MEDITATION
Tradidit semet ipsum : oblatic nem et hostiam Deo in "dorem euavitatis.
Jésus-Christ s'est livré luimême pour nous à Dieu comme une oblation et une victime d'agréable odeur.
(Ephes., v, 2.)
C’est un spectacle bien lamentable et bien émouvant que celui que l’Eglise remet en ce jour sous le regard de ses enfants.
Un homme a vécu longtemps dens l’ot- curité d’une vie cachée, exerçant ses bras
à un lubeur vulgaire; dépourvu de tonte ambition humaine, Pauvre, bien que de la race des rois de Juda, humble, soumis et respectueux envers toute autorité, fidèle à tous les devoirs, il a pussé parmi les siens en faisant le bien, donnant l’exemple des plus nobles vertus, avec l’enscignement des plus consolantes vérités.
Mais cet homme, Plus sage et plus vertueux que les pharisiens hypocrites, a refusé de pactiser avec eux. Il a vu dès lors se former contre lui une coalition terrible; on a juré sa perte, on demande sa mort, la haine de tout un peuple soulevé contre lui le condamne à l’infamie et aux cruautés de la croix.
Mais cet homme est Dieu ; il n’est venu en ce monde que par une libre détermination de son amour divin ; son oeuvre, c’est le salut de ses frères; pour les racheter il lui faut à leur place expier, souffrir et mourir ; ses souffrances et sa mort sont donc de sa part une oblation volontaire, faite à son Père devant qui il se présente aujourd’hui comme une victime et une hostie d’agréable odeur.
C’est la passion, ce sont ’es douleurs et
me
la mort de Jésus-Sauveur que l'Eglise, notre mère nous rappelle aujourd'hui, et sur lesquelles sa sainte liturgie demande que nous méditions quelque temps.
Pour embrasser dans son ensemble un sujet si élevé et si vaste, et tout à la fois nous enfermer dans le cadre d’une brève méditation, nous ferons trois stations aux trois théâtres principaux, sur lesquels se sont comme concentrées toutes les scènes et les péripéties de ce drame ineffable :
nous contemplerons donc .ésus comme modèle de pénitence au jcdin des Oliviers, comme modèle de patience au Prétoire de Pilate, et comme modèle d'ainor.:
au sommet du Calvaire.
Factus in agonid, prolicius CA
Etant tombé en agonie, il prolongeait ses prières.
(SAINT-Luc, 22, 48.)
Le Verbe Eternel en s'incarnant avait offert, avec un amour incon.préhensible, de compenser par ses souffrances divines l’honneur de Dieu outragé, et de délivrer en même temps l’humanité coupable des misères et des peines encourues par le péché.
Descendant sur la terre, il avait revêtu notre chair mortelle, et pris sur lui nos infirmités.
Sa vie tout entière n’avait été qu’une longue suite de privations, de travaux, de fatigues et de larmes, par lesquels il avait comme posé les bases acer de notre Rédemption.
Suivant son dessein il fallait que cette
oeuvre elle-même eût son couronnement, et comme sa consommation, dans les douleurs suprêmes de la mort la plus cruelle.
Il fallait la passion. L’heure est enfin venue,
Du Cénacle dont il vient de faire le témoin des plus augustes mystères, Jésus, ayant chanté l’hymne de la reconnaissance, sort, à la tombée de la nuit, avec ses disciples.
Abandonnant la ville coupable et malheureuse;il traverse le torrent de Cédron, et se dirige vers le jardin de Gethsémanie situé aux pieds du mont des Oliviers.
Chemin faisant, il adresse à ses amis ses dernières recommandations, et réprime par une prophétie accablante l’impétuosité irréfléchie de Pierre.
A peine a-t-il mis le pied dans ce jardin sombre et solitaire, que la joie, qui jusquelà avait brillé sur son visage disparaît soudain ; il pâlit; l’épouvante, l'ennui, la tristesse s'emparent de lui.
Il tremble et se livre à une frayeur cruelle, écartant de lui-même toute consolation ; et pour que sa douleur soit sans adoucissements comme sans bornes, il
arrête même dans son cours, le torrent de félicités qui d’ordinaire inondait son âme unie au Verbe divin.
