appareils à glace dont elles disposent seraient plus utiles dans nos infirmeries régimentaires qu'au quartier général, pour lequel elles paraissent exclusivement réservées (décision du 10 mai).
12 mai. — La situation devient véritablement difficile. Les petites coteries de la société d'admiration mutuelle sont, disent les grincheux, les seuls bons arguments. De fait, quelques citations à l'ordre, à propos de l'affaire de Hong-Hoa, provoquent l'hilarité. Cela sent le vaudeville, et nombreux sont les vétérans qui déplorent ouvertement de voir amoindrir ainsi le prestige de la distinction la plus honorable qui soit dans l'armée. Sans aucun doute, cependant, certaines de ces citations sont méritées, celles notamment des commandants Berger et de Douvres, des capitaines Laperrine et de Saxe, de quelques braves soldats. Mais, à tort ou à raison, certaines autres sont sévèrement appréciées. « Elles récompensent des fumistes, dit-on, et méconnaissent les plus méritants. »
Aussi bien, l'état atmosphérique impressionne manifestement, même les plus flegmatiques. Les orages se succèdent