‹ Au Yun-nanChapitre 13 sur 204 · II. Des termes Hé- y et Pé-y, appliqués aux Lo-lo · texte numérisé non relu

II. Des termes Hé- y et Pé-y, appliqués aux Lo-lo

Ces Pé-y et ces Pai-y (deux groupes de deux races bien distinctes) vivent en effet côte à côte aux environs de Ma-chang (sur le Fleuve bleu entre 99° et 100° de long, et 26° et 27° de lat.), où le Dr. Thorel a pu les étudier. Les Barbares blancs des Chinois sont bien des Lo-lo, et non des Thaï (Clian), comme le pense Reclus.

Les Auteurs chinois, à ma connaissance du moins, n’accolent jamais le caractère = blanc, au caractère || = barbare, pour désigner les Pai-y, un des groupes Thaï du Yun-nan. Ils se servent à cet effet* des caractères phonétiques:

fi =

= Pai-y.

Etaler; Barbares.

ou P’é-y. Envoyer

en exil; Barbares

fi =

= Pé-y.

Cent; Barbares.

êj

= Pé-y.

Blancs; habits.

= Pé-y.

Blancs; vases mortuaires.

= P’oy.

Envoyer en exil; v;

ases mortuaires.

êj

= Pé-y.

Blanc; interpréter.

Nulle part donc, nous ne voyons le terme de «Barbares blancs» appliqué aux Thaï du Yun-nan. Malgré les multiples manières d’écrire ce nom, celle de Pai’y est la plus

commune, je crois.

Pai se prononce à peu près comme dans notre mot français «paille». Dans le langage courant, au Yun-nan, ces Thaï sont aussi appelés Pan-y XfL ou Je, fl Pa-y. Ce sont, à mon avis, simples confusions de prononciation.

Le Tien Mi. livre historique du Yun-nan ** nous explique ainsi l’origine du nom Pé-y ou Pai-y, donné à ces Thaï:

«Les P’o-y ^ fl dit-il, sont originaires d’au-dessus de la Rivière Noire. On les appelle maintenant Pé-y par

suite d'une faute de prononciation. Ils habitent dans des terrains bas, humides et broussailleux. Aussi, ou a composé leur nom primitif P’o ^ des caractères Ki JF et jen A* = hommes des broussailles.»

* v. Devéria, Frontière Sino-annamite. Leroux, Paris 1880, p. 99.

** Edition de 1887, chap. 37.

Nom, division et distribution des Lo-lo.

Ce nom serait donc d’origine chinoise; d’autant plus que nombre de tribus Pai-y du Yun-nan s’appellent elles-mêmes Koun Thaï = Hommes Thaï; ce qui n’a aucune ressemblance avec Pai-y ou P’o-y ou Pé-y.

Il ne faut pas davantage confondre, comme on le fait souvent, les Pai-y * ou Pé-y** des auteurs chinois avec les Pè jen de ces mêmes auteurs. Ces derniers sont les

Min-kia qui dans leur langue s’appellent Pè dzeu m. à m. fils de Pè. Pè est leur nom de race; d’où les auteurs chinois ont fait Pè jen. Le vocabulaire min-kia n’a aucune ressemblance avec le vocabulaire pai-y, ce qui n’empêche pas les auteurs chinois de nous affirmer que Pai-y et Min-kia sont deux tribus d’une même race!

* V. les caractères chinois p. 9 Nr. 1.

** V. les caractères chinois p. 9 Nr. 3.

ARTICLE III

Des termes Hé Lo-lo (== Lo-lo noirs) et Pé Lo-lo (= Lo-lo blancs).

Ces Y-jen, divisés en Hé-y et en Pé-y, sent également appelés Lo-lo, tant au Seu-tch’ouan qu'au Yun-nan.

Je consacrerai plus loin un article à l’origine du mot Lo-lo*.

De même qu’ils distinguent des Hé-y et des Pé-y, les Chinois distinguent aussi des Hé Lo-lo 1 et des Pé Lo-lo 2 ; c’est-à-dire des «Lo-lo noirs» et des «Lo-lo blancs».

