IV. Des fêtes chez les Lo-lo p’o
du village sur un espace de un ou deux kilomètres, tenant en main des torches allumées dont ils attisent le feu avec de la résine. C’est fort pittoresque. Cette cérémonie est appelée « a-to-dzo tsya — fête des torches». L'Histoire particulière du Nan-tchao * nous dit: «Chez les Lo-lo, chaque année le 24e jour de la 7e lune s’appelle ho-pa tsié 9 = fête des torches. Les Lo-lo allument ce jour-là des torches de sapin pour illuminer leurs villages et leurs cabanes des champs.»
Dans le même ouvrage (p. 37, 38) on lit: «Au temps de Yuanfong des Han (110 — 104 av. J. G.), une femme nommée A-nan, mariée au chef Man-a-no, habitait au pays actuel de Ta-li. Le général chinois Ko-che-tchong ayant tué Man-a-no, voulut épouser A-nan. Celle-ci lui dit: «Accordez-moi trois choses, et je serai à vous. D’abord, élevez un pavillon pour y sacrifier à mon mari défunt; ensuite, brûlez les habits et remplacez-les par des habits de prince; enfin, publiez dans tout le pays que je vous épouse selon les rites.» Le général chinois accepta ces conditions, et dès le lendemain, réunissant les gens du pays, il fit élever un pavillon en sapin pour y sacrifier au mari défunt. Devant le pavillon, on avait préparé un grand feu. Alors que le feu était très-ardent, A-nan brûla les habits de son mari défunt, et tirant un couteau qu’elle dissimulait, elle se coupa la gorge et tomba dans les flammes. C/était alors le 24e jour de la 6e lune. Les gens du pays la pleurèrent, et par suite chaque année, ce jour-là, ils brûlèrent des torches en signe de regret. On appela cette fête «sin hoai tsié = fête de l’assemblée des étoiles». On la place aussi au 25e jour de la 6e lune.»
A mon avis, la fête ho pa tsié et celle sin hoai tsié est une seule et même chose. L’auteur chinois place la première au 24 de la 7e lune. C’est évidemment une erreur de sa part. Partout en effet cette fête ho-pa tsié a lieu, non à la 7e, mais bien à la 6e lune. Ici au pays de P’in-tch’ouan, chez les Lo-lo p’o, c’est le 24, un peu plus loin, chez les Li p'o, c’est le 25, mais toujours
à la 6e lune. Chez les A-lii, au pays de Lou lan, le 24 étant pris
par la fête du grand nouvel an, la fête des torches a lieu le 25.
Quoiqu’il en soit, voici, d’après les Lo-lo p’o, l’origine de cette
fête des torches a-to-dzo tsya.
* Sainson, l. c. p. 166.
Vie psychique des Lo-los.
Un grand roi bataillait en vain depuis longtemps pour s’emparer du pays de Ta-li. C'était d’après les uns Ts’eu-kiou ta Ouang, d’après les autres Touan pé-ouang. Un beau jour il rêva d’un stratagème pour effrayer ses ennemis et arriver à ses fins. A cet effet, il fit rassembler 3 à 4.000 chèvres, et fit attacher une botte de torches de sapin à chacune des cornes de chaque chèvre. La nuit venue, on mit le feu aux torches, et on dispersa les chèvres dans la montagne. A ce spectacle, les défenseurs du pays de Ta-li crurent à une armée ennemie considérable, et, désespérant de lui tenir tête, livrèrent leur pays à Ts’eu-kiou. C’est pour commémorer cet évènement que chaque année à cette date, on allume des torches.
D'après l’auteur chinois, cette fête des torches serait particulière aux Lo-lo. Elle existe cependant partout au Yun-nan, tant chez les Min-kia, les Chinois, que chez les Lo-lo. Chez les Chinois, on brûle des torches non-seulement dans les rizières, mais encore auprès des tombeaux.
Au pays de lvou-ti, en ce même jour, les hommes se présentent dans les familles où depuis le nouvel an est né un enfant. Pour un fils nouveau-né, ils exigent un petit cochon, une poule pour une fille. On mange le cochon ou la poule sur la route devant la maison du donateur, après avoir fait quelques superstitions.