‹ Auber, biographie critiqueChapitre 15 sur 18 · A L' P. EH · texte numérisé non relu

A L' P. EH

et plus de netteté. Aiiber, a-t-on dit, est le plus français des compositeurs, le musicien national par excellence, soit; mais les quelques parcelles étrangères qu'il s'était assimilées par voie d'éducation, n'ont peut-être pas peu contribué à lui donner ce caractère d'universalité qui l'a fait accueillir et briller liors de sa patrie, presque autant (jue dans la sienne.

Si l'influence de Rossini pai'ait prépondérante, il faut ajouter qu'elle s'exerce d'une façon tout extérieure ; ce qu'Auber empruntait au maître Italien, c'étaient des « formules» dans les ritournelles, dans la coupe des morceaux, dans les cadences : c'était, suivant l'heureuse expression du vicomte Delaboi'de, « une sorte de préparation artificielle qu'il applique comme un vernis sur les surfaces de son œuvre pour en augmenter le lustre et en faire miroiter l'aspect. » La personnalité du nmsicien n'en fut ni troublée ni dénaturée; elle s'en trouve au contraire fécondée par cet apport et comme vivifiée. Le commerce de Scribe la rendu maître du théâtre; en développant ses dons naturels, en l'initiant aux secrets du métier, en l'amenant à créer un juste rapport entre le caractère de la musique et le mouvement delà scène, en l'habituant à marcher droit au but, sans connaître ni l'obscurité allemande ni la prolixité italienne. Auber a été dans son art le plus agréable des conteurs : il a su décrire et peindre avec jutesse et pré'cision. d un trait fin et sur : c'est comme un La Fontaine musical.

Rien de plus lvpi<|ue sous ce rapport que les ou\'ertui'es tidi'lement placées en tète de tous ses opéi'as et

()[i(''ras-coiiii(|ii<'S : elles oui lui Inm- >|h''i'i.iI. une sveltesse, une allure, inu- t'IéLianee ([ui les l'eraieiiL l'econnaîti'p eiilre mille. Elles ont contribué à la popularité (le le m- auteur, et elles l'eutretiennent encore; car elles sur\i\enl aloi's même (jndnl disparu les ouvrag'es ilonf elles coustituaieiit la pi'étace. Elles sont conshuites sur un plan assez identique, en ce sens qu'on a" renconire invariablement deux principaux motifs, empruntés à la pièce, et dont un au moins est présenté tour h tour à la dominante et à la tonitjue ; mais autour de ce |)oint central gravitent, si l'on peut dire, de niultijdes détails, propres au morceau lui-même. C'est un « pot pourri «. a-t-ondil, par la juxtaposition de motifs, ({ui, navant g uèi-e le caractère « thématique « ne se prêtent pas au dt'veloppement sympbonicjue : c'est surtout un traxail de marqueterie ou de mosaïcjue, avec de petits fragments, qui, ingénieusement rapprochés, liabilement soudés, se fondent, sans ell'ort ap|iarenl. dans un ensemble harmonieux. Parfois l'ouverture commence ex abrupto, sans préparation ; le plus souvent, elle débute [jar une introduction plus ou moins longue, ou par un motif spécial, qui répond à la couleui' du sujet, tour à tour cbampètre ou militaire, aimable ou violent, sévère ou gai. Toujours une coda la termine, avec un mouvement rapide, pour conclure dans la force et l'éclat.

Gomme les ouvertures, les J/'/'x séparés ont fait la fortune des opéras-comi<jues d'Auber ; il n'est pas une seule de ses partitions, même la moins favoi'ablement accueillie au debul, même la plus faible, si Ion peut

