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nois », et la faute commise allait porter ses fruits. Après avoir eu pour nous Télément dont nous avions besoin : le commerce chinois, nous allions avoir contre nous la politique chinoise. Gela ne tarda point. En 1878, un ancien chef des révoltés Taï-ping, d*ailleurs sympathique, voulut, à la tête d'une bande, faire concurrence aux Pavillons noirs. La cour de Hué, qui tolérait et subventionnait ces derniers, déchira une fois de plus le traité de 1874 et, sans que nous protestions, recourut à la Chine pour détruire les nouveaux venus. Les troupes régulières chinoises lui rendirent ce service en 1879 : elles ne devaient plus quitter le Tonkin(*), et Tu-Duc, par haine de la France, se transformait volontairement d'empereur qu'il était en gouverneur de FAnnam pour la Chine.
Il eût alors fallu, puisqu'on avait maladroitement levé le lièvre chinois, parler ferme à Pékin, comme le conseillait notre représentant, M. Patenôtre : le Céleste Empire était condamné à nous tolérer au Tonkin et à abdiquer ses droits discutables puisqu'il nous avait sans mot dire laissé conquérir la Cochinchine. Il eût enfin fallu en terminer une bonne fois avec Tu-Duc, et en nous montrant décidés à ouvrir pour de bon le fleure Rouge (où la navigation, grâce à nous, serait sûre et libre de droits de la mer au Yun-nan), peser sur le Tsong-li-yamen {^) de toute la
(i) Il y eut dès lors des petites garnisons de réguliers impé- 114U.Ï il Bac-Ninh et Lang-Son. C'est de notre tolérance alors que le marquis Tseng s'armera pour ergoter sur nos droits et repousser nos protestations futures.
(2) Ministère d,es affaires étrangères à Pékin.
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sympathie du commerce chinois, si intéressé encore à ce moment au succès de notre œuvre de paciûcation et de progrès économique.
Malheureusement, comme toujours, nous ne sûmes pas nous décider. Nos hésitations et nos tergiversations expiées par de partiels désastres : c'est toute l'histoire de notre expansion en extrême Orient.
En 1880, nouvelle ambassade de Tu-Duc h Pékin. Elle a du moins pour résultat de convaincre le ministère de la nécessité de rétablissement de notre protectorat effectif sur TAnnam. Le marquis Tseng entrait alors en scène (1881-82); M. Barthélémy Saint-Hilaire, puis Gambetta le renvoyèrent au traité de 1874 (*), et le marquis refusant d'admettre ce contrat, on lui répondit que son gouvernement était mal fondé h réclamer, au nom de sa suzeraineté, huit ans après sa signature d'un traité officiel, à tous notifié (2).
La situation se compliquait donc. M. Le Myre de Vilers, en retournant en Cochinchine, reçut de l'amiral Cloué de longues instructions, très sages, mais vagues. Il fallait qu'il obtînt tout et qu'il ne fit rien! Il devait effrayer Hué, mais ne pas recourir pour cela à une action miUtaire. Cependant, il pourrait faire une manifestation et accroître les garnisons de Haï-phong et Hanoï.
C'était, on le voit, la vieille histoire de la chèvre
(1) Livre jaune (1881), Affaires du Tonkin, pages 165, 167, 180, 188, 195.
(2) (d,y p. 190; parla suite M. de Freycinet ne lui répondit même pas (page 198).
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et du chou I Le parlementarisme a de ces conséquences. Les gouvernants, par hasard au courant de la question et voyant juste, ne pouvaient ou n'osaient s'expliquer librement avec les Chambres, se sentaient entravés dans leur liberté d'action, et^ haotés par le souvenir du Mexique, voyaient au-dessus de leurs tètes une épée de Damoclès : le reprocha de ^ lancer dans les aventures lointaines.
En arrivant à son poste, M. Le Myrc de Vilca^ trouva les choses dans le pire état. Nos garnisofis, au Tonkin, étaient en danger, les Pavillons noirs excités par Hué devenaient menaçants. Il en avisa Paris. Le nouveau ministre de la marine, M. Gougeard, lui défendit alors d'envoyer Rivière et des renforts à Hanoï. U lui annonçait l'envoi de ramiral Pierre comme commandant en chef des troupes de terre et de mer. Qu'aurait pu faire cet officier général ? Le gouverneur démissionna, mais un nouveau ministère révoqua la nomination de ramiral et maintint M, Le Myre de Vilers à son poste en l'autorisant à augmenter la garnison de Hanoï et à y détacher le commandant Rivière.
Nous entrons maintenant dans la période de guerre. Nous l'exposerons plus brièvement que nous n'avons raconté l'expédition Garnier et les conséquences de celle-ci, car l'histoire des campagnes de ces dernières années est généralement connue, tan-^ dis qu'on ignore trop, dans une grande partie du public, les événements et les négociations qui ont amené la guerre.
Le capitaine de vaisseau, Henri Rivière, quitta
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Saigon le 26 mars 1882. Il emmenait sur deux avisos (Draç et ParsevalJ deux compagnies d'infanterie de marine, une section d'artillerie, et quelques tirailleurs annamites. Un chef de bataillon commandait ces troupes et devait être chargé, si besoin était, des opérations militaires. Rivière, chef de l'expédition, devait, lui, d'après les instructions du gouverneur (*), .être opposé en principe à toute action militaire, et se borner â négocier pour obtenir le respect des traités, tout en assurant, comme commandant effectif de la flottille du Tonkin, la sécurité et la liberté de la navigation du fleuve Rouge.
Quelle bizarre mission ! Et comment Teût-il remplie avec aussi peu de monde? Liu-vinh-phuoc venait de recruter de nouveaux soldats. Le nombre des Pavillons noirs se chiffrait par milliers : que feraiton contre eux avec quatre compagnies d'infanterie (il y en avait déjà deux à Hanoï) et quelques matelots (^)? On défendait à Rivière d'entraîner son pays dans une guerre, on lui enjoignait de demeurer diplomate et diplomate pacifique, et on le chargeait en même temps d'assurer la police du fleuve, de « traiter les Pavillons noirs en pirates », puis, huit mois après, d'arrêter les réguliers chinoi3, en « fusiUant ceux qui résisteraient » et en envoyant les autres au pénitentier de la Cochinchine, dans l'île de Poulo- Gondore ! Aussi bien, on connaissait si bien le pays
(1) Livre jaune, page 202.
(2) Rivière amenait, avec ses deux bâtiments, cinq chaloupes à vapeur. Il y avait déjà à Haiphong VÉclaireur et quatre canonnières ou avisos.
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et les Pavillons, qu'après avoir invité Rivière à traiter ces derniers en pirates, on l'invitait, en une phrase humanitaire, à ne pas les passer par les armes, mais à les expédier, eux aussi,àPoulo-Condore! En même temps, enfin, que partait Rivière avec la recommandation « de ne recourir h la force qu'en cas de nécessité absolue », M. Le Myre de Vilers envoyait à Tu-Duc une lettre de récriminations et de menaces.
L'amiral Jauréguiberry, alors ministre de la marine, avait approuvé les instructions du gouverneur de la Cochinchine. Pour celui-ci comme pour celuilà, leur dernière phrase les résumait : « Évitez les coups de fusils ; ils ne serviraient à rien qu'à vous créer des embarras. »
Éviter les coups de fusil ne faisait point par malheur l'affaire du commandant Rivière qui rêvait d'arriver à l'Académie par le Tonkin, tout en décrochant en chemin les étoiles de contre-amiral. Pourquoi donc l'avoir choisi ? Aussi bien, n'eût-il pas rêvé de -renouveler les exploits de Garnier (lui qui n'était pas Garnier, et ni le pays, ni les circonstances, hélas I n'étant les mêmes qu'en 1873), pouvait-il, tôt ou tard, se dispenser d'en venir à la violence, étant données les instructions contradictoires et hétéroclites qu'il avait reçues ? Son grand tort fut d'essayer de leur obéir, tout en leur désobéissant et de -ne point se borner au début à s'occuper des Pavillons noirs, ce qui eût justifié la venue de ses troupes, venue contraire, en- somme, au traité de 1874. Il eût en même temps agi pacifiquement sur les Annamites, et, comme il aurait échoué faute de monde devant les
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avillons noirs, on lui aurait envoyé des renforts avec de pleins pouvoirs. Il préféra refaire « le coup de Garnier ».