Les versions touchant l'origine des distinctions de «Lo-lo noirs» et «Lo-lo blancs» sont les mêmes que celles données plus haut pour Hé-y et Pé-y. Il faut ici en ajouter une autre cependant, à

* Je crois bon de commencer cet article par une petite remarque.

Les sinologues européens, traduisant les auteurs chinois, rendent souvent les caractères jJH par les sons Ko-lo. M. Pelliot (Bulletin de l’Ecole

française d’Extrême-Or., t. IV, n° 4, p. 1118) a écrit: «La lecture Kouo pour ^ est celle du Dictionnaire de K’ang-hi . . . Toutefois il ne faut pas oublier que tous ceux qui ont connu ces populations par les Chinois eux-mêmes les ont toujours entendu appeler des Lo-lo. La transcription $| .gj Lo-lo est celle du Ilouang ts’inç) tche Teong t’ou, et dès l’époque des T’ang on rencontre /Jg ^ Lou lou avec une liquide initiale et non une gutturale. Comme il y a au moins un cas très fréquent, celui de louo , où la phonétique £ kouo entre dans un caractère qui se prononce avec la liquide initiale, je serais partisan de lire -îfc lo et non kouo , et de transcrire par suite Lo-lo au lieu de Kouo-lo.»

Cette remarque est fort juste, et si on en tient compte, les écrits chinois sur les Lo-lo paraissent souvent quelque peu plus sensés. —

Egalement je crois bon de faire observer que si je n’emploie pas la manière d’écrire le chinois adoptée par le Ministère des Affaires-Etrangères, c’est pour une simple raison locale, mais une raison locale qui a son importance. J’écris les mots chinois comme on les prononce au Yun-nan et suivant la manière d’écrire du Dictionnaire des Missionnaires du Seu-tch’ouan (Hong-kong 1893). Ainsi, au Yun-nan, par exemple, les caractères -Jfc $g se prononcent Lo-lo et non pas Ko-lo.

Nom, division et distribution des Lo-lo.

savoir que les «Lo-lo blancs» sont ceux qui ont l’habitude de se laver la figure; les «Lo-lo noirs» au contraire ne se lavent jamais! C’est enfantin, comme toute chinoiserie, du reste!

Quoiqu’il en soit de l’origine, disons qu’en réalité les «Lo-lo noirs» sont les Hé-y\ et les «Lo-lo blancs» sont les Pé-y, tant au Yun-nan qu’au Seu-teh’ouan.

11 faut remarquer cependant que dans certaines parties du \ un-nan, les auteurs chinois et même les chinois modernes, distinguent également des Hé Lo-lo et des Pé Lo-lo ; et que toutefois dans ces pays, les Hé Lo-lo ne semblent nullement être de la même caste que les «Nobles» des frontières Yun-nan — Kouy-teheou; également, dans ces pays, les Pé Lo-lo ne semblent nullement dépendre des précédents,

Il serait facile de* résoudre le problème, en étudiant ces tribus éloignées, gratifiées de ces dénominations par les Chinois. Je n ai pas eu jusqu’à présent 1 occasion d’être en rapport avec elles. Je me contente donc de signaler le fait. Ainsi, par exemple, I on m’affirme qu’il y a des Hé Lo-lo et des Pé Lo-lo au pays de Li-kiang fou. Les Lo-lo fortement enchinoisés de la plaine de K’iu-tsin fou, sont également des Pé Lo-lo, disent les Chinois.

