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I. Des termes Man-tse et Y-jen, appliqués au Lo-lo

des Y-jen reste encore isolée au S. O. du Yun-nan. Avant l'arrivée des Lolos, elle avait déjà subi . . . l'invasion des Méos .... et celle des Thaïs et des Long-jen.»

Quelle peut bien être cette race des Y-jen, autres que les Lo-lo, les Méo, les Thaï ou les Long-jen?

C. C/est également pour le même manque de précision que M. Rocher* semble faire des Y-kia au Yun-nan, une race de métis. Il fait sans doute allusion aux Pen-ti jen 19, mélange de Chinois avec des femmes aborigènes min-kia ou lo-lo. Mais nulle part au Yun-nan, à ma connaissance du moins, ces vieux métis ne sont désignés sous le nom de Y-kia, terme spécialement réservé aux Lo-lo, et, en tout cas, ne servant jamais ici, je crois, à désigner les groupes métis de Pen-ti jen qui rentrent dans la race chinoise.

D. C’est pour les mêmes raisons, qu'on ne voit pas bien à quoi fait allusion M. von Richthofen, quand il écrit**: «Tandis que les Man-tse ... se marient avec des Chinois, jamais le cas ne se produit entre Lo-l'os et Chinois.» — «Les Lo-los sont dans leur état actuel depuis un temps immémorial, même lorsque les Man-tse étaient les maîtres du pays.»

Quelle différence y a-t-il entre Man-tse et Lo-lo? sinon que les Man-tse sont des Lo-lo non-soumis. Et des Man-tse qui se marient avec des Chinois! c’est plutôt rare! La chose au contraire a lieu, rarement c'est vrai, mais elle a lieu entre Lo-lo et Chinois! Ne serait-ce pas plutôt les Si-fan que M. von Richthofen désignerait ici par le terme de Man-tseï

E. Au Tonkin, et même au Yun-nan, sur les frontières du K’aihoa fou, il existe également un peuple, gratifié du nom de Yao-jen '10 par les Chinois; et du nom de Man par les Tonkinois. Quoique ce mot Man ait le même sens au Tonkin qu'au Seutch’ouan, il faut bien constater cependant que le dit peuple n’a aucune parenté avec les Lo-lo. Aussi je m’étonne fort que M. Leclère***: «ayant recueilli à tout hasard les principaux

* Province du Yun-nan. Paris 1880, t. II; p. 21.

** v. Cordier, I. c. p. 57.

*** Cordier, I. c. p. 78.

Nom, division et distribution des Lo-lo.

termes du vocabulaire manu sur les bords du Fleuve Rouge, ait pu ensuite constater son identité avec celui des indigènes de la région de Lou-lan et avec celui des habitants du Léang-chan.»

Pour être complet, disons qu'au Yun-nan, au pays de Ta-li , le terme Y-jen ou Y-kia, quoique connu, est souvent remplacé par celui de Toa-kia 21 = familles de la terre. Il peut s’employer pour tout ce qui n’est pas Chinois; mais il sert davantage lui aussi à désigner les Lo-lo, qui, eux-mêmes, parlant chinois, se donnent souvent entre eux le nom de T’ou-kia pan 22 — compagnons des familles de la terre.

Ce n’est pas à dire cependant que les Lo-lo du pays de Ta-li soient les individus désignés par les auteurs chinois sous le nom de T’ou-jen 2S, ainsi que le croit M. Madrolle*. A mon avis, en effet, les T’ou-jen des auteurs chinois sont des Thaï et non des Lo-lo.

A 1 est, au pays de Lou-lan et K’iu-tsin, par ex., les termes de Y-jen, ou celui de T’ou-kia, sont souvent remplacés pour désigner les Lo-lo, par celui de Lao-pen-kia 24, avec le sens de «vieilles familles aborigènes».

* v. Quelques peuplades Lo-lo.

Extrait du T’oung-pao. Leide 1908, p. 17.

ARTICLE II

Des termes Hé-y et Pé-y , appliqués aux Lo-lo.

