LES DEBUTS D'UN AMATEUR
Auberest né à Caen le ^9 jan\ier 1782; mais le, basard seul valut à cette \'ille l'iionneur de<H)inplei- un niiisicieu
ilIusliT ])aiiiii ses enfants. La famille vo\as^eait pour son plaisir, et c't'sl en cours de route, peut-être même en (liliiience, a-Ion raconté, que le futur g'rand homme vint an mondf. Haplis('' le Icudmiain de sa naissance à léi^lise Saint-.liilicn. il reçut les prénoms de Daniel- Franrois-E.<>prl/. el. cdunne la dit ingénieusement Eugf'ne de Alirecourt : « On poui'rait croire, si le règne des fées durait encore, (jiic lime d'elles a voulu lui servir de marraine, alin de joindre à son acte de naissance un nom pro[)liéti(]ue. » ('contrairement à Grétry (jui s'apptdait 3/oc/<'.s7(" et ne l'était liuère, Auber eut, en elfet, de l'esprit, beaucouj» d esprit et du nu'illeur. dans ses projios comme dans sa musicjue, depuis son entrée dans la carrière jus(|u au dernier joui' d'une existence (|u dépassa, on le sait, les limites ordinaires de la vie humaine.
Il appartenait ;i mie famille aisée, de goûts artisti(|ues, prescjue aristocratiques. Le grand-père, Daniel, normand d'origine, était venu chercher fortune à Paris, et, « peintre du Roi ». avait pour mission de sculptei' et (h»rer les carrosses de Sa Majesté Louis XVI. Le père, Jean-Baptiste Daniel, officier des chasses royales, demeurait à Paris, au faultourg' Saint-Denis, dans les bâtiments qui dépendaient de la couronne et s'aj)pelaient « les jietites écui'ies du Roi ». Il transmit à son lils. (|ui devait dcNciiir lillu^lre conijtosileur, et son anmin- de ré(|uitation et sa passion pour la musi([ue, passion ([u'atleste, à défaut d'autre témoignage, son entrée dans la Société académi(jue des Enfants d'Apollon, en 1784,
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non seulement comme peintre, mais aussi comme « amateur de chant et de violon. »
La Révolution vint bouleverser la situation de la famille, supprimer les emplois, réduire les ressources pécuniaires et imposer un métier (|ui permit d'élever les quatre enfants, trois lils et une fille.
L'oflicier des chasses se fît éditeur, et ouvrit, rue Saint-Lazare, un magasin d'estampes, à la faveur duquel il put traverser sans trop d'encombrés l'époque de la Terreur ; il connut môme, sous le Directoire et le Consulat, une certaine prospérité commerciale, eut un salon (|ue fré(juentaient des arlistes de tout genre, et parvint à compléter de la façon la ])lus brillante l'éducation du futur grand homme Celui-ci, à seize ans, devait passer pour un adolescent accompli ; il jouait du piano et du violon, avant l'eçu les leçons de Ladurncr, jjour l'un et de son pèi'e pour laulre: il pouvait cliante'r, car un baryton célèbre, Martin, (''lait ami de la maison et n'avait pas manqué de lui donner des conseils : il savait même l'italien, connue le prouvent quelques-unes de ses premières compositions ; car déjà, sans rien pressentir des lauriers (jue la musi(|ut'lui réservait, par distraction, pai' élégance, il se plaisait à noter (jutdcjues mélodies. C'est là même tout le bagage que lui attribuaient Choron et Fayolle dans leur Dictionnaire, paru en 1810 : « Auber, dit le j)etit .\ubei'. a com|)Ost'' plusieurs niidodics. dont une, le Bonjour, a obteiui ini succî's de vogue ». Je puis compléter ce rtuiseigncment sonnnaire, en donnant au moins les titres de quelques-unes, sinon de toutes, car
les exemplaires iiravés ne se rencontrent plus ytière. et je les connais seulement, saut' /e Bonjour, sous la forme Je copies. Elles s'intitulent : le Dieu d'amour, le Bonjour, Fauvette, Serment d'amour. Partout, et le Berger. la seule dont l'auteur des paroles nous soit révélé. M"" Georgeon. <Jur dire, au sui|iliis. de ces j-omances si l'e n'est (ju elles oUreiit seuleineiil un inli'i'èt de curiosité hislori([ue '.' La naïveté de lainusi(jue s'allie à celle de la poésie ; 1 ensemble répond à ce genre de sensibilité qui plaisait alors, et dont l'intérêt nous échappe : on trou\ait cette grâce aimable, elle nous semble tade et ni.iise aujourd'Iiui.
