IV. Des fêtes chez les Lo-lo p’o
Le matin, vers 7 ou 8 heures, a lieu ce premier grand repas. On y mange encore des pains, mais plats cette fois, et non plus roulés.
Avant de se mettre à table, le chef de famille accomplit la cérémonie de l’offrande au Ciel (v. p. 128).
A ce repas, la viande est interdite et remplacée par des œufs, dont on consomme une grande quantité. Pour une famille de 15 personnes, on sert une omelette à l’huile de 70 à 80 œufs. Les hommes et les femmes qui aiment le vin, doivent en boire à satiété. C’est le grand genre et un bon signe, aussi aucun n’y manque.
Il serait très-mal vu d’aller prendre ce premier repas dans une famille étrangère. L étiquette, sous ce rapport, est fort rigoureuse, surtout pour les brus. La bru, en effet, est attachée à la maison de ses beaux-parents, et plus que tout autre, elle doit faire ce premier repas de l’année dans sa vraie famille, qui est celle de son mari. Agir autrement est une grave injure et un signe certain que la bru n’est pas contente chez son mari.
Le repas terminé, les garçons lavent la vaisselle, tandis que les vieux chantent et font rire les jeunes. Alors également tout le monde est libre et chacun peut sortir à son aise, même les brus. C’est le moment où l’on va présenter les vœux de bonne année.
A cet effet, les garçons se réunissent par groupes de quatre ou cinq, et vont dans chaque famille souhaiter la bonne année aux vieux. En entrant dans la maison, ils disent: «I-nyi k’o-cheu nga , tiyo-vè lè-dou pè la = Aujourd hui c’est le nouvel an, nous venons faire les rites,» et ils font trois grandes prostrations à chacun des vieux et à chacune des vieilles. On leur sert du miel et des pains qu’ils mangent aussitôt, en buvant le thé.
Puis commencent les danses, auxquelles se rendent tous les jeunes gens.
Vers 4 ou 5 heures du soir, a lieu le second grand repas, où l’on sert alors de la viande. Et à l’entrée de la nuit, les danses reprennent de plus bel.
Pendant ces trois jours, on s’abstient de tout travail cà la montagne. On se contente d’aller faire paître les bœufs et les chèvres, et encore chaque jour, on se rechange dans cette corvée.
Vie psychique des Lo-los.
Dès le 4 au matin, la vie ordinaire reprend son cours, mais le soir, les danses continuent.
Outre la danse, il existe, ainsi que je l’ai dit, un autre genre d'amusement pour l’époque du nouvel an. G est la balançoire. L’auteur du Tien-Hi * nous signale lui aussi cette coutume. «La douzième lune, dit-il, est chez les Lo-lo la fête du printemps. On dresse un pied de bois, on pose une planche dessus. Un homme s’assied à chaque extrémité, et ils s’amusent à se faire descendre
l’un l’autre.» Petit nouvel an.
Chez les Lo-lo po, le 13 ou le 14 de la lère lune, on recommence le grand nettoyage de la maison, comme pour le jour du premier del an.
Et le 15 de cette première lune, grand repos comme durant les 3 jours du nouvel an. Aux deux repas, on fait bombance, et on mange de la viande.
Ce jour s’appelle «ts’ea-ngo tsya = fête du 15», ou «ts’eungo mou = faire le 15» (en chinois siao ko nien[)).
Jusqu’au 15 inclus de cette première lune, on n’aime pas à débourser de l’argent, ni quoique ce soit, on aime au contraire à embourser. La raison en est à cette idée superstitieuse que, si l’on débourse durant cette période, on risque fort de devoir débourser toute l’année. Si l'on embourse, au contraire, on a des chances d’embourser toute l’année.