‹ Au village [microforme]Chapitre 5 sur 31 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

“Troisième ordre du jour! Etablissement d’un système d'aqueduc et d’égouts, et installation de la lumière électrique.’

grande partie des citoyens du village.

On se serait cru à l'église, tant le silence et le recueillement étaient grands, si, en suivant tous les regards anxieux et curieux, on n’eût constaté qu’ils n’étaient pas dirigées vers un autel mais bien vere 1ne €strade sur laquelle les conseillers, Je maire, et le secrétaire-trésorier

grâce à l'absence d’autres préoccupations qui pussent lui faire contrepoids, et elle les Ppassionnait autant et même plus qu’une affaire d'état.

elques mois auparavant, deux ingénieurs civils, André Noël et Adélard Legris, étaient arrivés à Saint-Germain, Ils descendirent à l'hôtel Saint-François, l'hôtel fréquenté par les gens de la place. Il Y avait bien un autre hôtel, près de Ja gare, mais on n’y voyait que les

mb

du village et que des “étrangers” ne peuvent circuler longtemps da: une petite place de Campagne sans que leur présence ne soit signalé Ils attirèrent donc l'attention et on se demanda ce qu’il venaient fair Ils étaient tous deux fort bien de leur Personne; Legris était grand mince, et avait très bonne mine, il était aussi brun que Noël était blon On leur fit des avances à l’hôtei; les buveurs cherchèrent à entrer e Conversation avec eux, La curiosité à leur endroit était surtout grand chez les jeunes filles, qui se demandaient, les unes aux autres, en riant “lequel préfères-tu ? le blond ou le brun ?—Moi, c'est Je brun.—Moi c’est le blond,

Les deux jeunes gens ne désiraient pas du tout garder l’incognito Au Contraire, ils avaient tout intérêt à faire Connaissance avec les no:

pandit donc bientôt dans le village que les deux Voyageurs étaient des ingénieurs civils qui voulaient doter Saint-Germain des améliorations matérielles que Comporte le progrès moderne. Ils désiraient construire un aqueduc, creuser des égoûts et installer la lumière électrique dans ‘es rues. Peu leur importait le mode qu’on adopterait pour l'exécution. de ces travaux, Pourvu qu'ils fussent chargés de leur exécution et qu'ils en retirassent des bénéfices. Ils s’offraient donc soit à faire ces tra- Vaux pour le compte de la municipalité, soit à organiser une compagnie qui les ferait à ses frais et qui demanderait une franchise à la munici-

en tenaient les unes pour “le brun” et les autres pour “le blond”, bientôt les contribuables de l'endroit furent divisés en deux camps, les uns favorisant l'octroi d'une franchise à ne Compagnie et les autres se déclarant en faveur de l’exploitation de l'aqueduc, des égoûts et de la lamière électrique par la municipalité.

Ce récit rétrospectif était nécessaire pour l'intelligence de ce qui

va suivre. Continuons Maintenant et voyons comment le déchaine-

Il n’y eut aucune réponse à cette question.

Le maire éleva de nouveau la voix: “l'affaire que nous occupe ce

nps dans signalée.

nt faire.

grand et it blond.

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.—Moi,

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soir est excessivement importante ; j'attends l'opinion des membres du conseil.”

“Il n'a pas attendu l'opinion de Personne pour faire de la cabale pour l’aqueduc et pour présenter les ingénieurs à ses filles,” souffla un des conseillers à son voisin.

n temps d'attente, puis Pierre Groulx, un des écheeurs sont ici; s'ils commençaient par nous donner Groux était un “agent d'assurance” qui gagnait ambitieux à l'excès, et il aimait

des pauvres gens

t de prouver son importan-

La des

“Combien cela va-t-il coûter, Groux, d’un ton important ?

— Oh ! environ cent mil

mille! s’ phant.

—Je ne pense pas ; C'est du sable Presque partout. Cela coûterait

plus cher si c'était du roc. :

VOuS croyez que les citoyens de Saint-Gimain vont voter-

ur une affai i que ça va coûter!

maire vint au s écartez de la ques-

est ici pour don-

cent mille piastres au lieu de cent

Pondit amèrement Groux; mais moi je crois qu’il ne faut pas s’ à la légère dans une affaire comme Ça et qu'il faut la discuter,

Un murmure d'approbation Courut dans la salle. Le maire n sista pas et Groux, <ncouragé, continua :

“Je voudrais bien savoir Comment vous avèz fait vos calculs, m sieur l'ingénieur.”