Laïssant les trois apôtres privilégiés, jadis sur le Thabor, témoins de sa gloire, en ce moment de la tristesse dont il leur fait la confidence, leur ayant recommandé la prière et la vigilance, il va plus loin, s'enfonce davantage dans les ténèbres, et s’agenouille sur une pierre qui, dit une pieuse tradition, s’amollit sous ses genoux comme la cire, contraste effrayant avec l’endurcissement du pécheur.
En ce moment, selon le langage des Saints, se creuse dans le coeur désolé de Jésus, un gouffre immense, un abîme insondable de charité divine, capable d’embraser de ses ardeurs le monde tout en-
tier.
Ce torrent de feu, allumé par la vue parfaite de la majesté de Dieu outragée, et du malheur épouvantable qui pèse sur l’humanité coupable et déchue, se communique même à son corps, et dévore en quelque sorte jusqu’à la moelle de ses os.
C’est l'amour qui le brûle, le pénètre, le transporte,
Envahie par les eaux limpides du Ciel, l’âme de Jésus, ayant renouvelé l’offrande de son humanité substituée aux victimes anciennes, est soudain dévastée, ravagée par la fange et la lave de l’enfer, torrents pestilentiels formés par l’effroyable vision qui s’abat sur elle, et lui fait connaître l’'énormité du fardeau qu’elle doit accepter, et les terribles suites de son immolation volontaire.
Levez-vous maintenant, hommes pécheurs, que vos crimes ont éloignés de Dieu, à qui le Ciel est fermé, et dont l’enfer seul saurait être le digne partage.
Générations du passé, vous tous, enfants d’Adam qui avez précédé le Christ votre Rédempteur, sortez de la poussière de vos tombeaux ; euez de toutes parts et de tous les siècles, venez à la suite de votre père prévaricateur ; entourez cet homme Dieu, contemplez-le dans la solitude profonde du jardin de l’expiation, courbant les épaules pour recevoir le poids de vos iniquités.
Accourez aussi, contemporains de Jésus, en quelque endroit du monde que
vous traîniez les lourdes chaînes de votre servitude ; peuples qui couvrez la face de la terre, assis à l’ombre de la mort, depuis longtemps vous attendiez ce Messie promis qui doit prendre sur lui vos misères et vos faiblesses, venez vous joindre à vos ancttres, entourez la victime sacrée.
Et vous qui devez leur succéder dans la suite et jusqu’à la fin des temps, vous ne serez pas laissés à l’écart dans ce moment solennel ; vous aurez votre large et juste part à ce contrat divin par lequel Jésus va payer d’avance pour les crimes du monde. Venez du sein de votre néant.
Et devant l’âme de Jésus, ravie en une douloureuse extase, défile cette lugubre procession de criminels et de condamnés, dont chacun lui jette en passant les souillures de sa conscience.
Effrayante lapidation spirituelle dans laquelle tombent sur le coeur de Jésus, victime et sauveur, comme une grêie de pierres sur la tête d’un condamné, tous les blasphèmes, tous les sacrilèges, toutes les apostasies, tous les crimes, toutes les offenses faites à la divine majesté.
Posuit in eo iniquitates omnium nostrum.
Retire-toi maintenant, humanité pécheresse; laisse ton Sauveur savourer l’opprobe et l’humiliation dont tu le couvres.
Devenu criminel à notre place, Jésus se livre à la justice inexorable de son Père. L'expiation commence par le bouleversement que produit en son âme la confusion qui s’attache à tous nos péchés. Il les voit en effet tous aussi présents, aussi distincts que s’ils s'étaient commis sous ses yeux ; il éprouve pour chacun autant de douleur que s’il en eût été lui-même personnellement coupable.
Comment notre coeur ne se brise-t-il pas de chagrin et d’épouvante en songeant que nous étions nous-mêmes présents à ce supplice de l’âme de Jésus, que nous l’avons nous-mêmes flagellé à notre tour, que nos propres péchés la torturèrent, lui faisant endurer une passion anticipée plus cruelle que tout ce qu’Il devait souffrir par la suite; quand nous sommes forcés de dire avec vérité : si Je
n’avais pas tant péché, Jésus n’aurait pas tant souffert.
Jésus pleure donc sur chaque pécheur, essuie l’opprobre et la honte de chaque péché, et contemple d’avance toute la rigueur du châtiment qu’Il va subir. Il ge voit accablé sous un déluge de maux, d'iniquités, de sang, d’ingratitudes, de trahisons, de traitements indignes et de malédictions, et subit alors et en un même instant toutes les tortures que ses ennemis lui préparent, et qu’Il connait dans tous les détails.
