Animaux domestiques
Les Lo-lo p'o élèvent des bœufs ( no-nyi ), des ânes (ta-lo), des chevaux (mou) et des buffles ( è-lè ), dans la plaine. Beaucoup de familles possèdent une ou deux juments (mou mo). Ils nourrissent des porcs (vè), des poules (yi), des moutons (y a) et des chèvres (a-tcheu), en grande quantité.
M. Soulié* dit p. 18: «Au Yun-nan ... les chèvres ne font pas l'objet d’un élevage très-important.» C’est une profonde erreur. L'élevage des chèvres est une spécialité chez presque tous les Lo-lo du Yun-nan; et cet élevage est au Yun-nan beaucoup plus considérable encore que celui des moutons.
A l’extérieur des maisons, on voit souvent, appliquées contre un mur, ou au pied d’un gros arbre, des parties de troncs d’arbres creusées, fermées aux deux extrémités avec de la glaise, et percées d’un petit orifice au milieu. Ce sont des ruches. La cire est échangée contre du sel, le miel excellent est consommé par les indigènes eux-mêmes.
Les chiens ( a-no ), gardiens de la maison et des troupeaux, sont bien soignés, comme les chats ( v ou-mi ) aussi.
Chaque jour, du matin au soir, les troupeaux de bœufs et de chèvres, sont conduits à la montagne pour pâturer. Le métier de pasteurs est dévolu aux deux sexes indistinctement. Dès l’âge de 7 à 8 ans, les enfants font paître les animaux; ils vont ordinairement par groupes de 3 ou 4, avec une personne plus âgée.
Les Lo-lo p’o ne traient ni les vaches ni les chèvres; encore moins donc font-ils usage de lait ou de fromage.
Je ne connais guère du reste que la tribu des Sa-gni , ayant la spécialité de traire les chèvres, et de faire un excellent fromage avec leur lait. j
Chez les Lo-lo p’o, l’élevage des cochons se fait en grand. On échange les petits contre du sel apporté de Pé-ien-tsin par les Chinois. Chaque jour, de midi à trois heures, on mène paître les cochons. C’est une corvée réservée à la vieille qui reste à la maison pour faire la cuisine.
* La Province du Yun-nan. Hanoï-Imprimerie d’Extrême-Orient 1908#
Vie physique des Lo-los.
Ils châtrent eux-mêmes la plupart de leurs animaux. On châtre surtout les boucs (a-tcheu dè ), 8 ou 9 mois après la naissance, les cochons (vè mi), 4 ou 5 mois après la naissance, les taureaux ( no-nyi dè-hè), après deux ans, les coqs (yi mi) à 5 mois.
Ils ne mangent pas la viande de chien, pas plus que celle de chat ou de cheval. C’est par simple répugnance, et nullement par interdiction rituelle. Dans certaines tribus, cette répugnance n’existe même pas, et cependant, même dans ces tribus, ce ne sont que quelques individus qui mangent de cette viande de chien.
Quoiqu'il en soit, ainsi que je l’ai déjà dit, chez eux, le chien est bien traité, à cause des services qu'il rend comme gardien des maisons et surtout des troupeaux.
Bien plus, à la fête de la nouvelle récolte, et dans certains villages, le jour du nouvel an, et le jour où l'on tue le cochon du nouvel an, on nourrit les chiens avant les gens, et cela, en souvenir et en reconnaissance d'un signalé service rendu par un des leurs à l'humanité souffrante.
En ce temps-là, disent les Lo-lo p’o, nos ancêtres n'avaient à manger que des herbes, des feuilles et des racines. Ils n’avaient pour se vêtir que des feuilles d’arbres. Ils avaient faim, et les chiens aussi souffraient du même mal.
Or, un chien fut assez mâlin pour monter au ciel, où il implora le secours de Dieu pour les hommes et pour lui. Et Dieu lui remit des graines qu'il apporta aux hommes pour les semer.
En reconnaissance de ce signalé service, chaque année en la fête de la nouvelle récolte, les chiens sont nourris les premiers et ont de la viande, eux qui, le reste du temps, doivent se contenter des os. Et c’est très-sérieusement que les Vieux, avant de se mettre à table en ce jour, disent aux enfants: « Dzo-cheu a-no von tsè-la; ya-lo a-heu tcho = les choses que nous mangeons, c'est le chien qui nous les a apportées; c’est lui qu'il faut d’abord nourrir.»
Cette coutume existe également, me dit-on, chez les Chinois du pays de K iu-tsin. Qui du Chinois ou du Lo-lo l'a empruntée à son voisin? — J’ignore!
Dans tous les pays, les chiens chassent instinctivement les chats. Pour leur faire passer cette habitude, les femmes lo-lo ont