<8Tis ne put réprimer un Sourire. “J'ai Procédé comme on p

cède toujours en Pareil cas,” répondit-i] ; “J'ai estimé le nombre vérges cubes à enlever et le coût de la Main-d’oeuvre.”

—Et vous n’avez Pas compté les tuyaux ?

» C'est un autre item.

—À quelle profondeur Placerez-vous Jes tuyaux ?

—À trois pieds.

—Je veux parler des tuyaux d'aqueduc.

—Oui. |

—Est-ce suffisant, ça, trois pieds ?

—Je crois que oui. |

—Moi j'ai un Puits qui est à six Pieds sous terre et il a gelé, l’hive dernier.

—Ce n'est pas comme un aqueduc ; ce n’est pas de l’eau Courante

Naturellement, VOUS connaissez cela mieux que moi.

—Ah oui, des études, ça rend le monde plus fin. Un éclat de rire accueillit cette saillie dépitée de Groux et une fois de plus le maire dut intervenir, “Il me semble que monsieur Legris

ui, répondit celui-ci, d’un ton rogue, il y en a qui sont bien

vais rôle, ne répondit pas. L’incident en resta dà.

maire, qui s'appelait Louis Martin et qui était un avocat en vue du village, se déclara en faveur du projet, aPPuyant son opinion Sur des arguments fort sehsés et disant que Saint-Germain avait at-

améliorations qui s'imposent si nous voulons être à Ja hauteur de la Situation.” I] termina en récommandant que lon confit l'entreprise à une Compagnie, ce qui éviterait des ennuis et du travail au conseil municipal, .

s s'engager

er, naire n’in-

culs, mon-

1e On proombre de

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Noël, -olati-

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Ses paroles furent reprises par Magloire Sirois, un échevin qui s'intéressait beaucoup au projet et qui approuvait le Programme du maire. Le dernier a prendre la parole dans Je même sens fut le con-

Trois autres conseillers se prononcèrent dans le sens opposé. George Beaulieu, un avocat, dit que l’idée de confier une entreprise à

Le conseiller Groulx, voulant soigner sa popularité, se prononça carrément contre le projet, qu'il düt être mis à exécution de n'importe quelle manière.

“Je voudrais bien savoir quel besoin nous avons d’un aqueduc,” dit-il, en s'adressant aux contribuables qui étaient dans la salle. “Nous

sera installée, il faudra Payer par-dessus le marché Pour pouvoir s’en servir. Tout ça Pour faire faire de l'argent à des étrangers. Des

ront des lampes électriques chez eux. Moi, j'aime mieux des lampes à l'huile! Je ne vois Pas non plus pourquoi on éclairerait les rues. Les

Cette tirade excita les applaudissements d’une partie de l'assistance et mit de fort mauvaise humeur le maire Martin, qui s'y trouvait visée.

e fois Groulx l'avait mis en mauvaise posture, car de semblables appels aux préjugés pouvaient difficilement être refutés par des raisonnement.

Le sujet le plus intéressant se trouvait ainsi mis de côté. Cependant, aucun des Spectateurs ne fit mine de Partir. Quand le gros de la sogne était expédié, quelques contribuables partaient généralement,

Par ce goût particulier qu'ont les sions et les discours. i

€ lui le crime qu'ils commettaient, à Yeux, en se Permettant de l'éclipser Par leurs Connaissances ou leur position.

physionomie de Grouix était toujours malveillante et haine de sorte due le coup d'oeil que lui jeta Je Maire ne révéla rien à quiet dignitaire.

c'était ce qu’il attendait semblant savourer d’

ndre justice. Comme leur représentar Je dois demander justice

observée : el néfice du Pauvre monde comm OS messieurs.”

» Maïs il ne sembla

Cependant Groulx Continuait :

que je vais dire et la plus grande Partie, je dirai même la totalité des contribuables Souffrent de j’ j is si

» Qui travaillent dur et qui sont les Personne n’a Je droit de

n éclair traversa ja cervelle de Louis Martin. “nant à quoi s’en tenir.