Etant connu qu'au Yun-nan, le terme chinois Y-jen désigne les Lo-lo, il faut savoir également que les Chinois distinguent des Hé-y \ et des Pé-y2. C’est-à-dire des «Barbares noirs» et des «Barbares blancs».

1° Les Barbares noirs seraient ainsi appelés à cause de leur teint plus bronzé. — Ceci n'est pas très-sérieux.

2° La différence de noirs et de blancs viendrait de la différence des habits, en étoffe chez les premiers, en toile chez les seconds. — Ceci est encore moins sérieux.

3° Les Barbares noirs seraient les «indépendants»; les Barbares blancs seraient ceux soumis à la Chine. — Ceci est faux, vu qu’au Yun-nan, tous les Lo-lo sont soumis, et cependant, parmi ces soumis, nombreuses sont les tribus des Hé-y. Au Seutch’ouan également, nombreux sont les Pé-y qui vivent au milieu des indépendants; et parmi les soumis à la Chine on trouve également des Hé-y.

4° Enfin, les noirs seraient ceux qui gardent toute leur chevelure; les blancs ceux qui se rasent à la chinoise. — Ceci n’est pas davantage exact.

Quoiqu'il en soit de cette classification en noirs et en blancs, la réalité est celle-ci, à savoir:

A. Au Seu-tch'ouan, les Hé-y sont les individus de cette caste lo-lo que l’on appelle communément la «caste noble». Les Pé-y sont les représentants de la «caste moins noble». Sont compris aussi parmi le Pé-y les représentants de la caste des esclaves, qui sont d'origine purement chinoise.

Nom, division et distribution des Lo-lo.

B. Au Yun-nan, les Hé-y sont de même les individus passant communément comme étant de caste noble. Les Pé-y sont les serfs ou les esclaves de ces Hé-y. Ajoutons cependant que ces Hé -y rangent toutes les tribus lo-lo en dehors des leurs parmi les Pé-y. Mais remarquons aussi que ces autres tribus lo-lo se gratifient, en langue chinoise, du nom de Y-jen, mais jamais de celui de Pé-y, à ma connaissance du moins. Je fais exception pour la seule tribu des Lou pou, chez qui l'on vous répond parfois: «Nous sommes ceux que les Hé-y appellent Pé-y.»

Ces Hé-y, en Chinois toujours, et au Yun-nan encore, sont divisés en Ta hé-y h* et en Siao hé-y 4; c'est-à-dire en grands et en petits Barbares noirs. Ainsi, dans mon ancien district de Lang-gny-tsin, j’avais un village de Ta hé-y à Tso-li à 20 1 y à l est de Lou-fong ts’uen (sous-préfecture de Lou-lan); et plusieurs villages de Siao hé-y, à 10 ly au sud, et sud-est de Ghè-mo (sous-préfecture de Mi-lé).

Quelle différence y a-t-il entre ces «grands» et ces «petits» Barbares noirs? Je ne le vois pas lien jusqu’à présent! Mais j’espère d’avoir sous peu la bonne fortune de pouvoir les étudier tout à mon aise.

La langue chez eux est la même, je crois; parfois, ils s allient entre eux. Le costume des hommes est semblable: celui des femmes est identique. Seul le grand voile qui, couvrant la tête, retombe sur les épaules et le dos, chez les femmes ta hé-y, n’est pas porté par les femmes siao hé-y. De même ces dernières, contrairement aux premières, vont rarement à cheval. — Ce terme Pé-y (Barbares blancs) a été cause de nombreuses confusions chez les explorateurs. La plus sérieuse se rencontre chez le Dr. Thorël * qui divise ces sauvages indigènes 1° en Lo-lo blancs, rattachés aux Laotiens; 2° en Lo-lo noirs, ou sauvages noirs, autochtones du Yun-nan. Evidemment, le Dr. Thorel et après lui, Elie Beglus ** qui nous parle des Chan, les Barbares blancs des Chinois, ont confondu Pé-y = Lo-lo, avec Pai-y = tribus Thaï.

* v. CoRDIER, 1. C. p. 54.

** Nouvelle géographie universelle.

Hachette, Paris 1882, VII, p. 519 etsuiv.

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