AU BRU
le bras, soit à (juelquf ami. soit à rune de ces deux amies fidèles (\\n s'appelaient M"^ Marquet. la belle danseuse-mime, et M"- Dameron, dont il avait protégé les débuts comme cbanteuse à l'Opéra, et qu'il n'oublia pas dans son lestamrnl. Il gi'avissait les marclies du petit Iiôtel qu'il occupait lue Saint-Georges, et où s'est écoulée la majeure partie de son existence. Ses deux domestiques, couple qui depuis tant d'années le servait en vieillissant j)lus que lui, avaient préparé le souper traditionnel, et le maestro traitait ses invités; s'il recevait des dames, il mettait la serviette sous le bras et galamment leur présentait lui-même les plats. Comme le Champagne dans les verres, son esprit pétillait alors et savait tenir b\s coinives en éveil.
A suivre le cours de cette existence mondaine, on se demande où et quand il travaillait : toujours et partout, en ce sens (|u'à la promenade, en soirée, au théâtre, dans une assemblée, l'aspect de somnolence où il semblait plongé, n'était qu'une sorte d'état préparatoire : le « motif » naissait alors dans son cerveau, et, mentalement, il le façonnai! pour pouvoir, rentré chez lui, l'exécuter sui' une \ieille épinette l'emisée au second étage de l'hôtel, dans ce (ju'on ])Ouvait appeler le cabinet d'essayage. Toute mélodie nouvelle, en effet, devait passer par cette épreuve: elle n'était admise à l'honneur de l'écriluie cjuaprès avoir résisté aux défaillances de ce vieil instrumeiil. Iiaiisformé par la volont/' du compositeur et poui- h'S besoins de la cause, en véritable pierre de touche. Il habitait le premier étage,
devant lequel s'étendait une longue terrasse que l'alignement d'une façade reconstruite a fait disparaître depuis (ju<d([ues années. Le matin, ([uand la saison et le temps le permettaient, on pouvait le voir assis à une petite table et prenant le frugal repas composé d'une tasse de thé avec quatre ou cinq cuillerées de lait froid. C'était l'entracte de son tra\ ail, car depuis six heures il écrivait et il se remettait à écrire jusqu'à midi. Il avait ainsi fini sa journée à l'heure oi^i d'autres la commencent. Après son déjeuner, il se rendait au Conservatoire, pour donner les signatures nécessaires, et, dès lors, la vie de Paris le prenait lout entier : le musicien devenait riiomme du monde.
Cinq ou six heures de tâche matinale et quotidiennement renouvelée, forment au bout de l'année un total . respectable, surtout si l'on songe que les vacances n'existaient pas pour lui, et que, depuis l'âge d'homme, il n'avait jamais quitté Paris. S'il avait connu Londres au temps lointain du Consulat, il ignorait tous les pays dont il avait tant de fois chanté les héros : l'Espagne, avec ses alguazils et les nonnes de ses couvents ; l'Italie, avec ses lazarones et ses brigands; à plus forte raison, l'Allemagne, l'Inde ou la Chine. Montrant un jour à B. Jouvin des gravures enluminées (|ui ornaient la muraille de son antichambre et représentaient des i-ivières, des prairies et des bois : « Voilà, disail-il. à peu près tout ce que j'ai vu en fait (h' xcrdure et de nature. » Et il ajoutait en souriant : <■ Du reste. ScimIic m'a l'ail j)iircourii". dans ses opéras, tan! de [)a\s dixcrs, ([u il est
bien naturel qiraujourdliiii, j'aime à me retrouver à Paris. »
Une vie, réglée avec cette méthode, ne comporte d'autres événements que les résultats mêmes de son activité : on les connaît par ce qui en a été dit précédemment. Les faits, extérieurs au théâtre, se réduisent à un petit nombre dont on peut donner ce résumé chronologique :
1829. Membre de l'Institut, en remplacement de Gossec, nommé le 12 avril, au troisième tour de scrutin, par 19 voix contre lo à Ghampein.
1839. Directeur des concerts de la Gour. 1842. Directeur du Gonservatoire de musi(|ue, en remplacement de Glierubini, démissionnaire. 1852. Directeur de la chapelle impériale. A ces fonctions correspondent des distinctions honorifiques, notamment dans la Légion d'Honneur : 1825. Ghevalier (année du Maçon).