Je dis,-répéta le Supposé ami n'a le droit de les faire

Il savait Mainte-

des pauvres gens, que personne Marcher. dans fa boue, Pourtant, : y a des

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aient, retenus ir les discus-

€ Martin resion, se de- 1 ses adverse. Il était lire, surtout nsi expier à aient, à ses ces ou par

t haïneuse, rien à l’in-

né, Per- > certitude

satisfait :

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gens qui pensent que les trottoirs leur appartiennent et qui passent en bicycle au milieu des trottoirs. Il faut s’ôter ou se faire écraser.

“Je ne nommerai per ne”, reprit Groulx, “mais il faut que cela cesse. Que ce soit n'importe qui qui soit en bicycle, il faut que cette coutume cesse. Les trottoirs sont faits pour le monde, pas pour les bicycles. Que les bicycles passent dans la rue et laissent les trottoirs à ceux qui paient leurs taxes et qui ont droit d’en jouir.

“Je proposerais, si j'ai un secondeur, que le conseil adopte un

apogée il a quinze, vingt ans.

C'est maintenant le tour des automobiles ; mais si Ja faveur dont

ces voitures jouissent est très marquée, elle n'est pas près d'atteindre

l’automobile ; mais il ne s'agissait pas de cela ; tout le monde avait des bicycles, les Pauvres, comme les riches, et les riches comme les pauvres. Et on pédalait, on pédalait! Les jeunes gens et les personnes âgées étaient également en proie à 1a contagion: tous voulaient essayer cet exercice un tant soit peu acrobatiques.

S jeunes filles, Jes hommes, les jeunes gens, les femmes dévalaient les côtes à des allures vertigineuses. On ne pouvait plus passer SUT une route de campagnes sans rencontrer des bicyclistes. Que d’articulations endolories ! Que de roues faussées ! C'était une passion! C'était un délire! Que de randonnées charmantes et que de promenades éreintantes. .....

Les choses en vinrent au point que les médecins s'en mélèrent, avec le résultat qu’il y eut deux écoles, une qui approuvait la bicyclette et en recommandait l'usage modéré comme très hygiénique, et une autre école qui la proscrit comme un instrument fatiguant, susceptible d’amener des déformations et surtout de causer des accidents de sonté chez les femmes et les jeunes filles.

Propagande en faveur de l'amélioration des routes n'était pas encore commencée, dans ce temps. Nombres de chemins convenaient fort peu aux bicyclettes. Aussi n'était-ce pas étonnant que dans les villages, où il y a des trottoirs, les bicyclistes préférassent les trottoirs aux routes. On les voyait donc passer rapidement le long des maisons qui bordaient la route; c'était très joli et très gracieux, Surtout quand Jes machines étaient montées par des jeunes filles, mais On conviendra que c'était peu agréable pour les piétons, obligés de se

Grouix i POur qu'on adoptât sa Proposition. Comme elle était de # à plaire à Ja masse des électeurs Présents, elle fut votée à l’unan ce qui mortifia fort le Maire,

—Ù1 faut que le pauvre monde soit respecté.

—Les trottoirs

ne sont pas faits rien que Pour les messieurs les demoiselles.

—Les filles de Monsieur Martin sont bien polies, pour tout | monde, dit un de ceux qui sentaient tout l’odieux des menées haineuse de Groulx.

RO pont LS autre, mais ce n'est pas une raison pou Qu'elles écrasent le mo

u risque de les faire

maire, Magloire Sirois et les deux ingé

semble, en même temps qu’un 8Toupe de causeurs. Un silence €mbarrassé suivit leur apparition sur | Qui s’étendait sur toute la largeur du Magasin. - “Il a tout €ntendu, chuchota un des rieurs. —Qu'est-ce que ça fait, riposta un autre: il ne l’a pas volé.

—Oui, mais Magloire Sirois est avec lui.

—Je m'en fic'ie Pas mal de Magloire Sirois. C’est pas le diable

ieurs Sortirent en-

€ large perron

jui était à Ja Éjà existante.

JTOuIx et il ait de nature l'unanimité,

vée vers les

sieurs et

tout le aineuses

nm pour es faire

ent en-

pi

: de faire des travaux pendant l'hiver.

