‹ Au TonkinChapitre 6 sur 23 · VI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

VI INTRODUCTION

ditions devaient être favorables à la navigation.

« Une atmosphère chaude entretenait, sur lés berges de ce cours d*eau, une végétation tropicale.

« A ce moment, en novembre, les bananiers en fleurs faisaient contraste avec la flore et la température des hauts plateaux Ce contraste frappa vivement les explorateurs quand ils arrivèrent au bord de la crête d*où ils plongeaient sur la vallée profonde.

« Tous, à ce spectacle, voyant à leurs pieds se dérouler les sinuosités d'un large fleuve, au milieu de la vaste et luxuriante plaine de Youen-kiang, tous furent instantanément saisis de la pensée que ce fleuve, dans de telles conditions, devait être navigable : « C'était^ la voie cherchée (*)!)) Ils l'atteignirent le 20 novembre.

« On le descendit en pirogues, jusqu'aux premiers rapides. De Lagrée le salua de sa mousqueterie, fit arborer LES couleurs françaises : c'était une conquête, une prise de possession pacifique. Il dirigea ensuite sa route sur Lin-ngan, pendant que son lieutenant Gamier continuait encore pendant quelques jours à explorer le fleuve et à s'assurer de son état de navigabilité. Quand il rejoignit le chef de l'expédition à Lin-ngan, il ne restait aucun doute sur ce point (2). » j

Voilà qui est clair, et, après ces témoignages, de-

(t) Le docteur Thorel dit que ce fut le cri ananime de l'expédition.

(2) Lettres d'un Précurseur^ Op. cit

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vant ces preuves, on s'étonnera que M. Jean Dupuis ait pu chercher à attacher son nom à la découverte de la route du fleuve Rouge !

• Mais veut-on écouter, après Doudart de Lagrée, son lieutenant, un autre officier d'immense valeur, autre martyr : Francis Garnier ? Il se plaint de n'avoir pu, avant de rejoindre l'expédition de Lagrée, franchir les derniers rapides et descendre à Manghao : « En aval de Mang-hao, s'écrie-t-il, on trouve sur les bords du fleuve la ville de Lao-kay qui est en plein pays annamite, à deux jours (*) de la capitale du Tonkin... » Puis, il parle longuement du transit auquel sert le fleuve Rouge, de la colonie chinoise de Lao-kay, et ajoute : « Il y avait à étudier là une question commerciale d'un grand avenir et d'un intérêt exclusivement français, puisque le Tonkin, par suite des traités qui nous lient à la cour de Hué, se trouve placé sous notre influence politique. »

Peu de temps après avoir adressé à l'amiral de la Grandière la lettre que nous avons citée, le commandant Doudart de Lagrée mourait, sa tâche finie, à Toung-tchouen, à deux jours du Yang-tsekiang, ce grand fleuve Bleu dont le courant devait l'emporter vers la mer, vers l'Europe, vers la gloire (^).

(1) Grâce au courant.

(2) Sa mémoire ne l'a pns obtenue suffisante — ni celle, d'ailleurs, de Francis Garnier. Aussi tenons-nous à citer le jugement de M. Archibald Goquhoun, écrivain passionné, adversaire haineux de toute entreprise française, dont le témoignage d'admiration est d'autant plus précieux :

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Or, lorsque ses compagnons le descendirent, ramenant avec eux la dépouille de leur chef, ils s'arrêtèrent à Han-kéou, la première grande ville du fleuve ouverte au commerce européen, et là, lé 6 juin 1868, rencontrèrent M. Jean Dupuis, un trafi-

« En nous dirigeant vers Talan, nous suivîmes pendant trois jours la môme route que fexpédition française; celle-ci, après avoir descendu le Soug-koï, pendant quarante-huit heures, se trouva arrêtée par les rapides et prit la route de terre pour gagner Lin-ngan.

ce II est impossible de fouler ce sol sans songer à ces cinq hommes intrépides qui marchèrent de Saigon jusqu'au Yangtsé et, durant ce long trajet, eurent à surmonter des difficultés sans nombre. Ni la chaleur, ni les pluies torrentielles qui font du pays de Laos un foyer de fièvres mortelles, ni le règne de la terreur dans le Yunnam ni les lenteurs énervantes delà navigation du Mé-kong ne purent refroidir leur ardeur ni abattre leur courage pendant ce voyage qui dura deux ans.