dire, ou la plus oubliée, qui ne renterine une perle inélo(li(iue, grosse ou petite, mais digne d'être recueillie et montée en bijou. On en trouverait même dans Zerline et dans le Duc d'Olo/uir ; 1" « Eclat de rire » a survécu à Manon Lescaut. Grand air ou ariette, cavatine ou romance. barcaroUe ou chanson, on n'a que l'embarras du choix; avec ou sans vocalises, le motif est toujours netlement rvtlimé. d'un contour facile à discerner et retenir, sobrement accompagné et bien écril pour la voix La virtuosité s'atiirme avec tout son bi'io rossinien dans les airs fameux du Concert à la Cour, du Serment. à'Acle'on, des Dia/nants de la Couronne, et de bien d'autres ouvrages. Tous les genres de sentiments, sauf peut-être les extrêmes et les violents, trouvent là un mode d'expression souvent juste et tou jours ingénieux : cesl la naïveté avec la ronde de la Neii/f. la ])0ime humeur avec la ronde du Maçon, la grâce avec la tvroliciiiic de lu h'/a/trrr, la \erve avec l'air du Pliillrc. la tendresse paternelle avec laii- île tEnfanI prod'ujuc. Ir charme avec la romance de la Part du Diahlr. <•! iani d'autres nuances avec la barcai'ollc d'Ha////rc. la S('r(''iiade de /a l^'iancve du liiu de (iarlK^ <^\ la rliausoii des Djiiuis. Sous ce rapport. ciiKi ouvrages méi'iteraiciii d'être mis à part cl de fournir une étude sj)écial(' sur le lied Iranrais et son emploi au théâtre, car la muse dWubei- s'y pr(''sente sous les as|)ecls les i)lus di^ers et les plus si'duisanls : lu Mufllc de Piirlici. le PiunuKi unir, l'ra Pifiritlit, llai/drc. le P/'on/rr jiuir de houhfur. C'est là, pourrait-on dire,

loiitc Liiif lloi'c iiii'Idil h| Lit'. Mljornliiiilr cl \'ai'it''f. riche de couleurs et de part unis.

Les Duos, dans l'œuvre dAubcr. iidiii pcul-ctic ni la même importance, ni la même \ aleur. Beaucoup d'entre eux soni aimaldes, g^ais. >])ii-ilucls : il ne s'en rencontre guère qui soient passionnés et dramatiques. On pouirait dire, à la vérité, que cette double corde manque généralement à la lyre de notre musicien; mais l'absence s'expliijuc aussi par une raison toute à la t'ois scénique et musicale, par la forme habituelle (|u il donnait à ce genre de moi'ceaux, et la place qu'il lui réservait. Il avait dû à cet égard « .stvler » son collaborateui' Si'ribc. cl lui imposer sa manière de voir, car un duo ne scnildc (|ue rarement former à ses yeux le nœud de 1 action; c est plutôt un épisode accessoire, ou. du moins, secondaire: c'est surtout, et le fameux duo de la Muette de Portici ninlirme pas cette théorie, un aii' ou une cliausdu ;i deux \t»i.\. Le motif principal se trouve, il (Milinaire, présenté par un des persoiniages, répété par l'autce, puis repris par les deux, procédé classique don! la symétrie ne s'accorde pas toujours avec les pi'iipi'tics d'une action. Toutefois Aubcr apporle alors dans ragencemciil des voix une ingéniosité qui lui est personnelle : il lui arrive, pai* exemple, de fractionner sa mélodie, dont les deux voix, si l'on peut s'exprimer ainsi, se parlagenl les morceaux : le ducllo du Dieu et la Bayadère en fournit un exemple eiili-e bien d'autres; les chanteurs ont l'air de se renvoyer la Italie, de jongler en quelque sorte avec leurs notes. Le procédé exige un

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conldui" iii(''l()(li(iii('(rmit' l'on lit' sj)('ciale,et. dansl Ciiijiloi, Liiu* Ufxtt'iilé sans pareille: mais il ne peut convenir (ju'à certains cas déterminés ; il Faut (|ue les personnages en scène éprouvent des senlimeiils analogues, et que la situation leur permette de parlei- le même langage; c'est un elFet plus comique que sérieux, et l'emploi s'en justilie mieux dans la comédie que dans le drame.