—Je ne voudrais pas m'essayer avec lui, un enfant. li en a une poigne !

—Oh! il finira bien Par trouver plus fort que lui. —I n'y en à pas beaucoup qui peuvent ui tenir tète, dans la paroisse. Sirois et ceux qui l'accompagnaient s’approchaient du groupe de Causeurs ; ils firent silence.

épicerie que tenait Sirois était de l’autre côté de la rue, en face artin et les deux ingénieurs, traversèrent avec lui, et les quatre honmmes s’arrétèrent un moment à la porte de l'épicerie, avant de se séparer. :

“Je ne sais comment cela aurait été, dit Legris, si le conseiller Leroux avait assisté à la séance.” . —Je ne suis pas certain qu'il aurait voté Pour nous, répondit le maire.

—1l n'y a pas à s’

en tout cas: ce n'est pas

fier, conclut Sirois. I] est tantôt d'un côté et tantôt de l’autre. C'est Comme Ça fait son affaire.

—Je pense que ça l'embarrasse, fit le maire. Il s'est jeut-être abrs exprès. Il me semble qu'il aurait pu revenir plus vite, s’il avait 2 voulu.

—Mais ça ne durera Pas, assura Sirois; nous allons nous débarrasser de ces farceurs-là aux prochaines élections. Nous pouvons re-

tarder jusque là pour donner le contrat. Il n'y a toujours pas moyen

—C'est certain, dit Noël.

—Montez-vous avec moi, —1l est un peu tard.

—Alors bonsoir, Venez me voir au bureau demain.

i, bonsoir monsieur Martin.

—Bonsoir, messieurs.

Sirois rentra chez lui et les deux jeunes gens se trouvèrent seuls.

ous les gens qui avaient assisté à la séance du conseil étaient partis et la place de l'église était déserte.

“Crois-tu, qu’il s'en sont dit des vérités, fit Noël.

l, répondit Legris, j'ai bien failli être pris dans la bagarre. —Le nommé Groulx en a un sac à fiel!

—L'animal! 1] mériterait d’être pendu.

—Tu es heureux que le maire soit venu à ton secours. —Le pauvre garçon, il a attrappé les coups qui m’étaient destinés. —Et quelques-uns de plus, ajouta Noël, en riant.

demanda Martin aux ingénieurs.

—S’il compte sur la Commission que nous lui avons promise, il se trompe fort, en tout cas. Une fois que nous aurons ra aller se promener.

—Ï1 ne faudrait pas faire cela.

un aussi mauvais tour. :

—Bah! ça n’est Pas pour la commission qu'il travaille; il voudrait nous pousser une de ses filles. :

le contrat, il pour-

I nous aide trop pour lui jouer

8 faites des plaques d'eau que !

n, enfin, la tache :

ges espaces où coule Je maj d'eau, C'était Ja saison où il fait

n causer au coin du feu, à l'abri nature Canadienne, Quelque refroidie qu PS moins attirante et séduisante,

Les deux jeunés gens

luelques instants »

Sur les gens de l'endroit, en fume installés l'un Sur le lit et l’autre Sur l'unique “cha qui se trouvait dans la chambre d'hôtel.

“Tout d i i

Sion découlant xions, “je crois ‘ Atouts dans son jeu.”

—Qu'est-ce que tu veux «

—Je pense que ce serait une borne chose si nous mettions Groul

de notre côté. Ce gueulard-jà m'a l'air d’avoir Pas mal d'influence. —Nous avons Je maire.

.—Je crain

avait été ici,

lire, demanda N oël,

Pas le plus fort. Si le septième conseille SalS pas ce qui serait arrivé.

€ Pouvons pas nous Concilier Groulx Sans amadoue X qui sont avec lui.

—Amadouons-les.

— Qu'est-ce que tu fais alors du maire et de ses amis.

— Nous les auront quand même. Ils se Sont déclarés Pour nous; ils ne Peuvent pas c anger Maintenant. .

—Je ne sais pas.

—-Qu'ils changent s'ils veulent, ne marche pas, Si nous essayions J’

—Qu'est-ce Que Martin dirait ?

—Je ne le sais Pas et je m'en OCCupe pas.