Il se voit abandonné, trahi, renié, insulté, tourné en dérision, mis au nombre des scélérats, fouetté, couronné d’épines, chargé d’une lourde croix ;il sent les clous s’enfoncer dans ses mains et ses pieds, comme il endure toutes les affreuses tortures de sa longue agonie sur le Golgotha.
Tant Ge douleurs s’abattent sur son âme comme un flot d’amertumes sans nom, et lui font redire les paroles de son prophète: Les eaux de votre fureur ont passé sur moi; vous m’en avez inondé de toutes parts; elles ont pénétré jusqu’au fond de mon être.
Au milieu de ce supplice lui apparait l’image douce, aimable, mais désolée de sa Mère, dont il vient de se séparer dans un adieu suprême, qui lui montre son coeur transpercé du glaive de l’affliction; dont il éprouve toutes les angoisses, et qui recoit elle-même le contre-coup de toutes ses douleurs.
Oh! agonie d’un Fils qui subit en même temps celle de la plus aimante des mères :
Tuam ipsius animam doloris gladius pertransibit.
Et voici que s’ouvre et se précipite une nouvelle source de douleurs. Parce qu’il donne aux siens l’exemple de la pénitence et qu’il assure ie mérite de leur compassion, tous devront le suivre dans la même voie du sacrifice, et joindre à ses souffrances leurs propres souffrances, condition nécessaire de leur salut et de leur sainteté. Mais alors il faut qu’il subisse d’abord ce qui sera le partage de ses élus.
Il voit ses apôtres, leurs fatigues, leurs combats; ses martyrs et la barbarie de leurs supplices ; tous les saints, leurs peines, leurs travaux, leurs généreux renoncements et ceci augmente son agonie.
M — Dolores nostros ipse portavit.
Cette perspective est celle de l’amour.
Que dire de la connaissance certaine qu’il possède de l’inutilité pour un grand nombre, de ses tourments, du sang qu’il va verser. Les pécheurs endurcis n’en seront que plus inexcusables et les réprouvés plus criminels.
Et tous ces monstres d’ingratitude qui scelleront par l’impénitence finale, une vie de désordres et de crimes, l’entourent dans sa vision terrifiante, se jettent sur lui, le déchirent de leur rage, de leurs blasphêmes, lui font sentir les horreurs même de l’enfer qu’ils attendent, et dont sa Rédemption elle-même ne les sauve pas, à cause de leur persistante méchanceté.
Dolores inferni circumdederunt me.
C'est ainsi que l’âme de Jésus, inondée de sinistres lumières, apercevant dans une claire vue, tous les maux qui l’attendent, les éprouvait déjà tous à la fois ; autant de supplices formant comme un fleuve
immense dont les flots sanglants tombaient sur son coeur, et s’y infiltraient pour y déposer le sel cuisant de leur amertume.
Courbé sous le poids des péchés des hommes, terrifié par l’appréhension de ses souffrances et de sa mort, en proie à toute la violence de ses tortures anticipées, Jésus fait entendre par trois fois cette prière : Mon Père, s’il est possible,faites je vous en supplie que ce calice s’éloigne de moi...... Néanmoins, Seigneur, que Votre Volonté se fasse et non la mienne...
Hélas! cette coupe d’ignominies et de cruautés, il faut qu’il l’accepte, qu’il la vide jusqu’à la lie. Pour toute réponse, Jésus,le grand criminel, le grand lépreux, voit descendre du trône de son Père, au lieu du pardon, le châtiment, au lieu de l'amour la malédiction qui s’attache à lui, comme pécheur substitué à notre place, l'enveloppe comme d’un vêtement; il ne s’en séparera qu’à la consommation du sacrifice.
Induit malediciionem sicut vestimentum.
En vain chercherait-il autour de lui un consolateur: il ne s’en trouve aucun:
Quaesivi consolantem me et non inveni.
Sa douleur est donc immense, absolue, sans limites et sans apaisements ; elle est, dit le prophète, grande et profonde comme la mer.
Voyez d’ici ces vastes océans qu'aucun gouffre ne saurait engloutir, qu'aucun rivage ne resserre, dont les bornes sont l'immensité, dont la vue provoque toujours l’étonnement et la terreur. Leurs flots toujours renaissants semblent jaillir du sein même de la terre par des sources mystérieuses et inépuisables. Ils absorbent dans leur profondeur les eaux quelquefois limpides, plus souvent limoneuses des ruisseaux, des torrents, des fleuves, qui viennent de tous côtés s’y jeter et s’y perdre.