Je crois toutefois qu’il ne faut attacher aucune importance à la classification de «Lo-lo noirs» et de «Lo-lo blancs», en dehors de celle qui fait des «Lo-lo noirs», la caste noble; et des «Lo-lo blancs», toutes les autres tribus. Ainsi, on m'avait signalé entre I ch ou-hiong fou et Ivouang-t’ong bien, au nord de la grand-route, au bord de la plaine et dans les montagnes, des «Lo-lo noirs» et des «Lo-lo blancs». Je me suis rendu chez eux et à mon grand désappointement, j ai trouvé une seule et même tribu, celle des Lo-lo, s appelant Lo-lo p o, dans leur dialecte. Ils ignorent complètement la distinction de noirs et de blancs; distinction purement chinoise, comme j’ai pu m’en convaincre. Pour les Chinois de ces pays, ven effet, les «Lo-lo blancs» sont ceux qui habitent la plaine ou près la plaine, et qui, fréquentant davantage les marchés chinois, comprennent quelque peu la langue des Célestes et font parfois un semblant de toilette; les Noirs, sont ceux qui habitent la montagne, descendent rarement dans les marchés et ne s’occupent guère de toilette!

III. r>es ternies Hé Lo-lo (= Lo-lo noirs) et Pê Lo-lo {— Lo-lo blancs). 13

De même l’auteur du Tien TU, à la fin de son article sur les «Lo-lo noirs», semble ranger parmi les Noirs, les indigènes de T’ie-so, Pin-tch’ouan tcheou, Kou-ti 3, dont le pays était autrefois appelé «pays des brigands». 11 est certain cependant que les Lo-lo de là-bas ne sont pas des «Lo-lo noirs», c’est-à-dire des Lo-lo de la caste noble.

Quoiqu'il en soit, d’après les auteurs chinois*: «Les «Lo-lo blancs» occupent le dernier degré de l’échelle parmi les barbares étrangers. Il y en a dans les préfectures de Yun-nan, de K’ai-hoa, et de Kin-tong. Ils habitent dans les montagnes et les forêts de bambous, ou bien dans des hameaux. Les femmes se bandent les pieds.»

«Les «Lo-lo noirs» forment la classe la plus estimable des Barbares qui habitent sur le sol yunnanais. Leur langage et leur nourriture sont à peu près les memes que ceux de la population chinoise. Ils vivent répandus sur les territoires des préfectures de Yun-nan, K’iu-tsin, Lin-ngan, Teh en-kiang, Ou-tin, Ivouang-si, Tong-tch’ouan, Tchao-t'ong, Tch’ou-hiong, Chouen-nin, Mong-hoa, Li-kiang.»

D après ces auteurs, les Lo-lo noirs seraient, semble-t-il, la caste noble; et tous les autres Lo-lo seraient des «Lo-lo blancs». Je m’étonne cependant alors de voir ces auteurs disperser les «Lolo noirs» dans douze préfectures du Yun-nan, et les «Lo-lo blancs» dans trois préfectures seulement. Le contraire me paraîtrait plus vraisemblable.

Malgré les dires des auteurs chinois, je doute qu il y ait beaucoup de femmes se bandant les pieds chez les «Lo-lo blancs», à moins qu ils ne se soient à ce point enchinoisés. La chose existe, mais c’est 'tellement rare! Dans ce cas du reste, ces Lo-lo ont oublié même leur langue et ne se disent plus Lo-lo! Et même, parmi ces Lo-lo enchinoisés, le bandage des pieds chez les femmes est presque inconnu.

N’allez pas croire davantage, même sur l’affirmation des auteurs, que : «La langue des Lo-lo noirs ait quelque ressemblance avec la langue chinoise», à moins qu ils ne fassent allusion à la

v. Df.véria, l. c. p. 138 — 140.

Nom, division et distribution des Lo-lo.

ressemblance, quant au son, de certains mots, dans les deux langues.

Ainsi Y auteur de Tien-H i * nous donne trois mots lo-lo, à savoir :

Sa-p’o 4 = maître.

Tsou Ho r* == homme courageux.

Nè tè* = épouse principale d’un chef.

Sa-p'o est en effet le terme qui veut dire «maître» dans le dialecte A-HL — Il se change

en si-p o dans certains dialectes au Seu-tch’ouan;

en seu-p’a dans le dialecte Sa-gni ;

en sen-p’o dans le dialecte Lo-lo p'o:

en sè-p’oil dans le dialecte Ou-lou, etc.

