V. CORDIER, 1. C. p
Nom, division et distribution des Lo-lo.
C. Les Na pou au Yun-nan, ont eux aussi, comme les Noirs du Seu-tch'ouan, la manie de vouloir posséder des esclaves. Ces esclaves des deux sexes sont, d’après ce qu'on m'assure, des enfants chinois achetés en bas âge. De ces esclaves, beaucoup prennent la fuite, quand ils sont devenus grands. Les Na p’ou trouvent même à acheter comme esclaves des enfants d’autres tribus lo-lo; ce sont ordinairement des bêtas dont les parents se débarrassent à prix d’argent!
Ces esclaves, eux aussi, peuvent donc, ici comme au Seutch'ouan, faire souche et à la longue passer comme véritables Lo-lo, aux yeux des étrangers. Ils sont toujours rangés, en langue chinoise, dans la vague catégorie des Pé-y. En lo-lo, ils prennent le nom de la tribu chez qui ils habitent, et ils se désignent et sont désignés aussi sous le nom générique de Na-seu p’ou. Mais un pur Lo-lo ne s'y trompe pas!
Plus souvent cependant, ils se désignent en lo-lo sous le nom de «hommes de telle tribu».
Je connais, par exemple à Long kai, dans la sous-préfecture de Pin-y, une famille de Hé-y qui possède de ces esclaves, passés actuellement à l'état, de serfs. Cette famille Hé-y et tous ses parents se disent N go p’oil; et les familles de serfs à leur service se disent Ngo sou.
Ngo p ou — Hommes Ngo.
Ngo sou = Hommes des Ngo.
Sou dans la langue de ces Ngo est le même- que le seu de Lo-lo seu; sans doute le même que su de No-su. Mais dans N go-sou, il joue le rôle de substantif. Ngo est alors au génitif*.
On me dit que du côté de Hoang-gni ho, mais sur le territoire du Koui-tcheou, il y a tout un groupe de Lo-lo esclaves,
* J’ai parlé plusieurs fois d’esclaves ou de serfs. J’entends pas «esclave» chez les Lo-lo, l’individu volé ou acheté, servant sans rétribution son maître par lequel il est simplement nourri, et dont il est la propriété pure et simple. Par «serf», j’entends ce même individu, à demi-libéré par son maître qui lui donne des terrains à cultiver pour son propre compte, avec seule condition de lui payer une redevance annuelle. Est «serf» aussi, à mon sens, tout Lo-lo qui, sans avoir été précédemment esclave, fait cependant les terrains d’un autre avec charge de payer une redevance.
devenus serfs. Les Ko pou de lé-chen pin les appellent Tchci poil, mot qui signifie directement «esclaves». Mais, ajoutent-ils, ils n’oseraient les appeler de ce nom, en face.
J’ai déjà dit plut haut tout ce que je connais des Lo-lo du Ivoui-tcheou. Mes connaissances à ce sujet se réduisent à fort peu, comme il est facile de le constater.
Pour les Lo-lo du Bas Yun-nan et ceux des préfectures de Tchao-t’ong et Tong-tch’ouan, je ne suis guère mieux renseigné.
En 1878, Mgr. Ponsot, Vicaire apostolique du Yun-nan, écrivait en parlant du district de Tchao-t’ong: «La tribu qu’on appelle Y-jen comprend les Indigènes du pays. G est un peuple à demi-civilisé que les Chinois ont subjugué et qu ils méprisent cordialement, quoiqu’ils soient loin de le valoir sous le rapport des mœurs et de la franchise. Les Y-jen se composent de Hé-y et de Pé-y. Les premiers sont les Nobles ou Seigneurs, possédant d immenses territoires que cultivent leurs esclaves appelés Pé-y.»
C’est peu comme renseignements ethnographiques! Cependant, nous pouvons déduire de là: 1° que ,1a tribu des Noirs est fort bien représentée dans ces pays; 2° que là-bas, les esclaves sont gratifiés du nom de Pé-y en chinois.
Mais n’y a-t-il là-bas que des Hé-y et des Pé-yï Tous les Pé-y sont-ils esclaves ou serfs? De quels noms se gratifient dans leur langue ces Hé-y et ces Pé-y ? Voilà qu’il serait intéressant de connaître! M. d'Ollone, je crois, est passé par la en 1907. 11 n'aura pas manqué d’étudier sérieusement ces questions. Attendons donc l’apparition du résultat de ses travaux.
Pour la position de ces Lo-lo du Bas- Yun-nan, du Tchaot’ong fou et du Tong-tch'ouan fou, je me suis adressé au P. Legarrec, missionnaire au Yun-nan, qui a longtemps vécu dans ces régions. Je crois bon de donner ici ses renseignements pour les explorateurs qui, à l’avenir, voudraient étudier ce peuple. Au moins, sauront-ils où le trouver.