Rivière, en effet, était loin d'être l'homme de génie qu'il eût fallu pour exécuter le plan Le Myre de Vilers-Jauréguiberry. Si respectueux qu'on doive rester de la mémoire d'un brave mort au feu, on ne saurait, sans manquer aux devoirs de l'histoire, ne pas constater qu'il était un médiocre officier. Ses camarades disaient de lui : « C'est un marin incapable de naviguer, mais il a du talent en littérature. » Ses confrères, de leur côté, disaient : « Ce boulevardier n'est pas un artiste, mais soyons indulgents, car il est un excellent marin. » D'autre part. Rivière n'avait fait de diplomatie qu'auprès des directeurs de théâtre pour faire jouer ses pauvres pièces. C'était insuffisant, du moment surtout qu'on s'en remettait à ses seuls moyens pour démêler la situation la plus embrouillée qu'ait jamais abordée un négociateur en extrême Orient. Garnier eût hésité à prendre un tel rôle dans de semblables conditions. Rivière, lui, partit avec insouciance, le regard et le cœur à Paris, à son cher boulevard, et tandis qu'à sa place, Garnier eût passé ses jours et ses nuits au travail, il occupa ses loisirs à jouer à la roulette sur un appareil portatif qui figura toujours dans ses bagages. Sa mort lui a tout fait pardonner. C'est bien et c'est digne. Mais qu'on ne lui fasse point d'apothéose, car il précipita son pays aux aventures et tomba d'ailleurs par sa faute. On casserait de son grade un caporal qui, sur un champ de manœuvre, mènerait ses
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quatre hommes comme il mena sa petite troupe à la sortie du 19 mai 1883 1 Un marin, nous savons bien, n'est pas un soldat, mais le dernier, aspirant de 2« classe a appris à éclairer et à flanquer une compagnie de débarquement.
Toutefois, n'anticipons pas, — pour parler comme l'infortuné romancier Rivière 1
A l'arrivée du commandant et des renforts, en avril 1882, Jes mandarins convoquèrent les milices et se mirent sur la défensive. Notre envoyé en avisa Saigon, où se trouvait justement une ambassade extraordinaire de Tu-Duc, venue pour négocier une entente. M. Le Myre de Vilers obtint d'elle sans peine le licenciement des troupes convoquées et la promesse qu'on entretiendrait avec notre représentant des relations amicales. Hué ratifia cet engagement^ mais le courrier qui apportait à Hanoï la nouvelle de l'acceptation de ces préliminaires et des instructions dans ce sens au thong-doc arriva trop tard : Rivière avait pris de force la citadelle le 25 avril, ainsi qu'à bord, durant la traversée, et dès son départ de Saigon^ il en avouait le projet (^} !
Ainsi, un mois après sa nomination, moins de vingt jours après son débarquement au Tonkin, il osait df' son canon, lui à qui l'on avait répété d'agir poliiifjuemenl, administrativement et pacifiquement ^ — trois adverbes qui 1^ faisaient rire !
. M. Le Myre de Vilers couvrit son subordonné, les
(î) Il la prit en trois heures ayec 430 soldats, 130 marins,. 30 tirailletii*a tinnamites et 7 canons. Nous n'eûmes que 4 blessés.
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Annamites de Hanoï, effrayés rejetèrent tous les torts sur le gouverneur de la citadelle qui, s'étant suicidé de désespoir, ne pouvait protester, et la situation se retrouva la même qu'en 4873, — avec M. Dupuisenmoins et les Chinois en plus. Gomme dix ans auparavant, un mandarin allait à Sontay inviter le prince Hoang à rallier des bandes chinoises -et à lâcher les Pavillons noirs contre nous.
Rivière cependant, au point de vue militaire, n'avait peut-être pas eu tout à fait tort. On se défendait contre lui, on levait des troupes, on interdisait brusquement rentrée de la citadelle à nos officiers qu'on accueillait, non en alliés ou protecteurs, mais en ennemis. Le coupable n'était donc pas le commandant, mais le gouvernement qui Tavait choisi et, rayant choisi, lui avait donné des instructions impossibles à suivre, pour lui surtout. Mais, d'autre part, Rivière se rendait si peu compte de la. situation et s'illusionnait si fort sur le compte des Pavillons, qu'il aurait persévéré et tenté de prendre Sontay d'assaut, avec des échelles (sic), sans l'opposition du chef de bataillon Ghanu, chargé des opérations militaires. Il n'y renonça qu'en découvrant du pont de sa canonnière les formidables défenses de Sontay que Gourbet, avec dix fois plus de monde, devait avoir tant de peine à enlever plus tard, après de glorieux et sanglants sacrifices. Plus haut, à Honghoa, il trouvait de nouvelles défenses et tout autour des populations si hostiles que le vapeur n'osa point accoster. Il comprit alors que toutes les citadelles ne ^mberaient point entre ses mains comme celle de
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Hanoï, et, se trouvant embarrassé de sa conquête du 26 avril, il la restitua, mais démantelée, sans canons, avec des brèches pratiquées à deux de ses faces. Que tenter ensuite? Rien, puisqu'il manquait de monde, — et d'instructions exécutables. Notre petit corps expéditionnaire resta plus de dix mois inactif.
Que faisait-on donc à Paris ? Qui faut-il faire responsable du sang qui va couler ?
A Paris, comme à Saigon, comme à Pékin, on négociait et Ton ne voulait pas ouvrir les yeux. La cour de Hué, tout en protestant de sa soumission et de son amitié, appelait la Chine h son aide. Tu-Duc invoquait sa qualité de vassal et le marquis Tseng demandait à M.deFreycinet le rappel de nos troupes. En langage diplomatique, notre ministre ripostait que nos affaires avec l'Annam ne regardaient point la Chine. Le marquis, soufflé par les Anglais, insistait, si peu courtois, qu'on ne lui répondait même plus, mais, tandis qu'une armée chinoise pénétrait au Tonkin sous couleur de poursuivre les Pavillons noirs et déclarait, en nous traitant de rebelles, vouloir y demeurer dans la zone frontière, notre ambassadeur à Pékin, M. Bourée, ne montrait pas la même fermeté que le ministre vis-à-vis des réclamations chinoises, et nous proposait de partager avec la Chine le protectorat du Tonkin, après création d'une zone neutre qui ne nous aurait pas permis de monter au delà de Laokay I
La contradiction était partout ; agents et ministres parlaient différemment et lalongueurdes communica-
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tions postales entre Paris et l'extrême Orient accentuait les désaccords, les oscillations, les volte-face. Avec cela, les cabinets se succédaient, comme ils se succèdent en France, et tandis que Rivière attendait des ordres et des renforts, les projets allaient bon train, remplacés par d'autres à peine écrits (Juand leurs auteurs tombaient du pouvoir. L'amiral Jauréguiberry et M. Duclerc voulaient agir vigoureusement, envoyer au Tonkin 6,000 hommes, dont 3,000 de troupes françaises. A ce moment cela eût peut-être suffi. Le plan ne fut pas exécuté, et bien que la situation empirât au Tonkin et même en Cochinchine, les Chinois se tournant franchement contre nous, puisque leur gouvernement nous traitait de rebelles, et TAnnam, tout en se fortifiant, soufflant sur le conflit, on préféra discutailler à Pékin, dont on n'avait de nouvelles que tous les deux ou trois mois.. La Marine et les Affaires étrangères avaient h leur tête deux intérimaires : MM. de Mahy et Jules Ferry, quand arriva Tétrange projet Bourée. Toug deux virent le danger d'une concession pareille et de l'abandon de toute notre politique depuis les campagnes de Chine et de Cochinchine, depuis vingt-deux ans. Aussi M. Challemel-Lacour, qui prit le ministère des affaires étrangères après M. Duclerc et l'intérim de M. Jules Ferry, rappela-t-il M. Bourée que remplaça M. Tricou.
