L ESTHÉTIQUE DU MUSICIEN
Dans l'organisme arlisti(|ue d'un compositeur il entre bien des molécules, dirait la chimie, bien des parcelles dont une analyse attentive permet de déterminer 1 origine, le caractère, l'importance et l'action. Soumis a ce genre d'examen, Auber se prête à maintes observations qui expliquent sa carrière et justifient ses succès immédiats. Chez lui, tout peut, en somme, se ramener
à la loi'iiiiiU' suivante: (Ifiixélénifiifs constitutiis, tournis luii par la nature, l'autre par réducation, et deux influences exercées, l'une par Rossini dans un sens musical, 1 autre par Scribe dans un sens draniati([ue.
Le don (ju'Auber avait reçu de la nature, c'était le don iiiHodlqui' . cette force mystérieuse et spontanée, en vertu de laquelle le musicien trouve ce que les profanes appellent un « air j). un « (duml », et les initiés un « thème w. un w motif ». c'est-à-dire, une suite de notes dont la disposition sonoi'e et rytlimicjue otfre un sens à loi-eille de l'auditeur el l'ail naître, par voie de sensation. I liste ou gaie, douce ou \iolente. (|utd(jue image en son esprit, (le pouvoir ci^'-ateui- ([uc peuxcnt accroître, mais non suppléer, le travail et la volonté, la science et l'expérience, s'exerce sous les deux formes qui se trouvent en (juelque sorte à la base de toute musi(|ue pojuilaire. Uiujours cl pai'loul : lacbaiison cl l'air de danse
Mais, dansés ou cbantés, ces élcniciils prinioidiaux g'ardentau moins trois points deressenildancc. Ii'ois traits communs (jui faisaient autj'cfois leur force, cl dont s'écarte de plus en plusla musi(|uc (le nos jours. dc\cnucs\stémati(jucmcnl hostile à tout ce (|ui scinhlc pn'cis et i-(''g'ulier : le r\thmc. la toiialil(''. la carrui'c. Le r\ ihmc s'allirmc pai' le i-cloin- p(''rio(li(|uc de cerlaiiics noies C(trl'cspondanl au temps l'or! de la mcsui'c; la tonalité' assure, par les r;ipp(trts \(Uilus de ccilaiiis sons, la (jui(''tude de roriMlIe. cl limite en <|utd(|uc maniiTc. le cliami) d audition, pour mieux lixer laltenlion; la camnc im-
pose le parallélisme de certains contours et groupements, qui, soit comme caractère, soit comme durée, seferont « pendant » et produiront un équilibre, d'oi^i résulte pour l'ensemble l'harmonie des proportions.
Ce triple joug' pesait, sans provoquer ni leurs résistances, ni leurs murmures, sur les hommes du passé. Auber a suivi la règle commune, conforme au génie de sa race, en y apportant les seules variantes que lui dictait son imagination propre. Il s'est montré respectueux de la tradition, en acceptant la loi de ceux qui ont dominé le théâtre de son temps, et dont il se flattait de rester le disciple déférent. Ceux <ju'il aimait, ceux qui lui avaient servi de guides, nous les connaissons par la liste des partitions d'orchestre qu'il possédait et qui constituaient sa bibliothèque musicale; il les avait, d'ailleurs, habillées d'une élégante et presque somptueuse reliure, tandis qu'il laissait les siennes humblement cartonnées. La plupart d'entre elles appartiennent aujourd'hui à la Bibliothèque de l'Opéra, pour laquelle je les ai acquises ; les noms des auteurs fournissent une indication bonne à recueillir. Sans parler de Mozart, le dieu, sans parler de Cherubini et de Rossini, ses conseillers directs, les maîtres préférés d'Auber s'appellent dans le domaine du drame Gluck, Piccinni et Sacchini ; dans le domaine de la comédie, Grétrv, Dalayrac et Monsigny ; maîtres étrangers, comme on le voit, pour la plupart, mais étrangers dont la France, par une sorte d'acclimatation longue et bienfaisante, avait amplifié le génie, en lui donnant plus de vigueur plus de mesure