‹ Auber, biographie critiqueChapitre 1 sur 18 · Auber, biographie critique · texte numérisé non relu

Auber, biographie critique

Il [tt'iil sfiiihlt'i- t<''ni»''rain' aiijourd liiii d t''\()(|ut'r Ir souvenir (l'Auber, de consaci'ei" tout un \oknne à sa personne et à ses OHivres, de reconstituer sa j)iivsiononiie artistique et de louer sa valeur musicale, alors que depuis longtemps il n'existe plus, — si même il a jamais existé, — ne manqueront pas d'ajouter ironiquement ses ennemis. Ceux-ci ne le ménagent point, en effet : moins nombreux, certes, que ses amis, ils parlent plus haut, et soutiennent leur opinion avec plus de vigueur. Foi-ts de leur autorité, car plusieurs d'entre eux sont gens de savoir et de renom, ils font bon marclit' de la gloire acquise et des talents reconnus ; c'est ainsi que dans certains livres d'enseignement parus naguère, on nous montre laulcur de Fra Diarolo réduit ])res(|ue à l'état de (juaiilili' négligeable: on nous le ]»résente comme ini bourgeois sans idéal, serviteur aveugle de formule^ surannées, sans intérêt ni valeur.

A soutenir la thèse contraii'c. \u It-nergie de l'alta(|ue. on ris(|ue de passer pour un simple laudalor /r/n-

poris acti, un réactionnaire ou un rétrograde. Dès lors, peut-être n'oserais-je vraiment point tenter l'épreuve, si je n'avais pour me soutenir. Tappui d'un maître dont l'opinion ne saurait être ni suspect*' ni arriérée, car il fut, celui-là. plus i|ui' <le son temps ; il l'a devancé ; il a écrit la musique de lavenir, devenue celle du présent; il a courbé le monde musical sous le joug" de son génie, et ses adversaires eux-mêmes lui ont rendu hommage : il s'appelle Richanl Wagner.

()i'. si je liai pas i-ffiifilli ilireclement de sa bouche le propos que je vais rapporter, je le tiens d'un intime ami, d'un confident de ses pensées, de Hans Richter qui eut l'honneur de diriger pour la première fois la Tétralogie à Baviculh. .le (b'-jeunais un jour avec lui, et, le nom d'Auber ayant été prononcé au cours de la conversation, il le souligna de ces simples mots : « Un grand musicien ! » Comme je métonnais d'une exclamation aussi llatteuse : « Oui, reprit-il avec force, un grand musicien et \Yagner lui-même me la dit ! » Je l'entends encore insister, de son rude accent tudes([ue : « ./«, ja^ ein c/rosser Musiker I *)

Voilà ce que pensait l'allemand Wagner, et voici comment s'exprimait l'italien Hosslni. certaine fois oi^i l'on parlait devant lui d'Auber et de sa petite musique : « Oui. lit-il, petite musique d'un grand musicien! »

Le même témoignage rendu par deux bouches, aussi difîérentes, a déjàbienson ])ri.\ Un autre, non moins probant, est celui delà foule, sous la forme du succès populaire, quand cette faveur, par sa continuité, ne saurait se

confondre avec le caprice de la mode ou l'eng-ouementd'un jour. Sans doute, en notre pays, la vogue des opéras d'Auber a beaucoup diminué. La musique s'est engagée dans une voie, oii de rudes coups leur ont été portés; ils ont résislélongtemps, maisleur éclat a pâli ; l'Opéra-Comique semble ne plus admettre que le Domino noir h la faveur d'un dernier abri. L'Allemagne, d"où cependant est parti le mouvement révolutionnaire de la musique contemporaine, se montre moins oublieuse et plus éclectique. Elle ajoute à ce cbef-d'œuvre, le Maçon, et même la Pari du Diable, sous le titre, parfois, de Carlo Broschi; (die se rappelle le Lac des Fées ; elle inscrit /« Muette de Portici au répertoire de toutes ses scènes d'opéra, elFra Diavolo compte, cbaque année, dans quelque ville une série flatteuse de représentations. Les constatations de ce genre ne sont pas négligeables, quand elles se produisent plus d'un demi-siècle après la naissance des ouvrages, et plus d'un siècle après celle de l'auteur. Aussi, lorsqu'une telle ligure d'artiste se présente à nos yeux, il ne convient guère de détourner la tète avec indillerence ou dédain. Avant d'en prendre ja mesure, il faut s'incliner d'abord, et saluer avec respect.

Page 1