Rivière avait pris la citadelle d'Hanoï le 25 avril, avons-nous dit. En novembre seulement de la même année 1882, le gouvernement lui faisait savoir qu'il ne tolérerait pas d'intervention chinoise dans les
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affaires de rAnnam, et M. Le Myre de Vilers lui donnait Tordre de traiter les réguliers Chinois de la façon qae nous avons rapportée plus haut. Fin décembre, il étaSt avisé d'un revirement quant à la conduite à tenir vis-à-vis de ces mêmes Chinois et demeurait condamné à Tinaction jusqu'au commencement de 1883. fl reçut alors 730 hommes qui, comme toujours arrivaient trop tard. Le système des demi-mesures et de Tenvoi des renforts par petit* paqutts allait donner ses fruits. Rivière occupa aussitôt deux forts à Haï-phong, et Hong-gay, dans la haie d'Along, point précieux pour ses mines de charbon que convoitait la China merchants steam navigor Uon Company^ société financière dont nous aurons à reparler et où Li-Hung-Tchang, notre grand et habile adversaire chinois, avait engagé de gros intéirêts. Le 27 mars, le commandant enleva Nam-Dinh. Nos pertes commencèrent là ; le ïieutenant-eolonel Carreau (*), blessé, subit une a^mputation dont il mourut. Combien d'autans victiines n'allaient pas nous coûter les ftoites «d^à commises au Tonkin et celles qui «e préparaient ! Cette dernière expédition, cependamft, inquiéta le mime^tère. M. Charles Brun, miin^e de la marine — encore un 1 — fit donner Tordre à Rivière par te gouvtmaeur de la Coehin- <Ainè, M. Thomson — encore uni — de ne plus rien entreprendre que si sa sécurité Texigeait. Pendant ce temps, 4,000 Pavillons noirs et Anna-
(1) De rinfantene de marine. Kous etunes deux soldats Messes €)t pas d^amtres morte.
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mites tentaient sur Hanoï un hardi coup de main.
Le chef de bataillon Berthe de Villiers les repoussa en leur infligeant de sérieuses pertes, mais quand Rivière revint de Nam-Dinh, le 2 avril, il les trouva réenhardis, grossis et bloquant encore la capitale du Tonkin. Vite il demanda à Tamiral Meyer deux compagnies de débarquement, mais ces J ou 300 hommes et les deux compagnies envoyées de Saigon étaient d'insuffisants renforts. Chinois et Pavillons ûoirs étaient évalués au nombre de 15,000 ; ils s'appuyaient sur Bac-Ninh et Sontay ; leur audace croissait chaque jour, et les proclamations de Liuvinh-phuoc, demandant notre extermination et nous mettant hors la loi, pénétraient jusque dans Hanoï. Le commandant, àTarrivée des marins expédiés par Tamiral Meyer, résolut, le 18 mai, de dégager Hanoï vers Phu-Hoaï, sur la route de Sontay. L'avant-veille, une reconnaissance sur la rive gauche, quoique victorieuse, avait donné d'insuffisants résultats. Le 19 mai, au matin, la sortie eut lieu. Rivière, Tofficier le plus élevé en grade, la commandait, bien qu'il eût dû, croyons^nous, d'après les règlements militaires, restera Hanoï.
11 était souffrant se tenait dans sa voiture et, avec sa légèreté ordinaire, n'avait pris aucuna des plus élémentaires précautions prescrites. La colonne, à la suite de fautes tactiques que mieux vaut ne pas rappeler, tomba dans l'embuscade que lui tendait un ennemi dix fois supérieur en nombre, et nos troupes décimées battirent en retraite. Si Rivière était un médiocre officier, il était brave entre les braves et le
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fit voir : c'est en aidant à sauver un canon imprudemment engagé qu'il fut tué (*).
Nous avions perdu 26 marins et soldats, et 5 officiers, dont Rivière et le commandant Berthe de Yilliers. Nous avions enfin 47 hommes et 8 officiers blessés.
Le commandant supérieur des troupes réunies au Tonkin revenait au contre-amiral Meyer, le chef de nos forces navales dans les mers de Chine, célèbre dans la marine par son impéritie et son horreur de la navigation, mais apparenté à d'autres amiraux et partant bien en cour, d'où son avancement que son attitude, d'ailleurs, arrêta là. Cet officier ne vint pas même à Hanoi I II se borna à y expédier un capitaine de frégate et à aviser le ministère qu'il était prêt à assurer l'évacuation de nos soMats !
Au début de cet essai, en promettant de conter l'histoire des tentatives de la France en extrême Orient^ nous avons annoncé des pages tristes...
Le 25 mai, à la nouvelle du désastre, le gouvernement de la Gochinchine fit partir pour le Tonkin toutes les troupes dont il pouvait disposer : 500 hommes d'infanterie de marine, une batterie d'artillerie, des officiers et des munitions. A leur arrivée, la gar-
(1) Le commandant Rivière naquit à Paris, le 12 juillet 1827^ Entré à l'Ecole navale en 1843, il devint enseigne en 1849, lieutenant de vaisseau en 1856, capitaine de frégate en 1870, de vaisseau en 1880. Quand on l'envoya au Tonkin, il était commandant de la marine à Saigon et venait de contribuer à la répression de l'insurrection canaque en Nouvelle-Calédonie. 7-
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nison de Hanoï s'éleva à 1,200 hommes : il y avait à ce moment 20,000 Chinois et Pavillons noirs entre Hanoï et Sontay.
n est vrai que le ministère s'était ému à l'annonce deFéchec du 19 mai : il télégraphia qu'il envoyait « 375 soldats et 100 marins». A la Chambre, par bonheur, la mort de Rivière avait réveillé la fibre chauvine et la demande de crédits, qui traînait depuis un mois du Palais-Bourbon au Sénat, fut votée d'enthousiasme. On fit venir deux compagnies d'infanterie de marine de la Nouvelle-Calédonie, et de Toulon 2,000 hommes partirent. Leur chef désigné était le général Bouët (*), alors commandant supérieur des troupes en Cochinchine.
En attendant les renforts, cet officier mit en complet état de défense les places que nous possédions. Tombant d'un excès dans l'autre, il allait être aussi prudent que son prédécesseur avait été téméraire, mais cet excellent sous-ordre était un organisateur patient et laborieux qui, dans son rôle ingrat, et ayant tout à créer, rendit de signalés services. 11 ne disposait que de 2,435 hommes, les 1,322 autres garnisonnant Hanoï, Nam-Dinh et Haïphong. Plusieurs fois, nos troupes durent repousser les Pavillons noirs qui
(1) Le général Bouët, né le 6 décembre 1833, mort en 1887, entra à l'Ecole de Saint-Cyr en 1852. Lieutenant en 1857. capitaine èa 18tt0 (en récompense des services qu'il rendit au Sénégal, sous les ordres du général Faidherbe, alors commandant du génie, et où il se distingua encore de 1863 à 1867), chef de bataillon en 1868, Heutenant-colonel en 1871, colonel en 1875 et général de brigade en 1882, il appartenait à l'infanterie de marine dans laquelle il a fait toute sa carrière.