Tsou ko. .1 ignore quel dialecte rend le mot «courageux» par ko ; la chose n’est nullement invraisemblable. Quant au mot «homme», «homo», il se rend en effet

par ts'ou dans le dialecte A-Hi;

Par H o dans les dialectes Sa-gni, Ko-p’ou, Ou-lou, Nap'ou, etc. . . .

par ts'a dans les dialectes Lo-lo p’o, Li-sou, Keu-seu, etc. . . .

par tch’a dans le dialecte Mi-si p’o. —

Nè tè. .Je ne connais pas de dialecte rendant par nè tè le tenue «épouse piincipale». La chose est invraisemblable cependant.

Généi alement les Lo-lo désignent 1 épouse principale sous le terme de «épouse grande»; et la secondaire par celui de «épouse petite». Ainsi, chez les Lo-lo p’o, mè vè-mo = épouse principale, mè jè-mo = épouse secondaire. Chez eux également, neu ou nè a le sens de «fille, femme»; mais n’est employé que dans les chansons et dans les noms de tilles. Ainsi la grande fille s’appellera souvent neu ta ; et la dernière fille se nommera neu dè.

vol. 37. Chapitre des Lou-lou.

ARTICLE IV

Des différentes espèces de Lo-lo , citées par les

auteurs chinois.

Les auteurs chinois mentionnent également des Miao Lo-lo 1, Hai Lo-lo 2, Kan Lo-lo 3 Sa-mi Lo-lo 4, A-tcho Lo-lo \ Lon-ou Lo-lo Sa-wan Lo-lo 7, A-ho Lo-lo 8, Ko Lo-lo 9, P’ou-la Lolo 10 *. — M. Cordier nous donne des fac-similés de ces figures représentant ces indigènes dans l’ouvrage chinois. Ces figures, inutile de le dire, sont de la haute fantaisie chinoise!

Egalement nous trouvons, dans «l’Histoire particulière du Nan-tchao» ** des A-wou Lo-lo u, Lao-wou Lo-lo 12, Cha-ni Lo-lo l3' A-hi Lo-lo 14.

Il ne serait pas impossible, je crois, d’identifier tous ces noms, qui sont: 1° ou des noms chinois, connus comme étant donnés à certaines tribus lo-lo; 2° ou de vrais noms indigènes de tribus lo-lo, parfois plus ou moins chinoisés. Ainsi, par exemple:

A. On trouve au Li-kiang fou des Lo-lo, appelés Miao Lo-lo 15 par les Chinois.

B. Les Lo-lo, aujourd’hui chinoisés de la plaine de K iu-tsin fou, qui originairement appartenaient à la tribu des Oa-lou, sont appelés, ou plutôt élaient appelés Hai Lo-lo 10 par les Chinois.

On les appelle aussi Pa Lo-lo 17, nous dit l’Histoire du Nan-tchao ***. Ces noms leur viennent de ce qu’ils cultivent les champs inondables. En effet, ces indigènes appellant l’eau hai, et les plaines cultivées pa.

* Cordier, l. c. p. 4.

** Traduction de M. Sainson, Imprimerie nationale. Paris MDCCCCIV, p. 166 et suiv.

*** Sainson, /. c. p. 167.

Nom, division et distribution des Lo-lo.

Liai et Pa, n’en déplaise aux historiens, sont des mots chinois et nullement lo-lo. Il y a ici confusion des auteurs, mais confusion intéressante à signaler:

H ai en chinois, au Yun-nan, veut dire «lac».

Pa §j veut dire «plaine».

Or, an pays de K iu-tsin lou, les Chinois pour dire «plaine», emploient le mot hai, an lieu du mot pa, usité partout ailleurs.

1 <ette anomalie chinoise vient évidemment de ce c[ue les rizières de la plaine de K iu-tsin gardent l’eau toute l’année et que la plaine ressemble toujours à un lac.

Quant aux Lo-lo de ces pays, ils appellent l’eau y-ddya ; les plaines a-djo et les lacs heu-ndyé.

