CES
souvir une haine féroce ; la peine infàmante de la flagellation est done décrétée contre le doux Sauveur et il accepte encore en silence pour nous cette honte et cette atrocité.
O! vous, saints contemplatifs, que l’amour a rendus dignes et Capables de connaître dans de douloureux ravissements, les phases de cet horrible spectacle, venez à la suite de saint Jérôme nous en décrire la barbarie et nous apprendre avec quelle douceur toute divine Jésus a daigné s'y soumettre. Il est livré aux mains des licteurs qui lui arrachent avec violence ses vêtements, et le lient à une colonne.
Des bourreaux, au nombre de six, sont amenés. Deux par deux à tour de rôle, ils s’acharnent comme des bêtes fauves sur une faible proie. Les denx premiers armés de courroies garnies de noeuds, frappent avec une rage telle que le corps adorable du Christ en est tout livide et enfle de toutes paris. Deux autres, avec des verges d’épines, le couvrent de plaies, d’où s’échappent des ruisseaux de sang.
Les derniers, de leurs chaînes de fer, achèvent de mettre en lambe ux ses membres
sacrés. Tous luttent de cruauté et s’acharnent à qui frappera le plus vite et avec le plus de violence. Les épaules n’offrant plus un champ suffisant à cette grêle de coups, on l’abat sur la tête: les fouets cinglent le visage,le front, les yeux, les tempes du Sauveur. Ils déchirent sa poitrine, ses bras, ses jambes; son corps de la tête aux pieds n’est plus qu’une plaie; le pavé s’inonde de son sang précieux; les instruments de supplice, la colonne, les murs en sont teints: les mains, les bras, les vêtements des bourreaux en dégoûtent. L'air retentit des sifflements de leurs coups, la foule rit ct triomphe. Le Ciel gémit. Marie pleure. Jésus souffre et se tait.
O prodige de férocité humaine et de patience divine !
Jésus c’est notre Sauveur, flagellé par nos crimes. Détaché de la colonne, l’Agneau sans proférer une plainte, s’affaisse dans son sang et, ajoute Tertullien, les soldats s’en amusent comme d’un vil jouet: À columné dilapsum, tanquam pilam exagitabant.
Cependant le peuple n’est pas rassasié.
On relève brutalement Jésus, on le fait asseoir sur une pierre; sur la chair vive de ses épaules, on jette un ignoble manteau de dérision ; dans ses mains un roseau en guise de sceptre, et pour diadème — Ô détail affreux — pour diadème sur sa téte divine, une couronne formée de longues épines entrelacées et sur lesquelles on frappe à grands coups; elles s’enfoncent et sortent par les tempes, le front et les yeux de mon adorable Sauveur.
Et les juifs fléchissent devant lui le genou, ils se moquent de lui: Salut, o roi des juifs! Ils lui crachent à Ja figure et le frappent même de son sceptre.
Pilate lui-même est effreyé de ce forfait qu’il vient de permettre; il se croit enfin capable d’attendrir la populace, en lui montrant Jésus dans le triste état où la flagellation l‘avait réduit.
U le fait done amener et l’expose du haut de son portique à la curiosité infernale de la foule impatiente.
Ecce homo. — Voilà l’homme.
O Juifs insensés et cruels, voilà le pro-
phète, le roi, le Fils de Dieu, Celui qui d’après vous s’est vanté de tous ces titres et dont vous demandez la mort.
Est-il assez châtié? Ne puis-je maintenant le renvoyer libre et absous ? Que pouvez-vous craindre de lui désormais ?
Mais ce peuple en délire fait entendre de nouvelles vociférations: enlevez-le, crucifiez-le, nous ne voulons pas que ce Christ règne sur nous.
Oh! monstre d’ingratitude; voilà pourtant l'Homme qui a semé dans tes rangs les bier faits de toutes sortes, voilà l’'Homme qui a guéri tes malades, consolé tes affligés, ressuscité tes morts. Voilà surtout ton Sauveur venu pour te racheter, et tu demandes sa mort. Oui, voilà von Dieu, voilà ton Roi.
O pécheurs dont les crimes ne cessent de flageller Jésus dans votre coeur, d’enfoncer en sa tête les épines douloureuses dont vous faites sa couronne, moquez-vous de votre Maître, de votre Roi. Il l’est et le demeure quand même. Sa royauté, en dépit de la pourpre dérisoire et du diadème impie dont vous l’affublez par vos scandales, vos crimes et vos moqueries,
sera pour votre perte, si elle ne peut-être pour votre salut. Mais Jésus reste roi quand même.
Cependant Pilate, dédaignant les avis mystérieux que le Ciel lui envoie, lave publiquement ses mains, et se déclare innocent du sang de ce juste. Il le condamne à mort pour plaire aux juifs. Il le remet aux mains du peuple. Celui-ci fait entendre cette imprécation épouvantable: que son sang retombe sur nous et sur nos enfants.
