Nouvel an chez les Lo-lo p’o
Chez les Lo-lo p’o, aux deux derniers jours de la 12e lune, il y a grand nettoyage, les murs, les plafonds sont époussetés à fond. Le fait est assez rare pour mériter une mention spéciale.
11 est aussi d’usage à cette époque de renouveler la garde-robe de toute la maisonnée.
La veille du grand jour, les jeunes gens vont à la montagne cueillir des «aiguilles de sapin», qu’on étendra le lendemain et les jours suivants, soit dans la salle du milieu, soit dans la cuisine, soit même dans la cour, à l’endroit où l'on prendra les repas.
Egalement, on renouvelle les images des portes ( meu-cheil , corruption du men chen 3 chinois), on colle les banderoles de papier coloré ( mè-tsè , en Chinois men lien 4) au-dessus des portes.
Au-dessus du foyer, à la cuisine, on colle l'image de «l’esprit du foyer» {tso-ko lo yi , corruption du chinois tsao kiiin lao yé5). Ces choses sont évidemment d’importation chinoise.
La veille du nouvel an, au soir, vers les huit ou neuf heures, on sacrifie un chapon, un coq, ou une poule à «l’esprit tutélaire du foyer». Le chapon tué, le chef de famille fait à l’image de l’esprit trois prostrations par trois fois différentes, prenant entre chaque fois le temps de fumer une pipe. Cette cérémonie s’appelle tso-ko lo-yi t’i = sacrifier à l’esprit du foyer. On fait ensuite cuire le chapon, qu'on mange en famille.
Le 1er de la lère lune, dès le petit jour (yi-p’eu beu tcheu = au chant du coq), tandis que les vieux, les vieilles, les femmes et les filles restent couchés, tous les garçons de la maison se lèvent. Ils revêtent leurs beaux habits, calotte et sandales neuves, et pendant que les autres allument le feu et font bouillir l’eau pour se laver, deux d’entre eux se
* Devéria, l. c. p. 144, 155.
Bibliothèque Anthropos. 1,5: Lié tard, Au Yun-nan.
Vie psychique des Lo-los.
rendent à la fontaine publique. L’un porte la grande cuiller en bois qui sert à puiser l’eau, l’autre, une torche pour éclairer la route.
On puise une cuiller d’eau et l’on jette deux belles sapèques dans le ruisseau.
Tous les garçons se lavent alors, et vont ensuite appeler les filles, en leur portant l’eau pour se laver. Celles-ci se lèvent et font leur toilette. Les garçons font bouillir l’eau qu’on est allé précédemment puiser à la source. Si cette eau ne suffit pas, on y ajoute de l’eau du réservoir de la cuisine. Avec cette eau bouillie, ils préparent la pâte de riz glutineux qui va servir à faire les pains.
Les filles, leur toilette terminée, vont à leur tour appeler les vieux et les vieilles, et leur portent l’eau chaude pour se laver. Et pendant que les vieux font toilette, elles reviennent rouler en petits pains la pâte préparée par les garçons, et les font cuire.
Les pains cuits, on en sert un grand bol aux grandes personnes, un petit bol aux enfants, et chacun mange avec appétit. Cela s’appelle «tcha-meu leu tsè dzo — manger les pains roulés cuits. »
Ce petit repas terminé, chacun boit du thé. On en boira du reste après chacun des repas de ces trois jours, où l’on mange encore, et toujours, des pains. Le thé a pour effet, dit-on, d'empêcher les gonflements de ventre qui ne manqueraient pas de se produire sans cela par l’usage inaccoutumé du pain.
Les enfants se rendent alors â la source commune, à la recherche des sapèques que chaque puiseur d’eau y a précédemment jetées. Heureux les premiers arrivés et ceux qui les trouvent en plus grand nombre.
Les grandes personnes font la causette, pendant que les garçons lavent la vaisselle. Ce sont en effet les garçons qui font cuire le riz pendant ces trois jours et le 15 au matin; également, ils doivent laver la vaisselle, et préparer la pâte pour les différentes espèces de pains. Les femmes, elles, ont repos, elles se livrent à des travaux de couture pour tuer le temps.
On peut sortir dehors et faire la causette avec les amis et les voisins, mais sur la route ou dans la cour. Car il n’est pas reçu d’entrer dans la maison du prochain avant le premier grand repas.