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menacèrent même Haïphong. Près de Nom-Dinh, le colonel Badens livra le glorieux combat de Can- Gian ; seulement l'ennemi réoccupait les positions que nous ne pouvions garder après les avoir prises I Les renforts envoyés de France n'arrivèrent que le 24 juillet. La mort du commandant Rivière n'avait pas décidé leur seul départ, mais encore celui du « commissaire général civil de la République au Tonkin ». En choisissant pour ces fonctions M. Harmand (*), le gouvernement avait eu la main heureuse, mais il avait été moins adroit en lui rédigesm des instructions qui préparaient d'inévitables conflit entre ce fonctionnaire et le général Bouët par le partage inégal de leurs attributions.
(1) M. le docteur Harmand, né à Saumar le 2% octob 1845, sortit de l'Ecole de santé militaire de Strasbourg 1866 et piirtit aussitôt pour la Cochinchine comme médec de la marine. U y resta jusqu'en mai 1870.
Médecin-major du Limier pendant la guerre, il fit les campagnes de la Baltique et de la mer du Nord. En 1871, il prend part à la répression de l'insurrection kabyle ; il voyage en Tunisie, puis fait campagne dans le Levant.
Au commencement de 1873, il retourne en GocWchine, est désigné pour faire partie, comme médecin et naturaliste, de la mission Delaporte au Cambodge ; la mission est interrompue par la maladie grave de tous ses membres, sauf M. Harmand, qui, envoyé au Tonkin avec l'expédition F. Garnier (prise de Hanoï, de Phu-Hoaï, du Phu-Ly, de Haï-Dzuong), devient commandant militaire à Nam-Dinh.
A son retour en France, il obtient une mission scientifique , subventionnée par le ministère de l'Instruction publique, le Muséum d'histoire naturelle, la Société de géographie de Paris et une souscription de la ville de Versailles (où il avait fait de brillantes études).
Voyages en Cochinchine, au Cambodge, au Laos et en Annam pendant les années 1875-76-77 ; retour en France au
INTKODUCTION LxVn
Le premier arriva le 2 août et supprima l'état de siège qu'avait proclamé le général et qui naturellement entravait, s'il ne le supprimait pas, son propre rôle. M. Bouët s'en fâcha. D'autre part, M. Harmand, qui avait raison en principe et d'après la teneur précise de ses ordres, ne sut peut-être pas apporter toute la souplesse nécessaire dans ses rapports avec des militaires fatalement mal disposés d'avance pour un civil. On lui a reproché d'être cassant. Le certain est qu'on le reçut avec plus que de la froideur. Or, M. Harmand, l'homme qui connaît le mieux llndo- Chine et nous a rendu tant de brillants et intelligents services, a le défaut des savants qui vivent trop par l'idée : convaincu d'avoir raison, scientifiquement certain de la justesse d'une théorie, il s'étonne qu'on puisse penser d'autre sorte. C'est un grand caractère, c'est un caractère, mais, par cela même, tout d'une pièce, il ne sait pas toujours persuader. Les hommes de cette trempe, lorsqu'ils ont son talent et ses rares facultés, réunissent autour d'eux des fanatiques et des adversaires non moins entêtés. H eut les deux, mais ceux-ci comme ceux-là ont rendu justice à sa haute valeur, à son habileté, à son énergie et h la sûreté avec laquelle il jugea la situation et
commencement de 1878; récompenses nombreuses (médailles d'or du ministère de rinstruction publique, de la Société de géo^aphie : médailles d'or et d'argent à l'Exposition universelle de 1878, section de l'enseignement supéri'îur).
Nommé conservateur-adjoint à l'Exposition permanente des colonies, il fut désigné, en 1881; pour aller occuper le poste de consul et commissaire du gouvernement à Siam et y resti^ jusqu'à sa nomination au ïonkin {b juin 1883).
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prédit l'avenir. De tous les chefs qui ont passé au Tonkin, il reste celui qui comprit le mieux nos intérêts et le plus justement indiqua les politiques à suivre. A cette heure encore, il est le résident général tout désigné pour en finir ayec TAnnam et utiliser le Tonkin, et le seul qui puisse mener à bien ces deux tâches, sous le pavillon d'un unique gouvernement indo-chinois. ,
En même temps qu'il l'envoyait de Bangkok au Tonkin, le ministère, laissant au contre-amiral Meyer le commandement de la division navale des mers de Chine, créait une division des côtes du Tonkin à la tête de laquelle il plaçait le contre-amiral Courbet. Harmand et Courbet : le gouvernement jouait une série heureuse.
Malheureusement, le conflit s'accentuait entre les pouvoirs civils et militaires, le commissaire général devait à cha jue instant rappeler au général Bouët les instructions que tous deux avaient reçues (*), et la dualité des pouvoirs créait d'incessantes diflicullés dont notre action souffrait, malgré le patriotique désintéressement que montraient les deux adversaires. Sur la demande de M. Harmand, bien inspiré même au point de vue stratégique, le colonel Brionval prit habilement Haï-Dzuong, mais le général se refusa à marcher sur Sontay, malgré les demandes
(1) Voir, au Livre ./aune, la partie de ces instructions officiellement publiée. On trouvera les autres dans la Conquête du Tonkin f par H. Gervais qui, dans sa très remarquable brochure, a éclairé Topinion en publiant nombre de documents inédits. (Bureaux de la Revue àleue, Itl, boulevard Saint- Germain, Paris.)
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réitérées du commissaire général, qui, semble-t-il avait raison. Le 15 août, nous fîmes une démonstration cependant sur la route de Son-Tay (combat de Yong) (*), mais une inondation fît de cette affaire un simple succès stratégique sans grandes influence sur la marche de la campagne. M. Bouët avait eu le tort d'ailleurs de ne pas se servir suffisamment des canonnières, et de ne pas tourner l'ennemi, grâce à elles, en occupant le Day. Quelques jours après, il demanda de nouveaux renforts, dont on lui envoya une faible partie. Le i"^ septembre, une seconde reconnaissance infligea un échec notoire à Tennemi, et assura la liberté du fleuve Rouge jusqu'à Feutrée du Day.
Pendant qu'avaient lieu ces opérations, M. Harmand et l'amiral Courbet remportaient l'un à Thuan-an, l'autre à Hué, de brillants succès diplomatiques et militaires.
« Nous ne serons pas plus injustes pour l'admirable escadre de l'amiral Courbet que nous ne l'avons été pour l'héroïque poignée de marins et de soldats à qui nous devons la Cochinchine, et nous raconterons en quelques lignes le boinbardement des forts de Thuan-an, les 18, 19 et 20 août 1883, tout en renvoyant encore nos lecteurs à Pierre Loti, à qui cet épisode, dont il fut témoin, à bord de YAtalante, inspira quelques superbes pages.
« M. Harmand, commissaire général civil au Ton-
(1) Pour le détail des opérations militaires, voir VIndO' Chine contemporaine de Bouinais .
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kin» dont Tamiral Courbet et le général Bouët approuvaient le projet, avait enfin persuadé le gouvernement de la nécessité d'opérer en Annam sur Hué, en même temps que surSon-Tay, au Tonkin, la résistance en ce dernier pays et l'entrée en campagne des Pavillons noirs étant Tœuvre de la cour de Hué. L'empereur Tii-Duc venait de mourir : le moment était opportun. On demanda donc à la Cochinchine un petit corps de débarquement, au Tonkin quelque artillerie et Af. Harmand, accompagné de M. de Champeaux, monta sur le Bayard^ où flottait le pavillon de l'amiral Courbet, afin d'imposer à TAnnam le traité auquel Fauraient préparé nos obus.