Pour l'observateur attentif et le musicien de profession, les Trios. Quatuors. Quintettes, et, d'une manière générale, les Ensembles constituent peut-être, dans les O'uvres dAuber. la partie la plus l'einarquable, le plus digne d étude et dadmiralion. J^'ancien élève de Gherubini appai-ait là maître à son tour. Dans cette marche simultanée des pai'ties vocales, il se meut librement et sans nulle peine jippareiile ; plus le nombre est grand, plus il semble à l'aise. 11 excelle à disposer ses groupements pour ménager l'elfet, à imprimer aux masses le mouvement et la vie : il excelle à les soumettre au chant j}rinci[)al. soil en les laiirant au premier plan, soil en les laissant au second alin d ai'e()iii|)agner les solistes. Par-dessus tout, il excelle ;i construii'e ces longs morceaux, à leur donner l'équilibre \(»ulu. à varier la série des épisodes sans compromettre l'unité générale. l'oinl (le Idiiideur ni île conltisioii ; tout s'entdiaîiie avec l()gi(jue, tout s'oppose el contrasle. tout se fond ilans l'ensemble Iiai'iiionieu.x iloiil une symétrie voulue, mais non t\rainii(iue lui Iroiile. li.xe le cadre et règle l'ordonnance Sous ce rappoi'l. on peu! lire el l'eliie linlro- (luclion lies ('li(iji('in)is liluiits. cl du l'icniicr jn/ir de

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honlieiir. les linales des Diamants de la Couro)ine, à' Haydée ei de Marco Spada : ils s'linj)Osenl roninie des modèles d'archilecture diai»iati(|ue dans le genre « tempéré » de la comédie musicale. L'un des musiciens les plus érudits de notre temps, Gevaert. l'illustre directeur du Conservatoire de Bruxelles, me disait (|u\hi lii\er. lui el (|uel(jues amis se réunissaient, un soir de chaque semaine, pour rejouer les ouvrages... d'Auber. Ce qu'ils allaient retrouvei' dans les pages de ces \ie'illes partitions, ce n'était ])oint tel ou tel air. jikis ou uioins jjopulaire, et connu d'eux tous: c'étaient ces uierveilleux morceaux d ensemble, ces édifices dont la construction légère, mais solide, g"ardait encore, même après tant d'années, l'élégance de son lin profil et de ses heureuses pi'oportions.

Les Chœars sont nombi'eux, et, dans certains ouvrages, comme la Maette de Portici. leur rôle devient prépondérant : chœur du marché, chanir de la révolte, chœur de la prièi'e, on j)eut choisi]' au hasard, sans crainte de déception. Lhai'inonie en est toujours sobre et soignée, l'effet sonore et brillant: Auber n'abusait pas de l'unisson ; il dédaignait cette économie (jue tant de compositeurs ont pratiquée depuis Gounod, et qui fait doubler à 1 octave par les ténors le cbant des sopranos ; il écrivait des parties « ré(dles », et suivait les traditions de l'école italienne qui avait, on le sait, la coquetterie, si l'on peut dire, de Tharmonie vocale. Et ces chœurs ont la science, mais ils ont aussi la couleur et la \ie ; (|u'on se ra])p(dle seulement le clueur des Fées, dans Ip

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Lac des Fées, celui des Nonnes dans ie bomino noir, celui de Pâques fleuries dans Fra Diavoio, celui des Pages dans la Fiancée du Roi de Garbe, et tant d'autres de caractère tour à tour militaire ou religieux, champêtre ou mondain, dramatique ou bouffon ; on en comptera peu de faibles, et beaucoup d'excellents.

Pour atteindre son but, et sans parler de l'invention, don général dont la nature seule dt'tient la clef mystérieuse, le musicien dispose d'un arsenal teclini([ue oi!i figurent ces ai-mes spéciales qu'on appelle : le rythme, V/iar?nonie, le contrepoint, ïinstrnnientation. Chacun les manie à sa guise et suivant son tempérament. Il convient d'indiquer ici, ne serait-ce que par un mot, ce ({uils deviennent entre les mains d'ini ouvrier tel ([u Auber.