C. Sur la route de ^ un-nan-sen à Ta-li, on couche le quatrième jour à un marché appelé Tchè-tse*. Là, on trouve une route qui va vers Cha-iu-kiou. Le long de cette route, on rencontre nombre de Lo-lo, appelés Kan Lo-lo par les Chinois. Egalement sont gratifiés de ce nom, les Lo-lo qui habitent la vallée de Kan hai tse, à 30 ly, S. O. de Chè-tse. Enfin les Ko Lo-lo dont je parlerai plus bas sont aussi appelés de ce nom par les Chinois.

D. Les S a- mi Lo-lo sont les Lo-lo Sa-mè de la plaine de Yun-

nan fou à l’Est, E. S. — M. Devéria** dit: Li-mei ;J| ^ ou Sa-mi , peu nombreux au àun-nan. Li-mei pourrait être

la ti anscription phonétique de Lemet, nom des sauvages de Xieng-khong . . .

Le caractère ‘/|| se lit sa au Yun-nan; et au lieu de Li-mei ou Sa-mi de M. Devéria, nous devons lire Sa-mei ou Sa-mi, les deux noms chinois qui en réalité servent couramment à désigner la tribu des Sa-mè de la plaine de Yun-nan fou.

E. Les A-tcho Lo-lo sont les A-djè p’o du Ali-lè hien. Le caractère tcho ^ se prononce tchè au Yun-nan. Les Chinois ne pouvant écrire a-djè, écrivent a-tchè.

F. Les Loü-ou Lo-lo , sont, je suppose, les Loii-ou p’o dont la tribu peuple les montagnes du Kouang-si tc-heou, à l’Est, N. E.

Les gens du pays prononçent Chè-tse.

IV. Des différentes espèces de Lo-lo, citées par les auteurs chinois.

de Tchou-uen, sur la route de Yun-nan-sen à Mong-tse par Mi-lé. Les Chinois les désignent aussi parfois sous le nom de La o-o u 1S.

G. Les Ko Lo-lo sont évidemment les Ko-p’ou du Seu-tsong bien, du Lo-p’in tcheou et du P’in-y bien; lesquels sont aussi connus sous les noms purement chinois de Kan Lo-lo , Kan-y 19 ou Kan-po lo 20.

H. Les P’ou-la Lo-lo sont une des tribus lo-lo bien connue des régions de Mong-tse et de K’ai-hoa.

/. Les Lao-wou Lo-lo sont aussi appelés Lo-ou 21 , dit l'Histoire du Nan-tchao*. 11 existe en effet entre Kouang-t’ong bien et les salines de Heou-tsin, une tribu lo-lo qui s’appelle Lo-ou p’o. Les Chinois les désignent sous le nom de Lao-ou, et les Lo-lo p’ o, leurs voisins, les appellent La-ou-tse. Les femmes Lo-ou ne portent pas le pantalon; le type est plus distingué que celui des Lo-lo p’o qui cependant n’aiment pas à passer pour des Lo-ou. Ils disent en effet couramment: «Nous ne sommes pas des Lao-ou ; nous sommes des Lo-lo p’o.»

J. Les Cha-ni Lo-lo. Le caractère cha >'®, se lit sa au Yun-nan. Les Sa-ni Lo-lo sont donc les Sa-gni p’a, connus aussi sous le nom simplifié de Gni ou Gni p’a\ et qui peuplent le district

de Lou-lan, etc.

K Les A-hi Lo-lo sont les A-hi p’o du Lou-lan tcheou et du Mi-lé bien. Les Européens écrivent souvent A-chi ou A-shi.

* Sainson, l. c. p. 170.

Bibliothèqi e Anlhropo.0. 1,5: Liétard, Au Yun-nan.

ARTICLE V

Des termes Hé kou-Veou (= Os noirs) et Pé kou-Veoti (= Os blancs), appliqués aux Lo-lo de

Seu-tch’ouan.

Il nous reste encore à examiner les termes chinois de Hé kou-t’eou 1 = Os noirs, et de Pé kou-t’eoii 2 = Os blancs.