A l’horizon des nuages sombres et menaçants surgissent, se groupent, s’amoncellent, se chargent de foudre et de tempête, apportant bientôt au-dessus de la mer les ténèbres et les orages formidables ;
le vent souffle avec violence, le tonnerre éclate avec fureur, les nuées se confondent avec les vagues qui se soulèvent, dérhirent et bouleversent la mer qui se brise avec écume, abat toutes les ? A1rrières, franchit tous les obstacles, et répand partout par son débordement la consternation et l’effroi.
Tel est le coeur de Jésus au jardin des Oliviers; océan de douleurs incomparables, tourmenté, soulevé, bouleversé par l'amour de Dieu et des hommes, par la haine du péché et les horreurs de l’enfer sur lequel la justice implacable du Père, a déchaîné sa malédiction et sa colère.
Facta est velut mare contritio tua.
Jésus tombe anéanti, la face contre terre; la violence de sa douleur empoigne son âme et déborde dans tout son corps. C’est l’agonie. Il verse avec des prières de feu, des larmes de sang. Elles suintent de tous ses membres, humectent ses vêtements et rougissent la terre, sueurs sanglantes qui nous font entrevoir l’effrayante réalité, et la grandeur ineffable des douleurs de l’homme-Dieu.
Voici done, à Chrétiens, Ô pécheurs,
voici votre Rédempteur, votre Dieu couvert de son sang, étendu sans puissance sur le sol, le visage contre terre, les bras en croix, sans mouvement et presque sans vie ; voici le Juste, le saint par excellence, écrasé sous le poids d’une douleur qu’un miracle seul peut lui faire supporter sans mourir, et qui surpasse en intensité toutes les peines de tous les hommes, quand elles seraient réunies en un même coeur.
Ces humiliations et ces angoisses nous confondent. Cett» coupe d’afflictions, et toute l’amertume dont elle est remplie, est le fruit de nos iniquités.
Jésus, soudain, comme un géant portant l'humanité sur ses épaules, s’est relevé : Eœultavit ut gigas ad currendam viam.
La sentence divine déjà pèse sur lui, il lui faut recevoir celle des hommes.
RE Ent
ag Emi
Omnes condemnaverunt oum esse reum mortis.
Et tous le condamzèrent com me étant digne de mort.
(Manc, c. 14, v. 64.)
Judas, cet infâme précurseur de tous les misérables sacrilèges, avait conclu lodieux marché de la trahison. Pendant que les autres disciples dormaient, malgré l’agonie de leur Maître et ses affectueux reproches, il arrivait à la tête d’une troupe de gens armés; il se présente devant Jésus, jette ses bras autour du cou de son Sauveur et le baise en lui disant : “ Maitre, je vous salue ”. Mon ami, lui répond doucement le Sauveur, qu’êtes-vous venu faire ici? vous trahissez le Fils de l’homme avec le signe de l’amitié.
O Judas ! toi que l’amour a cueilli dans
l’abjection pour t’admettre si longtemps dans la plus douce des intimités, toi le témoin privilégié de tant de merveilles, toi qui as reçu des lèvres sacrées de ton Maître, ses divins enseignements, toi l’objet de ses tendresses ineffables, nourri de sa chair et de son sang, apôtre, tu te fais -contre ton chef, le chef d’une vile populace, d’une infâme soldatesque ; tu as vendu pour quelques deniers Celui qui était venu te racheter !
Homme abominable. Crois-tu donc qu’ils aient besoin de toi pour le reconnaître, ces Juifs qui ont si souvent admiré la sagesse et la puissance de Jésus ; qui lont vu durant toute sa vie donner le spectacle des plus sublimes vertus, et qui ne sont qu’au lendemain du triomphe éclatant dans lequel tout le peuple l’accläamait aux portes de Jérusalem ?
Traître, ingrat, seras-tu sourd à la voix si connue de Celui qui t’appelle encore son ami, et qui se plaint en lui-même de ta conduite exécrable, par ces paroles du prophète: Si inimicus meus maledivisset mihi, sustinuissem utique; tu vero homo unanimis...