1835. Oflicier (année du Cheval de bronze). 1847. Gommandeur (année de Haydée).
1861. Grand oflicier année de la Circassienne). Des décorations étrangères lui avaient été conférées. La plus précieuse était la croix de l'Ordre du Mérite dans les sciences et les arts, ordre prussien qui compte seulement soixante titulaires, trente nationaux et trente étrangers. L'infortuné Maxiniilien lavait fait grand officier de son ordre, après avoir obtenu de lui la composition d'un hymne national pour son nouvel et éphémère empire. Il était, en outre, officier des SS. Maurice
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et Lazare (Italie], de Léopold (Belgique; et chevalier de la Couronne de Chêne (Hollande).
Si honorables et même glorieuses que fussent les fonctions dont il était investi, elles ne constituaient pas des sinécures : ou, du moins, Auber ne voulut jamais leur laisser attribuer ce caractère. Compositeur officiel, sous deux et même trois régimes politiques, il avait mission d'écrire la musique de circonstance qu imposait lorganisatiou des fêtes tour à tour royales, républicaines, impériales ou simplement municipales. C'étaient des espèces de cantates, des marches, des divertissements symphoniques ou chorégraphiques, des chœurs et des soli, qu'il devait improviser le plus souvent, et pour lesquels il fallait agir avec autant d'ingéniosité que de promptitude : ouvrages importants parfois, et malheureusement éphémères, condamnés à mourir avec la cause qui les avait fait naître. De ces travaux, nul biographe n'a donné la liste : elle est assez respectable si l'on en juge par les titres suivants :
1832. Chant des Polonais, cantate avec soli et ciiœurs.
1837. Cantate }>ûui- le dîner oil'ert au Hui par la N'ille de Paris, exécutée à l'Hôtel de Ville.
1837. Divertissement de Versailles, sorte (h- liallcl [)antomime, exécuté' lors de rinauguratioii du Musé-e de Versailles.
1838. Cérémonie du llui/rf/enis tjctirillioiiDiic, exécult'r (hiiis imt' fêle ;i \ crsailles.
lNi2 .Marche rmn'hre pour iii^l iiiiiieiils de ciiiNi-e,
exécutée en plein air, aux funérailles de Napoléon I" le 24 juillet.
1843. Entrée du Roi Henri, cantate avec soli et chœurs, exécutée à Pau pour l'inauguration du Château restauré.
1851. Chant des Normands, composé poui' l'inauguration d'une statue de Guillaume le Conquérant, à Caen.
1853. Cantate })0ur le mariage de l'Empereur, exécutée au palais des Tuilei'ies.
1854. Cantate pour le baptême du Prince Impérial, exécutée au palais des Tuileries.
1855. Cantate poui' la prise de Séhastopol, exécutée à l'Opéra.
1855. Cantate pour la l'été des Arts et de l'Industi'ie, exécutée aux Champs-Elysées.
1856. Cantate pour la dislrihution des prix de la Société des gens de lettres, exécutée au Conservatoire.
1859. Magenta, chant de victoire, exécuté à l'Opéra.
La critique ne s'est guère occupée de ces œuvres, quand elles vinrent au monde, car, le plus souvent, elle n'était pas admise aies entendre; depuis, les musicographes ont gardé sur elles un silence complet par la honne raison qu'ils les ignoraient : nulle, en eifet, n'a été gravée; c'est la ])ossession des manuscrits autographes qui m'en a révélé l'existence et m'a permis de les lire. L'étude en est assez curieuse, mais dépasserait le cadre du présent travail. Il suffira de dire que deux types s'y rencontrent, correspondant aux conditions, en quelque sort»', matérielles du travail, c'est-à-dire au
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plus OU moins de temps dont le compositeur disposait. Était-il pressé, il ajustait bout à bout quelques fragments de ses ouvrages dramatiques, airs de cbant ou de danse; il en formait une manière de pot pourri, (jui ne le mettait pas en frais d'invention mélodique, et, le plan une fois établi, lui coûtait seulement, avec la peine d'une besogne graphique, la dépense de soudures et raccords dans l'harmonie, de compléments et de retouches dans l'orchestre. Au contraire, avait-il des loisirs, il composai! un ouvrage de toutes pièces et lui accordait la primeur d'idées nouvelles, fraîchement écloses dans son imagination; mais alors, il lui arrivait plus tard de reprendre dune main ce qu il avait donné de l'autre; il replaçait dans ses opéras, tels effets essayés d'abord, tels motifs improvisés jadis, mais oubliés depuis et perdus pour tout le monde; n'empruntant qu'à luimôme, il leur faisait un S(jrt nouveau et, cette fois, définitif.