« Le 18 août, le Bayardy le Château-Renaud^ le Lynx^ VAtalante, la Vipère et le Brac^ s'embossaient à Thuan-an. U Annamite avait amené de Saigon 600 hommes d'infanterie de marine, 100 tirailleurs indigènes, une batterie d'artillerie et une centaine de coolies. Les mandarins n'ayant ni rendu les forts, ni répondu à l'ultimatum de l'amiral, le feu commença à 4 heures 1/2 et dura jusqu'à 8 heures du soir. L'ennemi ripostait vigoureusement, mais il n'atteignit que la Vipère. Le lendemain 19, la houle empêchant le débarquement de nos soldats, il nous canonna avec vigueur et atteignit même le Bayard. L'escadrille répondait de toutes ses pièces qui faisaient dans les forts d'énormes ravages. Le 20, le feu recommençait au petit jour, et Courbet, qui fut toujours si avare du sang de ses hommes, jugeait enfin le débarquement possible. Les 600 soldats d'infante*
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rie de mariner les 100 tirailleurs annamites, la batterie d'artillerie de marine, celle des canons de 65 */■» (en tout 15 pièces), les compagnies de débarquement du Bayard, de VAtalante et du CAd*teau'Renaud, en tout 1,050 hommes, débarquèrent aux sons de la Marseillaise, ayant de Teau jusqu'à la ceinture. M. le capitaine de vaisseau Parayon, du Bayard, conduisait Tattaque que matelots et marsouins menèrent comme ils savent les mener. Les forts, que les navires continuaient à canonner, furent pris d'assaut malgré la courageuse résistance de leurs défenseurs. D'un furieux élan, tout fut enlevé en quelques heures et les Annamites se débandèrent à Tapparition de notre pavillon sur le fort principal. Dans l'après-midi, la Vipère et le Lynx^ grâce à leur faible tirant d'eau, franchissaient la barre de la rivière et, aidés de loin par Tartillerie du Bayard et dn ChÂteau- Renaud, achevaient la résistance (*). Dans la soirée nous occupions les principaux forts et, à trois heures du matin, le ministre des affaires étrangères de Hué venait demander une suspension d'armes. MM. Ilarmand et de Champeaux se rendaient aussitôt à Hué et, cinq jours après, le 25 août 1883, était signé le traité reconnaissant notre protectorat surTAnnam et- le Tonkin (^). Malheureusement, l'amiral Courbet manquant de monde n'avait pu faire occuper Hué où l'arrivée et l'installation de
(1) Nous eûmes en tout six blessés.
(2) Voir Livre jaune (atîalres du Tonkin) 2« partie> pages 168, i69, 207, pour la préparation de cette expédition par M. Harmaud.
Lxxii INTRODUCTION
nos soldats victorieux auraient été d'un effet énorme en nous rendant maîtres de la situation tant en Annam qu'au Tonkin et en rendant impossible les complications dont nous souffrîmes, les années suivantes.
« De tous les nombreux traités que nous ayons conclus avec FAnnam, le traité Harmand, certes, est le meilleur et fait le plus grand honneur à notre commissaire civil. Il nous donnait les forts de Thuan-an que nous devions occuper d'une façon permanente et cédait à la Cochinchine la province annamite du Sud, le Binh-Thuan (l'ancien rcfyaume de Ciampa), que le traité Patenôtre a, depuis, si maladroitement restituée à la cour de Hué (traité du 6 juin*1884).
« La longueur de cet instrument diplomatique nous empêche de le donner... (^). »
A son retour à Hanoï, le commissaire général, afin de tirer avantage du traité du 25 août, s'occupa sans tarder d'organiser le Tonkin devenu nôtre, grâce à sa politique (^), et apporta à cette organisation ses précieuses qualités d'administrateur ainsi que sa grande expérience des choses du pays. Mais les démêlés recommencèrent avec l'autorité militaire, et le général Bouêt, passant le commandement au colo •
(Ij UExtréme Orient par Paul Bonnetain {Quantiriy éditeur).
(2) Il serait injuste d'oublier que le gouverneur de la Cochinchine, M. Thomson, préconisa de bonne heure la politique et les niesures que prit M. Harmand (Voir Gervais, Op. cit.).
INTRODUCTION lxxiii
nel Bichot (*), demanda à rentrer en France, sous couleur de s*y rendre en mission, afin de cacher autant que possible son désaccord avec F autorité civile (18 septembre 1883).
L'intérim de M. Bichot se prolongea jusqu*au 25 octobre. Il remploya à de courtes reconnaissances (prise de Ninh-Binh et Quan-Yen), ne pouvant, avec son peu de monde, engager la lutte contre les Pavillons noirs et Chinois que grossissaient sans cesse de nouveaux renforts. Les 3,000 hommes que nous attendions étaient insuffisants, et Ton commença à regretter alors le temps perdu. Il aurait fallu s'emparer de Hué et s'y établir pour forcer la cour à respecter le traité du 25 août, puis, au lieu de demimesures, demander catégoriquement à la Chine si elle voulait la paix ou la guerre. Il n'est pas sûr qu'elle eût répondu oui, quelques cuirassés et croiseurs lui signifiant cette question. Mais, eût-elle accepté la lutte, la situation du moins était franche et nous la réglions meilleur marché en agissant sur les côtes du Céleste Empire par notre flotte, tandis que nous allons gaspiller hommes et millions à lutter à terre, sur un mauvais terrain, au Tonkin, contre des gens avec qui nous ne serons jamais en état d'hostilité officiellement déclarée I
La France, isolée depuis 1870 et préoccupée par
(1) Né à Arras en 1833, entré à Saint-Cyr en 1 855, sous-lieutenant (infanterie de marine) en 1857, lieutenant, pour faits d'armes en Chine, en 1860, capitaine en 1864, chef de bataillon en 1871, lieutenant-colonel en 1876, colonel en 1882 général en 1884, — après Son-Tay. Campagnes de Chine, de Cochinchine, et de 1870-71.
unmr INTRODUCTION
Tattitude énigmatique de l'Allemagne, n'osa point parler haut et ferme. Nos gouvernants ne comprirent pas qu*il leur en coulerait plus de temps et plus de sacrifices en rapetissant le débat et en essayant de tourner la difficulté : TamiraJ Courbet ^ns le Petchili avec dix navires, le général Brièré de Hsle devant Son-tay avec 6,000 hommes, M. Harmand à Hué avec deux régiments et deux batteries : la campagne, on Ta vu depuis, était finie en six mois. Elle va durer quatre ans. Elle dure encore.
Le 25 octobre 1883, sur Tordre de Paris, le contreamiral Courbet (*) prit le commandement du corps expéditionnaire et réunit bientôt (le !•' décembre) tous les pouvoirs, politiques, civils et militaires, car M. Harmand avait demandé son rappel les 16 octobre et 22 novembre et Tavaitenfin obtenu le i" décembre. Il se plaignait, non sans raison, d'être diminué et de
(1) L*amiral Courbet naquit à Amiens en 1827. Voici quelques lignes de biographie publiées avant Son-Tay et Fou^Tcheou:
« L'amiral Courbet (Amédée-Analole-Prosp»*r) est sorti de l'Ecole polytechnique. A vingt-deux ans il était aspirant de t'« classe, à vingt-neuf ans lieutenant de vaisseau, dix ans plus tard capitaine de frégate. En 1873 il est capitaine de vaisseau et contre-amiral en 1880, à Tàgc de ci nquante- trois ans,
« Comme capitaine de frégate, il a rempli les fonctions importantes de chef de l'état-major de la division cuirassée du Nord et commandé la division navale des Antilles; comme capitaine de vaisseau, dès sa promotion, il commande un cuirassé, par deux fois il remplit les f*»nctions de chef d'étatmajor de l'escadre d'évolutions, puis il est appelé au poste de gouverneur de la Nouvelle-Calédonie. En 1880. il commandait à Cherbourg la division dite d'essai, formée des types nouvea'ux dont il devait diriger les expériences.