SR
Maïs non, le coeur de Judas est trop endurci pour se laisser émouvoir désormais; son crime est accompli; c’est maintenant un véritable démon, et son nom maudit restera pour désigner les misérables qui vendent comme lui leur Sauveur pour une vile passion, un plaisir brutal, un intérêt méprisable, une ambition malhonnête. Lui-même est l’affreux précurseur de ces malheureux chrétiens, qui ont l’épouvantable audace de renouveler sa communion sacrilège, allant ainsi chercher la mort et la damnation, jusque dans les sources de la vie et du salut.
Judas va se livrer au désespoir qui consomme sa ruine, tandis que les soldats, terrassés d’abord par le pouvoir de Jésus et relevés par sa bonté, se saisissent de leur victime.
Le Sauveur est enchaîné, garrotté, trainé hors du jardin, jeté dans le torrent du Cédron qu’il rougit de son sang, et c’est là que commence, avec la fuite des disciples laissés libres à la demande de leur Maître, la longue et lamentable série d’outrages, d’humiliations, et de tortures qui rendent ce jour si cruel et si lugubre.
Les mains liées comme un vulgaire malfaiteur, Jésus est conduit par les rues de la ville jusqu’au palais du grand prêtre Anne, puis à la Cour de Caïphe.
Pour avoir répondu avec douceur à une question insidieuse, il reçoit d’un valet un soufflet si horrible que son auguste face, dont la beauté ravit les anges, en devient toute livide.
Cette injure supportée avec une patience inaltérable et muette, est moins atroce pour lui que la lâcheté de Pierre, cet apôtre si ardent, aux protestations si enthou-
siastes, et qui cède à la peur devant une pauvre femme.
Il jure qu'il ne connaît pas Jésus de Nazareth, et qu’il n’a avec lui rien de
commun.
Pierre, orgueilleux et faible, dormait au jardin pendant la prière de son Maitre; il s’expose ensuite témérairement au danger, il succombe et renie son Sauveur.
Jésus le regarde avec amour et tristesse, et lui fait par là comprendre toute l’étendue de sa faute et de son malheur. Pierre sort à la hâte et va pleurer dans le secret; ses larmes ne tariront plus et finiront par sillonner ses joues.
ist Ve:
Que son exemple apprenne à se défier de soi-même, à demander des forces à la prière, à confesser généreusement Jésus- Christ, en tout temps et en tout lieu, à savoir reconnaître et à expier ses fautes par le repentir et par la pénitence.
Jésus cependant, déclaré coupable de blasphème et digne de mort par la synagogue, sur les dépusitions de faux témois, reste aux mains des soldats pendant toute la nuit, pour être, au lever du jour, conduit d’abord au sanhédrin, de là, au palais du gouverneur, puis à celui d’Hérode, qui s’en moque publiquement comme d’un insensé, et finit par le renvoyer à Pilate.
Au prétoire la foule tumultueuse accuse le Sauveur d’avoir soulevé le peuple juif, voulu l’empêcher de payer le tribut à César, commis des sortilèges diaboliques, ambitionné la dignité royale et enfin de s'être donné comme le Fils de Dieu.
Pilate, forcé de reconnaître et de proclamer l’innocence de l’accusé, imagine pour le sauver sans se perdre lui-même,de vains subterfuges, et emploie un moyen qui n’était qu’une insulte inutile. Dans les
cachots de Jérusalem était un malfaiteur insigne, fameux par ses forfaits. C'était Barabbas, un rebelle, un voleur, un brigand, un meurtrier, un fauteur de séditions dont les crimcs avaient épouvanté lc pays. Pilate le fait amener, le met à côté de Jésus et présente au peuple ces deux hommes en lui disant : Lequel voulez-vous que je mette en liberté à l’occasion de la fête, le Christ ou Barabbas?….
La perversité des juifs trompe l’attente d’un juge profane et païen, et le Sauveur reçoit de son peuple cet outrage, le plus humiliant peut-être de toute sa passion, d’être mis au nombre des scélérats, et de se voir préférer l’un des plus criminels d'entre les hommes.
Cum sceleratis reputatus est.
Non, non, pas Jésus, Barabbas.
Quelle épouvantable b! :sphème ! C’est vrai, mais ne se renouvelle:t-il point chaque fois que l’on préfère à Jésus les viles passions qui entraînent au péché.
Dominé par l’obstination du peuple, Pilate espère encore que le châtiment des esclaves infligé à Jésus, sera capable d’as-