Parole inspirée de l’enfer, devenue comme une malédiction souhaitée et obtenue, que la nation juive portera sur elle dans son vagabondage incessant durant les âges futurs, et qui est plus encore l’image de la malédiction éternelle qui pèse sur les damnés, pour qui fut versé en pure perte le sang d’un Dieu, Sauveur et Roi.
Et Crucijizerunt eum.
Et ils le crucifièrent.
(SaINT-Manc, c. 15, v. 25.)
Les bourreaux ont fait leur oeuvre.
Après avoir traîné Jésus au milieu des
insultes d’une vile populace par une route longue, difficile, pénible dans laquelle le Sauveur dut plusieurs fois succomber sous le poids de l’énorme croix, ils l’ont enfin crucifié.
La victime d’amour est suspendue entre le Ciel irrité et la terre coupable.
Jésus est monté avec joie sur le gibet infâme, comme un monarque gravit les degrés de son trône.
Des hauteurs de ce siège royal il domine le monde des âmes sur lequel avec son sang, il verse la miséricorde et le pardon. Une inscription en plusieurs langues pro-
clame, malgré l'opposition des juifs, ses droits, ceux de sa royauté sur tout l’univers dont en mourant il fait la conquête.
Sa tête est douloureusement appuyée contre la couronne d’épines, qu’il a voulu conserver.
Son visage auguste, est d’une pâleur mortelle, ruisselant, meurtri par les soufflets et couvert de crachats et de poussière.
Ses yeux à demi fermés par le sang qui colle ses paupières, versent des pleurs qui achèvent de lui dérober la lumière.
Sa poitrine est resserrée, brisée, disloquée.
Son corps dont les chairs sont en lambeaux et qui n’est plus qu’une plaie vivante, affaissé, sillonné par les fouets, pèse de tout son poids sur les clous qui transpercent, déchirent et détendent ses mains et ses pieds.
Tous ses membres rompus par cette suspension violente, sont inondés du sang qui jaillit de toutes ses blessures et le long de la croix dégoute jusqu’à terre.
Ses entrailles sont desséchées; une soif ardente le dévore; on lui donne du fiel et
du vinaigre ; sa langue est remplie de l’amertume de l’ignoble breuvage.
A ses côtés, deux voleurs suppliciés en même temps l’accablent de leurs sarcasmes, pendant que tout autour un peuple immense le charge de malédictions e: le traite d’imposteur. Des soldats se partagent ses vêtements, tirent au sort sa robe sans couture et singénient à torturer leur victime.
Pour l’âme de Jésus, elle se repaît sans doute de la pensée intense de Judas qui l’a trahi, de Pierre qui l’a renié, des apôtres qui l’ont délaissé dans sa passion, de son peuple qu’il l’a maudit, de cette troupe innombrable d’ingrats qui ont tout oublié de ses bienfaits, et sont au nombre de ces ennemis qui en ce moment l’abreuvent de leurs outrages.
Son regard mourant se repose sur la Mère et sur l’apôtre bien-aimé.
Et cette agonie dure trois heures.
De la fournaise brûlante d’amour, que devient le coeur du Christ dans sa lutte
et
suprême contre l’enfer et contre la mort, s'échappent des traits de feu capables encore après vingt siècles d’embraser les âmes et le monde.
Jésus parle, sa voix expirante exprime la prière et le pardon: “ Mon Père, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu’ils font.”
Aujourd’hui même, dit-il au larron de sa droite, tu seras avec moi dans le Paradis.
Femme, voilà votre Fils. Et vous, voilà votre Mère.
Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’avezvous abandonné.
J’ai soif. Oh! la soif d’un Dieu, est-ce donc l’effet seul de la fièvre qui le ronge?
N'est-ce point plutôt la violence du désir de son âme, de ravir en cette heure suprème toutes les âmes rachetées par sa mort.
Tout est consommé. Les desseins de la miséricorde divine, les promesses aux patriarches, les oracles des prophètes, la réalisation des figures de l’ancienne loi, les prédictions de Jésus lui-même, la méchanceté des hommes, la justice infinie de Dieu, tout est accompli, tout se con-
somme, le moment de payer la rançon humaine est arrivé. Jésus pousse un grand cri, il livre sa vie pour le salut de ses frères, et désormais sur la croix nous avons la victime du sacrifice divin.
Que le voile du temple se déchire, que la terre tremble, que les rochers se fendent que les sépulcres s’ouvrent, que les morts ressuscitent, tous ces phénomènes accomvlis au sein d’épaisses ténèbres et qui bouleversèrent la nature ne sont que limage bien faible de ce qui se produit en ce moment dans le monde surnaturel.
Oui, c'était bien vraiment le Fils de Dieu, disent les soldats terrifiés.
Et c’est ce qui se dira, avec plus de force encore et de certitude quand à la mort aura succédé la résurrection.
O! Christ, o Jésus, Nous vous adorons et nous vous bénissons, parce que vous avez racheté le monde par votre sainte Croix.
Adoramus te Christe, et benedicimus tibi, quia per Sanctam Crucem tuam redemisti Mundum.
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