« L'amiral Courbet, travailleur infatigable, voit et fait tout
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devenir inutile, ses pouvoirs lui étant successivement enlevés. U est certain que Tunlté du commandement et la réunion de tous les pouvoirs dans une seule main s'imposait pendant la période d'opérations militaires qui, les renforts arrivés, allait s'ouvrir ; mais le laisser rentrer, c'était bien mal récompenser le négociateur du 25 août, l'homme de ressources qui avait obtenu tant de beaux résultats au Tonkin, et l'administrateur hors ligne à qui ce pays devait tout et à qui nous devions ce pays I Ne pouvait- on suspendre provisoirement ses pouvoirs au Tonkin j usqu'à la prise de Son tay et de Bac-Ninh — puisque nous voulions alors nous borner au delta — et, en -attendant, l'envoyer à Hué avec carte blanche? Notre pays paye étrangementses meilleurs serviteurs. Nous allons voir que l'amiral Courbet ne sera pas moins ingratement trstité.
La campagne commença le 12 novembre, au moment à peu près où le marquis de Tseng se décidait è, nous notifler officiellement la présence au Tonkin des troupes régulières chinoises. Haï-Dzuong, attaqué, ne fut sauvé qu'à grand'peine. Aussi, dès l'arrivée des renforts, un nouveau petit paquet qui porta
par lui-même ; c'est im savant, versé dans toutes les sciences ^ui trouvent leur application dans l'art naval. C'est un chef froid, méthodique, doonaut ses ordres avec netteté et sachant apprécier la valeur des hommes qui lui sont subordonnés. Les officiers et les équipages ont en lui la plus entière con- £ance ; malgré sa froideur, il sait les enthousiasmer. Très exigeant en service, juste toujours, uut^ marque de satisfaction «de sa part est estimée comme une véritable faveur. »
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à 9,000 hommes environ nos forces dans tout le Tonkin (*), Famiral décida d*opérer contre Sontay.
Bien armé, dix fois supérieur en nombre et composé en grande partie d'hommes dont la guerre était, depuis de longues années, Tunique profession, Tennemi pendant trois jours fit une résistance opiniâtre derrière ses formidables et savantes défenses. Un adversaire européen ne nous aurait pas donné plus de mal. Nos troupes (infanterie de marine, tirailleurs algériens, légion étrangère, matelots des compagnies de débarquement de Tescadre, tirailleurs annamites de Cochinchine) perdirent 10 pour 100 de leurs effectifs engagés : ce chiffre dit tout. Combien elles furent merveilleuses au feu, faut-il le rappeler? Grâce à l'habileté de leur chef, le 17 décembre, elles étaient maîtresses de la place, après avoir tué plus d'un millier d'hommes aux Chinois et aux Pavillons noirs et conquis 89 canons.
Cette sanglante et glorieuse affaire est une des plus belles qui aient illustré nos armes en extrême Orient, et il faut en lire le compte rendu détaillé dans le rapport si simple et si grand de l'amiral Cour-
(1) A Paris, dans la presse et à la Chambre, on additionnait chaque envoi au chiffre des précédents, sans soustraire du total des soldats envoyés, les morts, blessés et malades, sans calculer, enfin, qu'une forte partie de nos effectifs était employée à garderies places que nous avions prises et ne pouvait ainsi. coopérer aux opérations actives. Cet errement fut continué, à la tribune même, durant toutes les polémiques et discussions auxquelles l'ignorance et Tesprit de parti se livrèrent à propos du Tonkin.
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bet ('). De telles pages consolent et font espérer.
La prise de Son tay décida Nguyen-Van-Truong, le faiseur de rois, à ratifier devant M. Tricou, notre ambassadeur venu de Pékin, le traité Harmand. Courbet cependant ne voulait pas laisser respirer Fennemi, et ne pouvant, vu la baisse des eaux, attaquer Hong- Hoa, se préparait h enlever Bac-Ninh, lorsqu'il apprit que la brigade de renfort qu'on envoyait au Tonkin, étant fournie par le ministère de la Guerre, on lui substituait un général de division fourni par celui-ci. On lui accordait en même temps les étoiles de vice-amiral qu'il avait si bien gagnées, afinde pallier sans doute Todieux de ce remplacement au lendemain d'une victoire.
Laisser les marins h leur bord et les soldats à terre, ne demander à chacun que ce qui ressort de sa spécialité, c'est un principe juste dont la mort de Rivière avait assez rappelé la nécessité ; mais Courbet n'était pas qu'un marin. Ce mathématicien venait de se révéler tacticien. Lui enlever l'honneur d'achever l'œuvre si bien commencée, c'était donc, en retardant cet achèvement, prendre une injustifiable mesure. Il pleura sous l'affront, alors qu'il se croyait seul, puis, devant son état-major et ses troupes, il se raidit, et encore un coup fit son devoir. Nous nous rappellerons toujours cette matinée du 12 février 1884 où, digne et ft:*oid, nous le vîmes s'incliner devant son successeur, lui remettre le service et le commande-
Il) VIndO'-Chine Française^ etc. , de MM. Bouinais et Paulus en donne d'intéressants extraits.
LEmii INTRODUCTION
ment, puis, évitant toute manifestation non silencieuse, s'embarquer trois heures après sur VEelairy la canonnière qui venait d'amener S'jn remplaçant.
Avec le général MHlot (*) commence la période de guerre avouée avec la Chine et les réguliers chinois. Ces derniers n'avaient pas quitté le Tonkin depuis 1875, s'y étaient incessamment renforcés depuis 1882, mais nous ne les avions réellement devant nous que depuis septembre 1883. Nous les avions battus pour la première fois à Son-tay, les 14 et 15 décembre. Jusque-là, la Chine s^était bornée à exciter contre nous les Pavillons noirs et à leur fournir des recrues. Les troupes impériales se tenaient en réserve derrière celles de Liu-vinh-phuoc et les autres bandes chinoises, grossies des partisans réunis par le prince annamite Hoang-Ké-Vien, qui servait
(1) Né en 1829, sorti de Saiot-Gyr en 1849, le général Millot prit part à la campagne de Chine comme capitaine et y fut décoré pour* fait de guerre (1860). Commandant en 1869, il fut fait prisonnier avec l'armée de Metz et s'évada. Le gouvernement de la défense nationale en fit un général auxiliaire que la Commission des grades remit lieutenant-colonel, car il n'était que brave et le courage ne suffit pas à faire un officier, surtout un officier général. En 1875, il fut promu colonel. Il était devenu l'un des familiers de Gambetta. Aussi obtint-il un avancement qui étonna toute l'armée : général de brigade en 1880, divisionnaire en 1882! Il s était, il est vrai, déclaré partisan de l'expulsion des princes de l'armée, et le gouvernement recherchait des officiers républicains. C'était son droit, voire son intérêt. Mais M. le général Millot qui, sans elle, eût pris sa retraite comme lieutenant- colonel, n'allait pas tarder à prouver que la science de la politique ne suffit pas à faire un habile général, ni môme un soldat sachant son métier. On a pu s'en apercevoir encore aux grandes manoeuvres de 1887.
INTBODUCTION lihx
une solde au nom de la cour de Hué à tous ces bandits, A la fin d'août, elles s'emparèrent de Son-tây, en chassèrent les mandarins, — on sait le mépris du Oiinois pooff les Annamites — et, la querelle étant devenue franco-chinoise, la question de nous écarter des frontières du Yun-nam et du Quang-d primant toutes les# autres, ouvrirent franchement la luUe, en dédaignant leur ancien « rideau » d*irréguliers. Même, elles pendirent, comme hors la loi, les envoyés de Liu-vinh-phuoc, quand celui-ci, rejeté par le général Bouët audelàduDay, après les reconnaissances du !*•* et du 2 décembre 1883, leur demanda à ren^ trer dans Son-tay. Il est vrai qu'elles ne tardèrent point à appeler Liu à leur aide lorsqu'elles nous virent arriver, et ce sont les Pavillons noirs, de vrai^ ment rudes soldats, qui supportèrent nos assauts et perdirent le plus de monde.