Cette nuisicjue de circonstance à hujuelle il avait, pour ainsi dire, préludé en écrivant, vers IS12, pour la fête de M""' de Caraman un petit trio vocal avec accompagnement de flûte, violon et alto, puis, (juelques années plus tard, pour la Saint-Louis, une petite cantate pour solo et chœur avec iiarpe, cette musicjuc occasionnelle et plus ou moins officielle offre, en son eiisenible. un caractère aimable et simple ; elle a plus de grâce ([ue de force ; elle expose des thèmes bien définis, des « airs » qui. vocaux ou instrumentaux, se retiennent aisément, et pi'dcrdc plus pal' n'|)(''til ions (juc par d»''V(do|»p('im'nls.
Elle marche d'un pas alerte, évitant les longueurs. Hors du théâtre fet encore \] une assemblée mondaine n'absorbe la musique qu'à doses modérées. C'est une règle (juWuber s'apjiliquail. à lui diilinid. cGmiiit' il la conseillait aux autres ensuite. L'n premier prix de violon devait se faire entendre à la distribution des prix du Conservatoire, et vint consulter son directeui- sur le ciioix du morceau à exécuter: il liésitait entre deux concertos; mais Auber n'hésita pas pour lui dire : « En pareil cas. mon enfant, le morreau le plus court est toujours le meilleur. »
Directeur du Conservatoire. Auber le fut, et pendant près de trente ans, non pour la i'oiine, mais avec la conscience d'un honnête et intelligent serviteur. 11 avait i-eçu le dépôt des mains de son maître, Cherubini, et le gardait jalousement, sans permettre aux ignorants d'y toucher pour l'amoindrir ou le diminuer. Il tenait à ses prérogatives ou, du moins, à son autorité et supportait malaisément toute intrusion étrangère, toute tentative de pouvoir qui aurait voulu grandir à ses côtés et à ses dépens. Vers la lin ilu second Empire, une commission avait été instituée en haut lieu pour remanier le Conservatoire, et l'un des membres avait eu la fantaisie d'en demander la suppression. Obligé d'assister aux séances où se produisaient des opinions aussi radicales, Auber souffrait en son for intérieur, et il s'écriait volontiers : « J'ai eu deux malheurs en ma vie : dans ma jeunesse la garde nationale, dans ma vieillesse la commission du Conservatoire. » Il agissait et laissait dire la presse
qui. alors comme aujourfriiui. parlait à tort et à travers, critiquait volontiers l'enseignement et représentait l'école comme un mauvais lieu; sans liàte, mais sans caprice, avec la sagesse cjuc donne l'expérience, il introduisail peu à peu les réformes qu'il jugeait utiles et possibles. La question des mœurs même ne le laissait pas indifférent, car c'est lui qui, le premier précisément, au nom de la morale, sépara chanteurs et chanteuses, en créant des classes spéciales pour l'un et pour l'autre sexe. Le chant surtout avait ses faveurs et sollicitait sa constante attention : il y avait alors pour les élèves hommes un pensionnat, et il défendait avec acharnement le pi'incipe de cette institution, si utile en effet, car la somme de travail fournie par les jeunes gens est toujours en raison inverse de la liherlé qu'on leur laisse. Sans doute, ces sortes d'oiseaux ne vivent guère en cage; mais alors, plus on les tenait appli(juésau travail, plus on formait des sujets séi'ieux et vraiment instruits en leur art. C'est encore Auher qui, pour donner plus de solennité aux exercices scolaires, avait imaginé de faire jouer sur le th(''àtre de rétablissciiiciil. di's ouvrag'es entiers avec décors, costumes et accessoires; sur cette môme scène, il donnait asile aux ]»rix de Rome qui revenaient d'Italie, et obtenail poui- eux l;i représentalion d un actr. t'ii prc'piiiaiit ainsi Icnr (h'hul. souvcnl si long f't diflicilc, à l'Opéra ou h l'Opéra-ljomique. lînfin lui-même n"li(''silait pas ;i nn-llrc au service de r(''C(»lc SCS lalcnis de c()m|)()silcnr. pour les (''piM'Uves annuelles ou Irinn-sirielles des examens et des cou-
cours. Il écrivait alors, comme avant lui Cherubiui, comme après lui Ambroise Thomas, des solfèges à lire avec changements de clefs, des partbnenti à réaliser, des leçons à déchiffrer pour les instrumentistes, des thèmes à traiter sur Torgue: il proposait les sujets de fugues, se faisant aider seulement, vers le déclin de Tâge, soit par des anciens comme Batton, Elwart, Le Borne, Benoist, soit même par des nouveaux comme Bizet.