Certes, sa musique est rythmée, plut(U trop que pas assez; le rythme fait à la fois sa force et sa faiblesse; sa force, en ce sens quelle lui donne franchise et clarté; sa faiblesse, en ce sens qu'elle ne le met pas à l "abri de toute vulgarité. Ce rvthme, nous l'avons dit [)lus liant, estcelui de ladanse, (.'t par danse il faut surtout entendre ici deux danses modernes, la \alse et la polka. « .Musique de (juadrille » rc'pMenl ;i TciiNi ccilains critiques, épris des formes nouxclh's et dédaigneu-\ dfs iniciennes. 11 est vrai ((ue les motils d Auber on! Imn ni aux (juadrilles de .Musard ou de Strauss d inépuisables ressources; mais ce genre ib' di'loiiiialioii impost- à inie mélodie ne prouve rien ronlrc l;i nudodie elle-même, et il ne faut jias oublier (jiioii a lii('' de la iélraloqie de

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WagntT. un (|Liailiillt' (It'sopilaiit En nm>ii|ii(' couiuic en toute chose, c est de l'alnis i|ui' naît souvent le mal. et Aiil)er n'échappe pas à h ml leproche. L'usage iniinoiiéré (le la valse, par exemple, i-end pénible aujouril'liui la lecluie d'une pai'titiou telle (jue Zanetta et la eomiamiii' au ilt'liiiihl nuhli.

lien \a ilf lliaiiiiniiir i-miiiue du i-\ thme : nos modernes AriNlar(jues juiienl, d'un preujier coup d'œil, celle d'Auher simple et, par conséquent, sans intérêt, ce ((ui les dispense d'un examen j)lus approfondi. Sans doutt'. Auher ne lémoiii'ne aucun goùl pour les accords exlraordinaii'es. |i(iui' 1rs dissonances inanalvsables : il trouve sans etlorl la \fritahlf basse qui convient \\ son chante! s en i-diili-nte bumblement. .Alais simplicité ne vent ilii-f III |ia u\ rcti' ni plaliluib'. d. pour n'iMi cilciqu'un exemjjle. le (bdnil vt'ln'nirnl de l'ouNt'i-lui'e de la Muette a bien son piix. La science harmonique de l'auteur se révèle surtout dans la pureté de son écriture, comme aussi dans l'aisance el là juopos de ses modula lions :niin (|ii'il nioihilr [idur le \ain jilaisii- de répéter dans un luii ce (ju il a\ ail dt'jà dit dan.> un autre. Au contraire, on pouriail citer telles de ses mélodies bâtie et maintenue svstémati(|uem<'nl sur un accord uni{|ue. sans que celte paninionie voulue luiise à l'effet ; mais souvent aussi il pratique, ;i la nianii-i-e de Sclmbert, la modulation passagère, celle qui, sans toucher au principe de la tonalité générale, n'intervient que pour fjuelques mesures, et proiluil unedixersionmonuMitanée ; c esl le l'avoii de soli'ij (iLii |ificc iniii»ini'Mneiil un riilcau

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(le verl feuillage, c'est le coup de lumière inattendue qui tVap|)e un objet dans l'ombre, et le transforme pour (|uelques instants, en l'éclairant d'un l'eflet nouveau.

Le contrepoint n'avait guère de seci'ets pour Auber, qui, toujours prudent et discret, se gardait d'en abuser. ïl savait que les artifices, ingénieux mais compliqués, dont s'accompagne la fugue, font vivre la symphonie et mourir l'opéra ; il évite donc tout ce qui peut alourdir inutilement son fpuvre. Amoureux de clarté, il ne craint pas d'accompagner un solo vocal avec les formules chères à l'école italienne, avec ces arpèges et ces j)izzicati d'orchestre où la raillerie dédaigneuse de Wagner ne voyait (|u une a vaste guitare ». Mais, vaste ou non, (juand il s'agit d'accomjjagner les voix la guitare a du bon ; tout dépend de l'usage, ou plutôt de l'abus qu'on en fait. Auber savait en corriger la faiblesse et en cacher la pauvreté par l'adjonction opportune de quelque contre- chant, bien venu sous le rapport mélodique et adroitement placé. Dans les ensembles et les ciiœurs ce genre de contrepoint trouve sa plus heureuse application: il donne liru à di' piquants dessins qui circulent <lans l'orcliestre, réH-haud'ent cl Taniment; ce sont des broderies instrumentales (|ui se détachent avec élégance sur une ti'amc vocale agréabhMnenl fournie. Bien des fois, par exemple, il assure un intérêt musical à cette partie de seconds violons, si souvent négligée, pauvi'c ou banab'. cbc/. b's conijjositeurs dramatiques de son épo([iic

Ln f|u alité' de l'orclicslrc allirinc encore ces tcii(hmces.