Nous avons essayé un côté et ça autre maintenant:

l Les affaires sont {es affaires.

mn À familièrement @

Pas venus jci : CHAPITRE 11 Fos affaires. !

arrivés à leur À , ils entrèrent automne qui s

Les rois filles du maire Martin, Mina, Stella

et Louise, ne l'aleuve Saint. À vaient Pas attendu pour apprendre Je résultat du vote sur les projets tel on avait Æ soumis par Legris et Noël ; tandis que les deux jeunes ue parlaient bre Projetée Md'elles ::vec une désinvolture plutôt impertinente, après la séance du us loin, une À municipale, tous trois dormaient profondément, de ce sommeil u que frap- € et reposart qu’ est l'apanage de ceux qui vivent dans la paix des tache som- Mcampagnes. tte paix est sans doute trompeuse et elle est toute dans ueux cours a nature, car les intrigues et les rivalités divisent et agitent les esprits à l'abri des "À la Campagne aussi bien qu’à la ville. Mzis du moins les femmes vi-

idie qu'elle 4 vent généralement en dehors des préocc

Ils épilo- cités prennent souvent part dans les sa n fumant, 1e “chaise * - C'est là qu'un rayon de soleil »:

Surprendre et frappa l’oreil- € conclu- % ler couvert de superbes cheveux ci. > et lustrés, jui faisaient un mais trop À cadre idéal à la physionomie expressi, de Stella Martin.

2 La dormeuse eut un joli froncement ue

| ongea, jusqu’à frapper les yeux de la jeune fille, S Groulx 2 qui les ouvrit un instant, puis les referma, éblouie. Ses mouvements uence, % avaient réveillée Louise, qui Partageait le même lit. Mina, couchée sur $ la chambre, vaste comme le sont les onseiller M Pièc<s des habitations à la Campagne, dormait toujours, À “Allons, nous voilà réveillées,” dit Louise, avec une expression de LE regret.

nadouer La —Ne parle pas trop fort, répondit Stell L° —Oh! la paresseuse ! dit Louise, avec u % elle continua, plus bas : sais-tu E. Stella rougit et hési "nous; %% ses-tu ?” dit-elle. - É: —Pas au même, toujours, se récria Louise ? ——Je ne sais Pas; nomme le tien.

‘etça À —Nomme le tien d’abord.

+ —Je vais les nommer, moi, dit tou Æ entre ses soeurs et surtout la lumière du jour avai 4t réveillée. Louise et Stella eurent d’abord un moment de surprise, puis elles t en même temps : “Nomme, voir”, Mina s’accouda sur son

a: Mina dort encore.

ne feinte indignation. Puis à qui j'ai rêvé?

ta, puis elle se mit à rire. “Et moi, à qui, pen-

t à coup Mina, que le dialogue

oreiller et prit une expression

de fausse

di ES on RTC: RE DR re

gravité qui contrastait si fort avec sa jolie figure blonde encore pleine de sommeil et entourée de lourdes tresses d’or que ses deux soeurs partirent à rire, :

“Si vous riez de moi, dit-elle, “vous ne saurez rien”, et elle fit mine de se coucher et de fermer les yeux.

“Parle! parle! lui cria Louise: nous ne rirons pas. i

—Eh! bien, voici ce que j'ai à dire: avant deux ans Stella s'appellera madame Noël.

—Et moi? demanda Louise.

—J'ai rêvé rien qu’à Stella.

—Oh! ja méchante! dit Louise.

—Ï1 faut se lever, dit Stella: maman va trouver que nous faisons la paresse.

Louise ouvrit les rideaux.

Toute une floraison de givre couvrait le bas des vitres ; au dehors le soleil faisait briller de mille feux les cristaux suspendus aux branches des arbres. C'était une éblouissante matinée d'automne, me de celles qui font présager la venue prochaine de l'hiver.

“Qu'il fait beau,” dîrent les jeunes filles, en s'approchant toutes trois de la fenêtre pour mieux jouir du coup d'oeil. Elles étaient grandes et de forte taille, et elles avaient les joues rosées par le sommeil : leurs yeux brillaient d’une lueur qui annonçait à la fois l'intelligence et la santé. Stella et Mina étaient à peu près du même âge et elles considéraient un peu comme une enfant Louise, qui n’était pourtant leur cadette que de quelques années. Les bras entrelacés, elles regardaient au dehors, et leurs yeux étaient si profonds et si purs qu’on eùt pu croire qu’elles regandaient darts l'avenir.