Mais, à Bac-Ninh comme à Hong-Hoa, le général Millot ne devait pas les rencontrer ; il se heurta seulement aux soldats réguliers du Céleste Empire. Nous avions alors au Tonkin les marins de la flottille et les 600 fusiliers marins de Tescadre compris, 470 officiers et 16,000 hommes, dont 2,300 tirailleurs algériens et 2,170 tirailleurs annamites et tonkinois.
Le nouveau commandant en chef commença par Bac-Ninh. Courbet avait préparé la prise de cette place qu'il voulait attaquer par trois côtés et par trois çolonn.es, la première de celles-ci et la plus forte partant d'Hanoï et suivant la route impériale (*) qu'a-
(1) Uu coup d'œil sur la carte permet de saisir Topératian.
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vait fortifiée rennemi ; la seconde, d'Haï-Dzuong et suivant la route impériale de cette ville h Bac-Ninh ; la troisième enfin, remontant le Song-Cau avec la flottille. Ce plan était excellent, il permettait d'utiliser les seules voies de communication pratiques et assurait une marche rapide, en même temps qu'il nous permettait de ne pas laisser échappei^rennemi. M. Millot, malgré les renseignements qu'il reçut, s'entêta h ne pas le suivre. Une de ses brigades, commandée par M. le général de Négrier (*), reçut l'ordre d'enlever,afin de partir ensuite de là, lesSept-Pagodes, au confluent du Thaï-Binh et du Song-Cau, qui étaient
(1) Le général François de Négrier, fils petit-fils et neveu de généraux distingués, est né à Belfort le 2 octobre 1839. Entré à Saint-Cyr en 1856, sous-lieutenant en 1839 et capitaine en 1868, il fit, aux chasseurs à pied, partie de l'armée du Rhin. Blessé à Saint- Privât, décoré, mis à Tordre du jour, il était à Tambulance de Metz pendant la capitulation ; mais le 3 novembre il s'échappa en traversant, à cheval et en uniforme, les lignes allemandes. Deux uhians l'arrêtèrent, lui demandant son laissez-passer. 11 présenta à l'un d'eux son billet d'hôpital et, pendant que celui-ci le lisait, lui cassa la tête d'un coup de revolver. L'autre cavalier prit la fuite et le capitaine put gagner la Belgique et rentrer en France par Lille- Nommé commandant du24« bataillon de marche de chasseurs, il fut blessé à Villers-Bretonneux et à Vermand. Confirmé dans son grade par la Commission de re vision de l'Assemblée nationale, commandant le 25* chasseurs à pied, lieutenantcolonel au 140« de ligne en 1875, colonel au 79« en 1879, U passa avec ce dernier grade à la légion étrangère, sur la demande du général Saussier, commandant du 19® corps. L'expédition du Sud oranais mit en lumière l'activité, la vigueur, l'audace et les brillantes qualités militaires du jeune colonel, qui fut nommé brigadier en 1883 : depuis un an, il était commandeur de la Légion d'honneur. Il devint général de division .en 1885.
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une bonne base d'opérations ; mais Tautre, la brigade Brière de Flsle ('), fut expédiée d'Hanoï, base détestable l'obligeant h faire le long du canal des Rapides, sans chemins pour l'artillerie, en pleine rizière, un mouvement de flanc long et périlleux. Les deux brigades devaient se rencontrer au marché de Chi, sur la rive gauche du canal des Rapides et enlever de conserve les défenses de Bac-Ninh.
« Maître des Sept-Pagodes, le général de Négrier attend Tordre de marcher en avant. Il le reçoit le A mars... Le mouvement qu'avait à faire sa colonne était,ainsi que nous l'avons dit, combiné avec celui qu'avaient à faire les troupes de la 2® brigade. Le général de Négrier, exécutant les ordres qui lui ont été donnés, marche de l'avant, gagne son objectif, prend le contact et attend la 2® colonne. Mais les jours se passent et il ne voit rien venir. Il gagne alors du terrain sans rencontrer de résistance sérieuse ; bientôt même, un coup de main heureux des marins du commandant de Beaumont le rend maître de la route de Bac-Ninh ; la voie est ouverte, il s'y lance, gagne la place, l'emporte presque sans coup férir ; les Chinois fuient de tous côtés. Deux jours après, la colonne
(t) Le général Brière est né en 1827, à la Guadeloupe. Elève de Saint-Cyr en 1846, il entra dans l'infanterie de marine où il fit toute sa carrière. Capitaine en 1856, commandant en 1862, après la prise de Vinh-long en Gochinchine, colonel en 1870, général de brigade en 1881, de division en 1884, il a fait les campagnes de Chine, de Cochinchine et de 1870. Gouverneur du Sénégal, où il releva notre influence (1877), il était à Paris au début d'un congé, quand il apprit que la fi'Wre jaune venait d'éclater dans la colonie : le lendemain, il rejoignait son poste au milieu du péril.
Lixxu INTRODUCTION
Mîllot entrait à son tour à Bac-Winh, après avoir eu, chemin faisant, quelques engagements sans importance. Yoici ce qui s'était passé:
« Après avoir quitté Hanoï, la 2* brigade s'était engagée dans la voie reliant Hanoï au laarché de Gfai, c'est-à-dire à la route impériale de Bac-Ninh à Hàï-Dzuong. Nous avons dit quelles difficultés devait présenter le terrain ; on aura une idée de celles que les troupes eurent à vaincre par le fait suivant : la colonne, d'après les plans de l'étai-major, devait faire 20 kilomètres par jour, elle n'en fît pas 7, c'està-dire qu'elle mit, pour aller d'Hanoï à Chi, trois fois plus de temps qu'elle devait. Cela explique pourquoi le de général Négrier, après avoir attendu la colonne bien longtemps, même après le temps où elle eût pu être au rendez-vous, trouvant l'occasion favorable, crut devoir la saisir (^). »
Bac-Ninh était pris — pris par M, de Négrier — (12 mars 1883) ; mais, malgré leur déroute, les Chinois avaient subi des pertes insignifiantes : il fallait les poursuivre. Le général de Négrier se lança sur les fuyards dans la direction de Lang-Son et atteignit Phu-lang-Thuong (^). Mais là, sous couleur que la France voulait s'en tenir à l'occupation du Delta, le général en chef, que les lauriers de son jeune lieu-
(1) A. Gervais, Op. cit. Des raisons personneUes nous invitent, bien que nous ayons assisté aux opérations conduites par M. Millot, à en parler nous-même le moins possible.
(2) U battit l'ennemi les 15, 16 et 17 mars, prit plusieurs forts, entre autres ceux de Phu-Lan-Giang et de Lang-Kep et s'empara d'une batterie Krupp et de nombreux approvisionnements en vivres, munitions ou matériel.
INTRODUCTION lxxxiu
tenant gênaient visiblement, l'arrêta et le rappela. Le général Brière qui, de son côté, avait enlevé, après deux combats, la citadelle de Yen-Thé et la place de Thaï-Nguyen, dut revenir sur ses pas.
« Combien n'eût-il pas été préférable que le général Millot, mieux inspiré, ordonnât à ses généraux, non de poursuivre Tennemi, mais de l'atteindre 1 Qu'elles n'eussent pas été les conséquences d'une semblable opération ! Eussions-nous eu Bac-Lé, et nous fussions-nous heurtés, plus tard, aux défenses de Kep, de Chu et à toutes celles que nous rencontrâmes sur la route de Lang-Son ? Les ennemis, battus, et non pas seulement défaits, eussent-ils pu de sitôt se reformer ? Il est permis d'en douter. Quoi qu'il en soit, ces sages mesures ne furent point prises. (^) »
Le il avril suivant, le corps expéditionnaire se mettait en marche sur Hong-Hoa, place que les Chinois avaient formidablement fortifiée d'après les plus récentes théories européennes, au confluent du fleuve Rouge et de la rivière Noire. Cette citadelle, à l'ouest et au nord, est environnée de montagnes formant la base d'un triangle dont le fleuve et la rivière forment les deux autres côtés.