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Si les procédés insli'iinientaux sont siiiijilcs. du moins s'ciccordent-ils avec la iiatucedcs idécsqu ils oui mission d'accompag-ner. Aubcr se izaide de toute prétention svniphonicjue ; sil t'cril toujours une ouverture, il écrit rarement un entracte, ou, sil s v résout, il ne fait que transporter de la voix à l'orcdiestre un des morceaux de la partition, il é'vite aulanl l.i loMLiurur ([ue le horsd'œuvre inutile, il évite surtout la lourdeui- et la confusion. Dans son traité d'instrumentation, Ernest Guiraud, a pu citer connut' un moilïde de légèrett'-. ldh' p;iL;t' du Domino noir, l'air d'Angèle, où pourtantjouent ensemble cordes, bois et cuivres : la disposition en est assez heureuse pour ne produire ni éclat intemptstif. ni violence, ni surtout ti'ène à lég^aiil ilu rhiinlt'nr. Car. sur ce deinier point, l'attention du compositeur semble toujours en éveil ; il veut soulfiiir la voix et non la couvrir: il n'oublie jamais son rolr d'accompagnateur : il sait le remplir et il a la sag'esse de s fn l'onicntcr. L'n détail, inlime mais l\pi(|ut'. se l'allaclir àcetordre d'idées : ses bassons le plus souvent sont écrits en clef d ut quatrième ligne, c'est-à-dire rarement employés dans leur registre grave ; il fuit ainsi le piège que tendent au compositeur imprudent les notes inférieures de ces inslrummls; il ne leur l'ail pas doubler systémati(juement les basses ; il leur épargne les dessins compliqués qui, dans ce registre, empâtent, si Ton peut dire, l'orchestre : il leur réserve les notes supérieures qui <-< ronllcnt » )m)ins et cliantent mieux. Dans l'agencemcn! des autres parties se retrouve et se manifeste le même souci : l'air a circule librcmcnl.

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Il iir Millil |i;is lit' loiirr Aubci' poiii' les (|Li;ilit(''S (|ii(' loLis lui recoimaissciil : il coiiviciil aussi de le (It-lcudrc cûulr»' les jejii'Oches (jue (|uelquesuiis lui adresseul. liois entre autres : la négliiieiice de la prosodie, le défaut de couleur, et rabsence d'éuiotlou.

Sans doulc, une iiH^ne réprobation enveloppe à nos \'eu.\ tous les cdiMiJositeurs français du xw" siècle : ils ont, dil-on, confondu trop souvent lon*;ues et bri'vcs: ils ont traité sans «'■tiards les syllabes muettes: ils onl mk'coniui le caractère du temps fort et du temps faible. Soit, mais on oublie (|ue. si la prosodie a des exigences, la mélodie également a les siemies. ou, du moins, les avait il l'époque où elle inij)Osait son joug", aujonrd'biii l'éputé tyi'anni(jue et absui'de. Entre un cbant bien \eiiu mais mal prosodi»'. et un cbani bu'u prosodii' mais mal \'enu, I (j[)inion de nos pères n liésitail pas. Ou on se rappelle la fortune de cet air de Ric/ifinl Cœur-((c-Li(>)i :

V ne fié vre brù lanle.

(Jifoii se i'a|i])elle ;iussi tant de cliausons populaires dont lesdi\ ers couplels s'ajuslenl sur le premier la ni bien (jUe mal. el presipu' toujours plus mal (|Ue bien Le dessin iiieloili(|ue leiiipoiie bon gre mal u ce par la puissance du iNibliie: le iiiusicieii commande alors el le poi'le (d)eil .