Toutefois, son activil(' musicale trou\a plus encore à s'exercer dans ses fonctions de maître de chapelle à la Cour, fonctions qu'il prit au sérieux ; le zèle même avec lequel il les remplit, à une époque de sa carrière oii d'autres eussent as])iré au repos, laisserait croire (ju'à la satisfaction du devoir accompli s'ajoutait vraiment pour lui la joie artistique de produire. Cette chapelle ne comprenait pas moins de quarante choristes et (juarante instrumentistes, sans parler des solistes, soit artistes de l'Opéra, soit artistes en renom de passage à Paris, soit même quelquefois pensionnaires du Conservatoire. Auher rédigeait les programmes et choisissait les interprètes; dans aucun cas, il ne dirigeait luimême; au concert, ainsi qu'à l'église, l'orchestre était toujours conduit par les chefs de l'Opéra, tour à tour Girard, Dietsch, Georges Haiiil. Comme pour la musique particulière, il composait, nous l'avons vu, quelques cantales de circonstance, il composait aussi pour la chapelle des pièces vocales et instrumentales dont cliaque année grossissail le nombre et (|ui formèrent
une sorte de répertoire religieux à l'usage de la Cour. J'ai pu le reconstituer au moyen de mes autographes et j'ai complété pour la bibliothèque du Conservatoire cette collection qui permet d'étudier Auber sous un aspect ignoré de la foule : pour tous, en effet, Auber est un homme de tiiéâtre et non d'église. Cependant l'élève de Ciierubini ne pouvait avoir négligé complètement un genre oii son maître avait excellé; dès le début de sa carrière, nous le trouvons occupé de musique religieuse; sans parler de la messe en ut, composée à Chimay en 1815, je retrouve, par exemple, dans ma collection personnelle, des Litanies de la Sainte Vierge, en .so/ mineur, pour chœur, avec paroles latines et orchestre, qui datent de hi même époque, et une hymne à sainte Cécile en /v', pour chœur et orchestre, également. A partir de 1820, la scène le prend tout entier et ne lui laisse guère de loisirs pour d'autres ouvrages que ceux du genre dramatique. L'occasion ne se présente qu'en 1849; il instrumente un Domitie salvum fac qu'exécutent, sous la direction de Girard, l'orchestre et les chœurs du Conservatoii'e, le 24 février, à la Madeleine, lors d'une messe solennelle, célébrée par rai'chevé(|ue de Paris, devant le Pi'ésident de la Hépubliiiue. l'Assemblée nationale et tous les grands corps (b> l'Etal. Telle est la fortune de ce morceau (in'il riqtaïail à Noire- Dame le 1" jan\ ier 1S.""»2, conlié à la masse formidable de 1^00 chanteurs el 200 inslrunicnlish's : on ly irlroux c le 30 janvier 18.^)3. pour le inaiia^c de rKnipercnr cl. en sepleml)re I8r».'i. pour la [hisc i\v Sébaslopol, sans
parler d'une exécution à la messe des Tuileries, le 15 août 1833. Les années 1854, 58, 59. fiO, 63, 65 comptent parmi celles oii Auber a gardé le silence au Ihéàtre; c'est au cours de celles-là, précisément, que naisseni la plupart de ses rruvres religieuses. Presque toutes étaient composées pour chœur, mais le plus souvent avec un so/o, solo vocal ou instrumental (violon, iiautbois. clarinette, etc. , qui justifiait {"audition de quelijue virtuose. Ajoutons que presque toutes aussi existent sous deux états, c'est-à-dire (juelles comportent deux formes d'accompagnement : Tun pour orchestre, l'autre poui' orgue avec ou sans harpe. Pour elles, autant et plus (jue pour les pièces officielles, signalées plus haut, une t'-tudc couiplt'te et détaillée, offrirait quelque intérêt. Faute de place, il n'v a lieu de signaler que l'importance et le caractère général de ces productions. Leur nombre d'abord mérite une mention, sous l'aspect abréxiatif de (juelques chiffres que je rassemble ici pour la première fois, savoir : i Credo, dont 1^ avec Kyrie; // Kyi-ie: ,i Gloria; // 0 Salutaris ; 7 Agnus Dei; (j lienedictus et c^ motets divers (Pie Jesu, Ave Maria, etc.).