« Trois des explorateurs payèrent de leur vie cette tentative hardie. Doudart de Lagrée, leur chef, mourut à Tongchouan, dans le Yqnnam. On a élevé, à Saigon, un monument à sa mémoire. Je le visitai avant de partir pour Canton, et je pensais vaguement aux souffrances et aux privations que cet homme de cœur avait endurées ; aujourd'hui je comprends ce qu'il a fallu d'énergie physique et de force d'âme pour affronter tant de périls et mener à bonne fin une pareille entreprise. » ( Golquhoun : Autour du Tonkin, Chine méridionale, t. II, page 29, traduction Ch. Simond.)

Obligé de renoncer à une partie de ses projets de voyage, cet ennemi de la France, mais ennemi loyal, continue ainsi :

« Au sommet de la colline qui domine la ville de SsUmao, je me retournai et jetai un triste regard d'adieu à cette autre rangée de montagnes, au sud, où serpente la route du Mékong. Puis je songeai, non sans un sentiment d'envie, à ces Français, hommes de science et voyageurs intrépides, qui, en 1868, avaient sous l'habile direction du capitaine Doudart de Lagrée, traversé ces mêmes régions et surmonté tous les obstacles qu'on leur avait suscités. Mon désappointement était d'autant plus grand que- je n'étais pas le premier An-

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cant français qui s'y était établi et vendait des armes aux mandarins. La guerre des Taï-ping avait fait prospérer ses affaires, la répression de l'insurrection musulmane dans le Yun-nan lui promettait d'aussi beaux bénéfices ; seulement Han-kéou est à 1,100 kilomètres de la mer, et les fusils que le négociant faisait venir d'Europe ou d'Amérique, mettaient des deux ou trois mois à remonter le Yang-tsé-kiang. Il s'en plaignait.

« ^— - Mais pourquoi suivre la vieille voie du fleuve Bleu, lui répondirent Francis Garnier et le docteur Joubert, au lieu d'essayer, pour aller de la mer au Yun-nam, de la route infiniment plus courte du fleuve Rouge?... Nous venons d'en constater la possibilité : c'est le résultat capital de notre voyage. »

Deux ans et quelques mois après, M. Dupuis mettait à profit le conseil et gagnait ce fleuve Rouge où

glais dont les projets d'exploration étaient venus se butter contre cette muraille de fer : la frontière du Laos.

« Au moment où, après avoir parcouru une partie de la Chine, j'étais arrivé à la frontière sud-ouest de ce vaste empire, à vingt-cinq étapes seulement de Zimme, terme de mon voyage d'exploration, j'éprouvai un sentiment de profonde admiration pour l'œuvre merveilleuse si Iieureusement accom-^ plie par V expédition française. Ces courageux explorateurs avaient traversé l'Indo-Chine dans toute sa longueur, depuis Saigon jusqu'au fleuve Yang-tsé. Pendant deux ans, ils avaient supporté toutes les fatigues et les privations de voyage. Rien ne les avait arrêtés, ni la saison des pluies, ni les miasmes pestilentiels du Laos, ni la gurre civile qui désolait le Yunnam. Leur intrépidité» leur persévérance obstinée et surtout le tact et l'habileté de leur chef méritent les plus grands éloges. Je souhaite que mon échec serve à mettre en relief la grande œuvre qu'ils ont menée à bonnne fin et qui n'a ja^ mais été appréciée à sa Juste valeur. » {Ibid,, t. II, p. 77.)

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