« La fuite de Tarmée chinoise étant presque im^ possible du côté des montagnes, le bon sens le plus élémentaire indiquait que son point de retraite était sur la rive gauche du fleuve Rouge. D'ailleurs, le général chinois avait fait faire, en vue de cette
(1) A. Gervais, Op, cit.
Lxxxiv INTRODUCTION
éventualité, un pont de bambous sur le» fleuve ; la logique exigeait donc que le général en chef cherchât à couper cette ligne de retraite de Farmée ennemie en envoyant sur la rive gauche une colonne dont l'objectif eût été le débouché du pont.
« Le général Millot n'en jugea point ainsi, et, renouvelant la faute commise à Bac-Ninh, il fit son plan d'attaque de telle façon qu'il chassait Fennemi précisément vers le pont de retraite qu'il avait choi"=îi (*). »
Pour ne pas donner, a-t-on dit et croyons-nous, une nouvelle occasion au général de Négrier de se distinguer. M. Millot le gardait avec sa brigade qui, d'après son pian, après avoir franchi la rivière Noire et longé la rive droite du fleuve Rouge, attaquerait, quand il lui plairait, la place de front. Pendant ce temps, la brigade Brière tournerait par les montagnes couvrant la place au nord et à l'ouest, et la prendrait à revers. Ce qui fut fait. Seulement le commandant en chef oublia de donner des guides au général Brière qui, lancé en pays inconnu, dans les montagnes où son artillerie ne pouvait passer, arriva à Hong-Hoa après une marche forcée de douze heures alors que, las d'attendre depuis vingt-quatre heures, M. MiUot s'était décidé à y laisser entrer, le premier comme à Bac-Ninh, M. de Négrier. M. Millot avait, de loin, bombardé platoniquement la ville ftl^J^lî(lHnnée, dont la garnison s'éloigna tranquillenii'rit sous nos yeux par le pont que nous pouvions
(I) A. G'^rvais, Op. cit»
INTRODUCTION lxxxv
couper ! Les Pavillons noirs étaient à 20 kilomètres de là, mais, on ne sait pourquoi, ils ne prêtèrent pas le moindre concours aux réguliers Célestes (12 avril).
Nous avons donné sur les opérations de Bac-Ninh et de Hong-Hoa plus de détails qu'elles ne comportent au point de vue militaire, étant donné notre cadre, parce qu'elles précédèrent la conclusion de la paix et y aidèrent un peu, parce qu'enfin la façon pitoyable dont elles furent menées jette une vive lumière sur les causes de la déplorable erreur qui fit rompre cette paix au lendemain de sa signature.
Après Hong-Hoa, nous prîmes Tuyen-Quan : le Delta tout entier était à nous. Nos troupes et notre administration s'y installèrent et s'y fortifièrent, puis on tenta de le pacifier et d'y réprimer l'incessante piraterie de rivière. Les Pavillons noirs demeuraient sur le haut Song-Koï et la rivière Claire, barrant la route du Yun-Nam : commercialement, par suite de toutes les fautes commises depuis dix an.^, la conquête du Tonkin ne nous servait à rien I
Cependant, il aurait fallu que nous nous estimions heureux si la paix avait été durable.
Nous en sommes restés avec la Chine au rappel de M. Bourée Ce diplomate faisait d'impossibles concessions à Pékin et partageait avec la Chine notre protectorat sur le Tonkin, démentant ainsi nos ministres qui, à Paris, refusaient même d'écouter les réclamations de l'ambassadeur chinois, le marquis Tseng. Mais nous allongerions indéfiniment ce chapitre en parlant des erreurs diplomatiques com-
Lxxxvi INTRODUCTION
mises à côté de nos erreurs au Tonkîn. Indécision, ignorance des choses et des hommes, mauvais choix de nos représentants et chefs mihtaires : voilà, répétons-le, les causes résumées de nos échecs en extrême Orient depuis quatorze ans.
Le remplaçant provisoire de M. Bourée, M. Trîcou, notre ex-chargé d'affaires au Japon, vit Li-Hung- Tchang à Shanghaï, où celui-ci, grâce à sa réputation depuis la guerre des Taipings et aux intrigues de son ennemi le vice roi Tso-Sung-Tang, chef du parti conservateur ou vieux chinois hostile aux Européens, avait été nommé commissaire impérial extraordinaire et chargé des opérations contre nous, au Tonkin. Seulement, Li-Hung-Tchang, qui n'est pas seulement le chef du parti progressiste et le plus intelligent des hommes d'Etat chinois, mais un des plus forts diplomates du monde, ne tenait pas à garder ce poste de combat, par peur d'abord d'y perdre, au premier échec sa réputation et sa situation pré-» pondérante en Chine ; ensuite parce que, très clairvoyant, il savait bien la France nullement ennemie . de la Chine et nullement dangereuse pour elle, tandis qu'au contraire la Russie devenait menaçante au nord. Aussi, en juin 1883, après quelques entretiens avec M. Tricou, durant lesquels il chercha vainement à faire naître un incident lui permettant de se retirer, il déclara vouloir en référer à son gouvernement et regagna Tsien-tsin afin de reprendre sa situation de vice-roi du Pe-tchi-li, de surintendant des ports du Nord et d'achever à ce poste l'œuvre admirable de réorganisation militaire qu'il avait com-
INTRODUCTION lxxxvii
mencéc pour préserver le nord de Fempire et la dynastie d'une invasion russe. Son ambition et son patricxtisme mis ainsi d'accord, et, joyeux d'avoir déjoué la revanche du vice-roi Tso qui était désireux de l'éloigner de Pékin ainsi qu'il en avait été éloigné lui-même en 1877 (affaires de Kouidja), Son Excellence Li reprit les négociations avec M. Tricou quand celui-ci arriva à Tien-tsin avec le Voha et le commandant Fournier (*) pour rouvrir en réalité les négociations relatives au Tonkin et en apparence pour traiter des dommages causés à notre concession de
(!) a Le commandant Ernest Fournier, né à Toulouse, le 23 mai 4842, fit toutes ses études au lycée de ^ette ^ille. Il entra à I Ecole navale' en 1859. A sa sortie, il demanda immédiatement à partir pour la Cochinchine où il prit part aux dernières opérations de guerre et à la répression des insurrectiona qui éclatèrent après le traité de paix de 1862- Re- , yenu en France après une campagne de trois ans eu Gochittchine, il demanda à repartir tout de suite en Chine sur la Guerrière. Dans cette nouvelle campagne de trois ans, il fit son premier vojage à Pékin et prit une part active à l'expédition de Corée de 1866, où il commandait la section d'artillerie de notre petit corps de débarquement de 400 homoies, qui remonta si hardiment jusqu'à la capitale même, seul, au milieu de mille difficultés. De retour eu France, il se livra à des travaux sur les compas, dans une voie nouvelle où il recueillit d'importants résultats. En 1870, le commandant Fournier prit part au siège de E*aris comme officier d'ordonnance du vice-amiral baron La Roncière Le Nourry et comme commandant une compagnie de marche de fusiliers marins. Il fut décoré ap/ès les combats de Villiers et de Champigny, et fut mis à Tordre du jour de l'armée pour avoir pris d'assaut le parc du Bourget, à la tête de sa compagnie, dans le sanglant combat du 2l décembre, où son bataillon eut, en quelques heures, 10 officiers tués sur 15 et 254 hommes tués ou blessés sur 500 hommes. Ce vaillant officier servit ensuite dans l'escadre d'évolutions de la Méditerranée, à deux re-