Pour juger de telles œuvres, il faut les considérer sous le même point de vue que leur auteui' et ne point s'étonner ni s'indigner de n'v pas découvrii* ce que les idées de son temps, ])lus cncort' que les siennes, ne l'auraient guère autorisé à mettre. On ne se référait guère alors aux principes j)Osés par la Scliola cantorum ; on ignorait forcément en matière d'art les exigences
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l.illioiiriipliic ili' ri'po(|ui',.
dogmatiques fornniiécs par le pape Pie X dans son Motu proprio ; on n"esLimait pas qu'il y eût pour le service du culte un genre de musique imposé ; chaque compositeur parlait sa langue et, à la seule condition de le faire avec respect, il chantait Dieu avec l'élan de son cœur et le tour de son esprit. Fidèle aux préceptes de l'école italienne, façonné par la main d'un Cheruhini, Auher vivait à une époque oi^i l'Eglise admettait, sans se croire profanée, les chanteurs du théâtre et les chants du concert. Il s'exprimait donc selon le langag'e de ses contemporains, en ajoutant le prix de ses dons personnels, sa mesure et son élégance, son charme et sa fantaisie. Ses chœurs sont traités avec force et sobriété, riches d'une harmonie simple, mais pure ; le mouvement s'est calmé, les rythmes se sont assagis; la danse a fait place à la prière; les lignes mélodiques se sont infléchies suivant une courbe plus sévère, mais gracieuse quand même. C'est toujours la mélodie qui coule avec abondance, et Auher le savait si bien (ju'il lui arrivait {)lus tard de reprendre son bien et d en cbanger la destination. Toute cette musique demeurait inédite (il ne fut jamais publié qu'un 0 Salutaris), il en replaçait des fragments dans ses opéras. Ainsi, pour n'en citer ([uun exemple, et on en trouverait d'autres, U' délicieux nocturne à deux voix du Premier jour de bonheur en 1868, était en 186-) un Kyrie pour chœur et orgue. A l'inverse de Sébastien Hiich (jui puisait dans ses cantates lauiues pour alimenter ses cantates sacrées, .Vuber eniprunlail ;i sa iiHisi(|ue rdig-ieuse pour enri-
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cliir ses oii\ radies profanes. De tels procédés font naître aujourrliiui le sourire chez les sceptiques et la colère chez les croyants. Sans pousser jusqu'à l'extrême, on peut dire que l'ag^rément d'une iiiushjuc. coiiinir celle d'Auber, ne suffit plus à nos vues modernes, lorsque devant nos veux se dresse la majesté d'un temple. 11 faut un art sévère et celui-ci a le tort de n'èti-e (]u"aiiii;ililt' \]\) soiniiif. (III II ([iiiltt' l'église, seniblf-l-il. poui' un hôtel paiMii'iilin'. et liui dil la iiu'sse dans un salon. C'est là. du moins, qu'on doil aller chercher les derniers témoignages de son activité musicale, les dernières étincelles de son génie mélodi([ue, car je découvre encore, à la date de 1870, un Kyrie en fa mineur, pour chœur et orchestre. Il touchait alors pr('S(jU(' au terme de sa longue et glorieuse existence.