Ces deux termes ne sont usités qu’au Seu-tch’ ouan, et au Yun-nan sur les frontières N. et N. O. N.

Je puis parler sûrement des Lo-lo du Seu-tch ouan, quoique ne les ayant jamais fréquentés. Aussi, dois-je dire d'abord que tous mes renseignements à leur sujet me viennent du Père Joseph- Eugène Martin (né en 1853; du diocèse de Lyon, des Missions- Etrangères de Paris; parti pour le Seu-tch’ouan méridional en 1876). Le P. Martin, depuis 18 ans missionnaire chez les Lo-lo du Seutch’ouan, en connaît parfaitement et la langue et les mœurs. Ses cahiers, tant au point de vue linguistique que ethnographique, sont nombreux et on ne peut plus intéressants. Mais c’est un humble que ce bon Père ! Il semble avoir horreur de la publicité. Nombre d’explorateurs, heureusement pour la science, ont pu puiser à ses sources; entre autres, Baber; et plus récemment, le Dr. Legendre, M. Bons d’ANTY, et M. d’OLLONE.

Je ne désespère pas de voir le P. Martin nous donner luimême et sous peu une étude ethnographique et linguistique sur ces Indigènes si intéressants par eux-mêmes et que lui seul, jusqu’aujourd’hui, peut connaître sérieusement. Ce missionnaire réside actuellement à Gyé-lé o-ka (en chinois Lo-tse keou), à 60 ly de Tou-lin, rive droite du T ong-ho.

Disons d’abord qu’au Seu-tch’ouan, il y a 1° les Lo-lo indépendants, ou Man-tse; et 2° les Lo-lo soumis. Les premiers

VT • : t , ? - . - , .

V. Des termes He kou-Ueou et P<; kou-V eou appliqués aux Lo-lo de Seu-tcli’ouan. 19

occupent l’intérieur du Léang-chan; les seconds entourent le Léangchan sur ses quatre faces. Parmi ces derniers, nombreux sont ceux soumis seulement en apparence. Le gouvernement chinois à donné des globules à certains d’entre eux, qui répondent de l’ordre sur les frontières. Cette soumission est bien factice, mais elle contente l’orgueil chinois.

Disons ensuite que, tant parmi les Indépendants que parmi les Soumis, il y a trois castes, à savoir: 1° la caste des Hé-y , appelée communément «caste noble»; 2° la caste des Pé-y , que j appellerai «caste moins-noble»; et 3° la caste des esclaves, d’origine purement chinoise.

Ceci posé, l’expression Hé koii-t’eou , me dit le P. Martin, est purement chinoise, et je n’en ai pas trouvé trace en langue lo-lo. Les Chinois s'en servent souvent pour désigner la caste noble, soit chez les Indépendants, soit chez les Soumis.

Dans ce cas, Pé koii-t’eou désigne la caste moins noble, et même la caste des esclaves.

Mais par vanité ou par mépris, ils donnent de préférence ce nom de Hé kou-t’eou aux seuls Lo-lo indépendants, sans distinction de castes. Régulièrement, dans ce sens, ils devraient dire Seu Lo-lo 3 = Lo-lo crus, c est-à-dire indépendants, par opposition à Chou Lo-lo 4 = Lo-lo cuits, c’est-à-dire soumis à la Chine: et de fait, ils disent souvent ainsi sans que ces termes atteignent la distinction de castes.

C est donc à tort que M. Bons cI’Anty* dit: «Chevelures brunes, traduction du nom ethnique particulier que se donnent les Lo-lo noirs» [nom inexactement rendu par Baber sous l’appellation incompréhensible d’Os noirs!].

«Os noirs» désigne donc parfois dans une bouche chinoise les Lo-lo de caste noble, tant des Indépendants que des Soumis; alors, «Os blancs» désigne les autres Lo-lo de castes inférieures, également tant des Indépendants que des Soumis.

Mais plus généralement, «Os noirs» désigne tous les Indépendants, et «Os blancs», les Soumis à la Chine.

Page 1