Le preuiier ou\rage d'Auber au(|uel puisse s'appliquer une date certaine est un grand air italien pour voix de lénoi'. .\nn s r p/if harharo, avec récit obligé et accoinpaiiiiement d'orcbestre (quatuor, deux flûtes et deux corsy. Le manusci'it original poiie ce titre et cette date : « Scena ed aria del signor Aubei' (ils 1798. » A l'actif lie lauiii-e sui\ante, il faut inscrire un autre aii' italien, Brndi ml il /iijlto inio, et deux Quatuors pour instruments à cordes. En 1800, se place une « première Sonata » pour piano en ut, et, vers le même temps sans doute, une Scène dont la susdite M'"" Georgeon avait encore éciit le texte, Procris, pour soprano, avec accompagnement de ([uatuor. Il ne faut cbercber \h ([ue les témoignages de pieuse adnnration pour des modèles devenus classiques. Les Airs « sérieux », précédés d'un récitatif largement déclamé, s'inspirent moins de Gluck que de Picciimi. et surtout de Saccbiui. ibmt \ (jEdipe à Colone
jouissait alors d'une m-andf j)0[)iilai-ilé. Ouanl aux Ouatuors, ils peuvent passer ])Our un (liiiiinulil de ceux d'Haydn, fort à la mode dans tous les cercles musicaux de la capitale, et cela se conçoit. Sans autre guirle que son père, le jeune Auber axail étudi»' (|uel(|ues (cuvres de maîtres; il en avait reproduit les ioi'ines, sinon l'esprit.
Un séjour de seize mois à Londres fui la seule absence un peu longue qu'il se permit au coui's de son existence, car il était pai'isien dans l'àme. et se refusa toujours à dépasser les environs de la capitale, à plus forte raison les frontières du pays. Mais les exigences ])aternelles lui avaient imposé ce voyage en Angleterre ; il devait s'initier aux alFaires. pour pouvoir reprendre, uu jour, la maison d'estampes, prati(juer la tenue des livres, et se familiariser avec une langue utile, indispensable même à tout commerçant, La rupture du traité d'Amiens força le jeune lionnne de vingt ans à jevemr en France.
11 rapportait, à défaut de connaissances spéciales en ïnatière de commerce ou de banque, ces qualités extérieures dont ne s'enorgueillit pas sans cause le peuple britannique, car elles répontlent ii un étal noruial. vv ranl , cette respectdhUil 1/. ce soiu de caclier ce qu'il est sans profit de montrer, cette discipline du corps et de l'espi'it (jui lixe la tà(die (juotidienne, épargne la peine iiuitile, mesure la juste \aleur des liommes et <les cboses en liroportioiniant l'ellct au résultat, cette attention à Tie pas tirer vanité de son uit-lier ou de son succès, à dissimuler autant (|ue possible le I ra\ a illriir poin- ne laisser
voir que le gcnthinan. Cette rég-le de conduite. Auber se rimposa toute sa vie en y joignant la pointe de galanterie qui lui était propre, et le trait malicieux ou léger dont s'agrrémentait sa conversation. Les circonstances de la vie l'amenèrent à faire plus tard par nécessité ce qu'il avait fait d'abord par plaisir : la musique au temps de sa jeunesse, ne fut qu'une distraction où ses goûts élég^ants trouvaient à s'appliquer.
