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III. Religion des Lo-los

On me dit qu’elle existe aussi au pays de Yang-pi, où après le sorcier, la sorcière doit à son tour monter à l’échelle. Là-bas, ils reçoivent à deux 3600 sapèques.

Cette superstition me paraît bien indigène et nullement chinoise ni min-kia. A la vérité, au pays de Kou-ti, les Min-kia du village de P’an-k’eou ts’uen font faire cette superstition une fois tous les trois ans. Cela m’a tout l’air d’être chez eux l’accomplissement d’un vœu. Ils sont persuadés qu’en l’omettant, nombre d’épidémies surgiraient dans leur village. Mais ils invitent pour la circonstance des sorciers lo-lo ou li-sou.

Chez les Lo-lo p’o, quand donc pour une grande maladie, ou une épidémie, la sorcière a indiqué ce genre de superstition, au jour convenu, tous les hommes du ou des villages préparent une échelle, dont les échelons, au nombre de 36, sont faits avec des couteaux. Les deux montants de l’échelle sont réunis en haut par une planche, large comme la main. A chaque montant est attaché un petit oriflamme.

Le premier échelon du haut est un couteau hache-paille. Les autres échelons sont des sabres, sauf 6 échelons du milieu, dont trois sont faits chacun de deux sabres entre-croisés, et trois autres sont faits de tranchants de cordonnier réunis en forme d’éventails ouverts. Tous les sabres, couteau, et tranchants, sont aiguisés le matin même par les gens du village, et sont montés sur l’échelle tous les tranchants en l’air. Cette échelle n’est pas adossée à un mur. Elle est déposée toute droite sur une petite table, retenue par quatre cordes, prenant le sommet de l'échelle, et fixées en bas à des piquets solidement enfoncés en terre aux quatre coins cardinaux.

Pour accéder à l’échelle, c’est-à-dire en face de la table, on fait trois escaliers, mais chaque escalier est un soc de charrue, chauffé à rouge, et posé là, la pointe en l’air, juste au moment où le sorcier se décidera à monter.

Pendant ces préparatifs, le sorcier récite ses formules en gambadant devant ses poussahs (car il fait des poussahs pour la circonstance). Il porte sur le dos une sacoche dans laquelle se trouvent 1 coq, 36 pains fourrés au sucre, et des bonnets d’enfants.

Vie psychique des Lo-los.

Il invoque tous les esprits-protecteurs du pays, à savoir pour le pays de Kou-ti:

Tch’en hoang lao yé.

Tong fang ta fou lao yé.

Lan fang tclïao tche jen VL Pe’long tsiang kuin.

SI fang ta chen oui lin.

P o p’an kin ti.

Pefang se fou lao yé.

Yang die kin ti.

Tchong yang eut fou lao yé.

Yn pou kin ti.

Il leur demande de lui protéger les pieds. Puis, bientôt, il est pris de frissons semblables à ceux de la fièvre.

Alors il s approche de l’échelle. Trempant son couteau de

sorcier dans une espèce d’eau lustrale, il asperge l’échelle et les environs.

Il enlève ses sandales, et commence son ascension en passant

pai les socs de charrues. Il monte lentement, s’arrêtant à chaque échelon.

Arrivé au sommet, il s assied sur la planche, ses pieds reposant sur le couteau hache-paille.

Il invoque les esprits-protecteurs des quatre points cardinaux

protéger tel et tel village. Voici:

et leur demande de

Tong chen chen tcheou.

Nan tchang pou tcheou.

Si niou ho tcheou.

Pé ku long tcheou.

Ta-ts’in koué, Yun-nan.

Ta-li fou Pin-tch’ ouan tcheou Tche hia, tch’e che ngai.

P’an-k’eou ts’uen, tien- oui.

Ku tchou, eul ts’uen.

Pao-iou ts’in tsin. — P’ in ngan.

11 jette alois dans toutes les directions ses pains fourrés et ses bonnets d’enfants, qui sont à qui les attrape; il jette aussi son

coq, qui est recueilli par les chefs du village et est gardé pour le sorcier.

Et le sorcier redescend du côté inverse, toujours en s’arrêtant sur chaque échelon.

Et sa course achevée, ses pieds ne semblent nullement avoir souffert du tranchant des couteaux. Et cependant, en tout ceci, après avoir souvent scrupuleusement tout observé, je n’ai découvert aucune supercherie.

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