On comprend sous le nom de Bas- Yun-nan tout le bassin du Houen kiang et de ses affluents. On y joint généralement la partie méridionale de la sous-préfecture de Uin-chan, à cause de l’analogie du climat et de la population. Le Bas-Yun-nan
Nom, division et distribution des Lo-lo.
comprend tout le pays au nord d'une ligne tirée de Ta-tsin pa (sur le Fleuve Bleu au N. O. de Tchao-t'ong), à Y-leang tcheou et Tchen-hiong bien (situés à Fest de Tchao-t'ong); autrement dit, il comprend toute la préfecture de Tchao-t'ong, à l’exception de Lou-tien t in et du haut plateau, qui appartiennent au climat sec.
Les Lo-lo sont assez nombreux dans la préfecture de Tchao-t'ong, où ils habitent surtout les sous-préfectures de Tchen-hiong et de Uin-chan. Ils sont un peu plus rares dans les sous-préfectures de Ta-kouan, de Lou-tien et de Nguen-ngan. La proportion des Lo-lo aux Chinois- est à peu près la même dans la préfecture de Tong-tch’ouan. Les Lo-lo, en général, sont plus nombreux au Kiao-kia t’in que^ dans le Houi-tsé hien, où on les rencontre surtout du côté du Koui-tcheou.
Des deux côtés de la grand-route, en venant de Su fou à Tchao-t'ong, les Lo-lo commencent à partir de Lao-oua t’an. Je ne me rappelle pas en avoir rencontrés plus au nord.
De Tchao-t’ong en allant vers Tong-tch’ouan, vous passez à Ta-choui tsiii, dont les montagnes environnantes sont peuplées de Lo-lo. Je dirai la même chose pour les montagnes de Y-tché-suin; mais là les Lo-lo ont une forte tendance à se chinoiser. Ils ont presque oublié leur propre langue, la plus sure garantie de leur nationalité, l’unique moyen de conserver leur caractère propre. Et je dirai la même chose encore poulies montagnes du Tong-tch’ouan fou.
ARTICLE IX
Les tribus lolo en Yun-nan.
Au Yun-nan, on ne peut pas dire que la tribu soit, comme au Seu-tch’ouan, une famille. On ne peut pas davantage donner à ce mot le même sens qu’on lui donnait chez les anciens, ou chez certaines tribus nomades, comme les Arabes et les Indiens. Là, ce mot «tribu» impliquait en soi un principe d’autorité sur l’ensemble du groupe et solidarité entre ses divers éléments. Ici, rien de pareil; indépendance complète, et pas de chef, au sens propre du mot. Dans la même peuplade, les villages conservent chacun leur autonomie et ne se groupent nulle part sous une autorité. Dans le village même, les habitants sont tout-à-lait libres les uns vis-à-vis des autres.
J’entends donc par tribu, un groupe de personnes qui portent le même nom générique, qui parlent un même dialecte, revêtent le même costume, et surtout qui se marient entre eux. Un A-hi, par exemple, épousera une A-hi , un Sa-gni, une Sa-gni, un Lo-lo p’o , une Lo-lo tno etc. Il peut y avoir des exceptions surtout sur les confins de deux tribus; mais ces exceptions sont rares, très rares même.
A. Tribu Na pou.
Les Na, que les Chinois appellent Hé-y , semblent être fort nombreux dans le Tchao-t’ong fou, ainsi que je 1 ai dit plus haut.
On les rencontre ensuite entre Tchao-t’ong et K iu-tsin, mais alors plus disséminés et même famille par famille, dans des villages peuplés d’autres tribus lo-lo, ou même de Chinois,
Nom, division et distribution des Lo-lo.
à qui ils louent des terrains. Cela ne les empêche pas d’avoir encore leurs esclaves.
On en retrouve ensuite quelques villages dans le Y-leang hien et le Lou-lan tcheou; et enfin une grosse agglomération au pays de Cheu-pa-tchai de la sous-préfecture de Mi-lé.
IK sont doués partout d un protond orgueil; les autres Lo-lo les craignent et les détestent. Ils se croient supérieurs à tous les autres Lo-lo; et quand, ayant besoin d'argent, ils vendent des terrains, ils s adressent toujours aux Chinois plutôt que de vendre aux Lo-lo, même offrant un meilleur prix. Ils ne s allient qu entre eux. Parfois cependant, ils prennent femme dans la tribu des Ko poil. Quand ils ne trouvent pas femme chez eux ou chez les Ko p ou, ils préfèrent prendre une Chinoise plutôt qu une femme d autres tribus lo-lo. Ce cas est excessivement rare toutefois.
B. Tribu Ko p’ou.
La tribu des Ko, que les Chinois appellent Kcin-y ou Kcin-po-lo, habite, me dit le P. Henri Maire, dans la sous-
préfecture de Lo-p’in, celle de Seu-tsong et un peu au Kouang-si tcheou.
Ils se divisent en Blancs (Ko té) et en Noirs (Ko na). Ceux de Tou-dza (en Chinois Tou-tsa) sont des Ko na. Les Ko té sont dans la sous-préfecture de Lo-p’in et dans la partie sud du Seu-tsong hien.
Ces Ko p’ou sont également représentés dans la souspi électui e de Pin-y, à un jour au sud-ouest, dans les environs
de I é-chen-p in. Là, ils ignorent la distinction de Blancs et de Noirs.