Elles formaient un groupe charmant et semblaient trois belles fleurs des champs, poussées dans un sol riche et généreux, moins délicates que les fleurs de serre des villes mais ne leur cédant aucunement en coloris et en beauté. On se disait en les voyant que celui qui cueillerait une de ces magnifiques fleurs humaines serait un privilégié.

Madame Martin, qui se serait bien gardée de réveiller les jeunes filles tant qu'elles avaient besoin de sommeil, mais qui n’aimait pas à les laisser s’absorber trop dans les soins de leur toilette, les avait entendues se lever.

“Vous êtes réveillées les petites filles, leur cria-t-elle, de l'étage inférieur ? Ë

—Oui, maman, répondit Stella. =

—Réveillez donc “John” et venez déjeuner.

“John”, c'était le frère unique des trois fille£ d£ monsieur Martin, un grand garçon, blond comme Louise et Mina, et qui était venu passer quelques temps chez son père, pour se remettre d’une attaque de fièvre typhoide. Il était commis dans un magasin à rayons, à la ville, et il avait réussi à se créer une jolie position, grâce à son ardeur au travail.

Les jeunes filles ne furent pas lentes à faire leur toilette. Pendant que Stella et Louise s’agenouillaient pieusement à côté du lit et disaient

pleine rs par-

elle fit

’appel-

faisons

dehors anches celles

toutes grannmeil :

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jeunes pas à it en-

ge in-

[artin, passer fièvre , et il avail.

ndant saient

D tite comédie.

% l’étonnement ?

leur prière du matin, Mina al revint dire sa prière elle aussi.

En passant devant sa Chambre, pour descendre au rez-de-chaussée, car la maison, comme la plupart des Jemeures à la Campagne, n'avait

que deux étages, elles lui dirent : “dépêche-toi de t’habiller, John ; nous nous allons t’attendre pour déjeüner.”’

John fit comme on lui avait dit et il descendit quelques minutes après. La famille était réumie dans la salle à diner et on allait se mettre à table,

“As-tu bien dormi,” demanda Madame Martin à

ui, merci, répondit-il. Quelques nuits Comme cela vont rache-

lait frapper à Ja porte de son frère, puis

—Non, certain, fit John; on n’a pas le même calme ni Je même repos en ville.

—Pourquoi ne viens-tu pas rester ici tout le temps, demanda Mina?...Nous serions si heureux tous ensemble:

—Je ne sais Pas si nous serions tout ensemble bien longtemps, répondit John, en souriant.

—Veux-tu du sucre, lui demanda Stella.

— Veux-tu du lait, dit à son tour Louise.

— As-tu du pain, demanda de nouveau Stella.

Jeuen homme se mit à rire : “vous ne voulez Pas que je parle,” dit-il.

—Veux-tu une “toast”, demanda Stella ?

Monsieur Martin et madame Martin suivaient, amusés, cette pe-

—Pourquoi, t'empêcher de parler, demanda Louise, en feignant

—Tu le sais bien Pourquoi, répondit John. Tu ne voudrais pas avouer que tu ne demanderais Pas mieux que de t'en aller, un jour ou l’autre, avec un ingénieur civil. ......... :

Cette allusion à Noël et à Legris rendit les jeunes filles silencieu-

ses. Madame Martin intervint alors : “ne taquine pas tes soeurs, John”, lui dit-elle, avec reproche,” i j

leur goût et si c'était un bon garçon, ton

maïs nous les Jaisserions partir avec lui, ingénieur civil ou non. —Oh! maman, s’exclama Stella, vous prenez cela bien au sérieux. —Et John, lui, n’est pas assez sérieux, dit monsieur Martin.

Je vais être obligé de faire amende honorable, je suppose, dit

John : Quelle pénitence allez-vous m’imposer ?

E. — Aucune autre que celle de te taire, répartit Louise. Tu es trop bon garçon Pour t'en vouloir.

“Catin” est-il allé chercher 1a malle ”

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