11 composait alors, sans souci de la renommée, pour pour avoir le droit de fréquenter dans les salons parisiens, et de se lier avec les notabilités de l'art ou de l'aristocratie,, qui ne restait pas indifférentes à ses mérites et le recherchaient volontiers. C'est ainsi, par exemple, qu'il lut mis en rapport avec un violoncelliste, renommé à cette époque, et qu'il lui rendit le service d'écrire une bonne partie de la musique qui parut sous son nom chez Pleyel. 11 existe notamment trois Concertos sig^nés de Lanuue : le premier en la mineur, dédié àRode, le secoad en ?'éf, dédié à Baillot, le troisième en .s? bémol, dédié à Girod de Viennev ; tous les trois doivent être restitués au jeune Auber. L'année suivante, en 1805, et toujours par la voie momlaiue, il aborda le théâtre. Il existait alors chez Doyen, rue des Francs-Juges, au Marais, une petite société d'amateurs qui se réunissait, à certains jours de la semaine, pour faire de la musique d'ensemble ; l'idée leur vint de s'élever jusqu'aux hauteurs de l'art drainât i(|ut'. sans doute parce que le hasard avait mis des interprètes à leur disposition ; un spectacle fut organisé, et, comme on n'avait sans doute pas le temps
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de combiner une pièce nouvelle, on reprit un vieux livret de Monvel, déjà traité par Dezède, et Auber se chargea de le mettre en musique avec les seules ressources instrumentales de la Société, c'est-à-dire deux violons, deux altos, un violoncelle et une contrebasse. L'œuvre bien simple, d'ailleurs, et presque uniquement composée d'ariettes à la mode du temps, fut jugée charmante et obtint un vrai triomphe. La plupart des biographes, en la signalant, l'ont appelée Julie, et se sont trompés. Julie comporte trois actes, et la pièce représentée chez Doyen n'en comportait qu'un. Au surplus, l'autograpiie que j'ai entre les mains ne laisse pas de doute, et son titre est F Erreur d'un moment .
En 1806, un succès plus llatteur encore par le milieu dans lequel il se produisit, accueillit son Concerto pour violon, en ré. Mazas l'exécuta pour la première fois dans un exercice des élèves du Conservatoire à l'occasion de la distribution des récompenses annuelles, et fit applaudir des qualités de grâce, d'adresse aimable, d'esprit même qui pouvaient éveiller le souvenir d'Haydn et de Boccherini. Dans la même séance figurait un autre ouvrage qui relève de la même esthétique et doit se rapporter ;i la même époque, un trio en rê, pour piano, violon et violoncelle, qui, du reste, a été gravé plus tard, comme op. I, chez Lavinéc. avec dédicace à M"" B. D. Alpy. A cette période enlin semble se rapporter, pai- le style, tout au moins, car l'autogi'aphe n'indique pas la date, un « Concei'to |)Our violon, alto, violoncelle et piano », autrement dit un Quatuor en mi
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iiiiiii'ur, i-(iiiii»rfii;iiil i|ualiT [nirlifs cl (Iciiiriirt' iiuMlil. Auber entrait alors dans sa vingt-cinquième année, sans quune direction niéthodique el sérieuse eût mis en valeur ses dons naturels : il semblait toujours que pour lui et pour les autres la musique lui un simple p;issetemps. Toutefois la série des (Puvres composées allait croissant en nombre et en importance ; on ne pouvait donc méconnaître les indices dune vocation léellc. el c'est alors (jui' le père se déci<la Iraiiciiemeiil à consuller un artiste avec ItMjuel il tUait lié. un jui;'e donl l'opinion faisait autorité. Clierubini lépondil brutalement : (' Votre fils ne manijue pas d'imagination; mais il lui taudiail i'(imiiiencei' |iar oublier tout ce (juil sait, eu supposant (|u il saclie (|uel(]ue chose. » La rudesse du coup était atténuée par l'aimable proposition qu'il faisait de devenir le professeur qui enseignerait ce que rélève ignorai t. L'offre fut acceptée, naturellement, et, pendant trois ans, une même pclile table, servant de bureau, vit s'asseoir Tun en face de l'autre, livrés aux douceurs du contrepoint et aux charmes de la fugue, ces deux artistes qu'une vingtaine d'années séparaient. cl ([uê la gloire ilc\ail unir au cours d'une fidèle amitié. Auber s'était mis comme il le disait i< au b-a-ba. » chez le grand-prétre de la docti'ine musicale II lui dut son savoir, et de précieuses relations, connue celles de la famille de Chimay. Le comte de Caraman, plus tard prince de Chimay, maii de la fameuse M""" Tallien, passait ajuste litre pour un des Mécènes de son époque. Il s'entourait d'artistes, el jouail lui-même du violon.
SALLE FEYDEAf
(Opéra-Comique).
SALLE DE LA BOURSE (>'ouveautés, puis Vaudeville).
SALLE LE l'ELETlEU
i Opéra).
SALLE VE.NTAUOCli Rcuaissance).