.\ubei-iia. cerles. jamais |iris sous ce ra[»porl les li berli's de (ir('li\ : inMiiiiioiiis. (',a>lil l»la/,e. >i pidiiipt ;i diM-oiurir la paille dans \\f\\ du \oi<iii. lui a lanct- (|Uel{|ues brocards, que M. Ailol|ilie .lullieii a cru de\i»ir

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lainasscr en écrivant : « Ou'esl-ce (juo sijinitie ce vers ainsi prosodie : Amis, la ma-tinée est belle, sinon (ju'iin Lama de l'Inde a une maîtresse du nom de Tinée et tjue ses amis le félicitent : .1;/// Lama, Tinée est belle. Et celuici : Jet-te tes filets en silence, indique-t-il autre chose ([Liun [)ère dénaluré jetant ses lils à la mer sans faire de Itruit : Jet-t<' tes fils laids en silence. Qu'est-ce que peut bien exprimer une musique dont l'auteur se complaît dans un pareil gâchis ! » Admettons la plaisanterie, tout en reconnaissant que les œuvres les mieux écrites pourraient prêter le flanc à des interprétations de ce genre macaronique. Néanmoins, en écoutant la Muette de Portici, nous doutons qu'un auditeur de bonne foi et non prévenu ait jamais cru assistera une scène de noyaih' discrète, ou admirer le charme siMhicIt'iii- truiit' liiiliniiir. (Jui veut trop [)rou\er ne prouve rien. La vérité e^t (|ue les fautes de ce genre, regrettables sans doule. se rencontrent non dans les ensembles uu cliœui's dont le libiettiste éci'ivait les paroles avanl (|li(' \v roiiijiOsitrLirlt's mil einiuisi(]ue, mais dans les pièces vocales, dans les morceaux à couplets dont le ccimpositeur écrivait la musi<[ue sur laquelle le librettiste ajustait api'ès coup ses ])aroles, suivant un procédé' familier ;i la collaborât ion de Scribe avec Aul)er, et d'ailleurs assez ré]i;iinlii ilic/b's auteurs du bon vieux temps. Si donc il \ a lautc le roupable qui doit en suppojlci- le poids. iTcsl })as celui (|u'un pense.

Notre épo(|ue, éprise en iiiusii[U(' comme en j)eintuie. lie cuuli'uis xiolentt's ci de saisissants conti'aslcs. ajiprécie mal les nuances discrètes d un Auber: elle lui

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repioclierait, au besoin, de ne connaître (juune Leinle, le parisianisme, et de la répandre indifféremment sur toutes ses toiles. Sans doute, il peint la nature à sa manière; sur un fond gris, il lui suffit de jeter quelques taches lumineuses, pour donner au tableau son éclat. Une s'embarrasse point de ce (jue nous appelons « couleur locale », et son orientalisme a cet aspect conventionnel dont se conteiitaieni les artistes des siècles passés; ilne recherche point leffet i)ittoiesque par le raffinement des combinaisons inslrumentales ; c'est son chant, sa mélodie, ((ui se charge de ce rôle et ([ui sait le tenir; avec le chœur des Nonnes on respire un parfum d'encens dans le Domino ;?o/r ; avec le chœur de Pâques fleuries, on hume l'air embaumé (riiiu' malint'-r de printemps, dans Fra Diavolo ; avec le chœur du Marché, on se mêle à la vie du peuple, dans la Muette de Portici. L'Italie, d'ailleurs, lui a livré le secret de son i^ai soleil, et plus dune de ses pai'titions en uai'de rt-tiucrlanl ifllcl.

Oii la (•rili(iut' semblerait plutôt ti'OuvtM- un (diamj) favorable, c"est dans le caractère iiiénic de la imisiijur d'Auber. sa pi'étcndue séchei't'ssc. son (h'-laul dt-motion. -Mais l;i rncorc ou nr doil pas se lais>cr pn-mlrt' aux apparences Sans iloule. A ulier (■\ ile loul excès, ei ne pousse jamais les seiilimenls ;i l'extrême; les violences et les (''clals >ous s;i plume ne se rencontrent 2^uère. ou ne dnreni pas : la passion s abslieni de ruii'ir; la liàstesse n'esl (|ne di-pil. cl r.inionr i:al;inlerie Dans sa joie mèun'. le musicien ni moins encore (pi'il n(^ sourit, (lepenilanl on aurai! loil île lui leluser I'imuo-

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lion. Deux (iu\ i'ai;rs (|Lii ii oui [khiiI i(''iissi. pcimuMil, par exemple, sous les couleurs les plus loucliaules, lini Zerline. l'amour uiateruel, l'autre, l'Enfaiit prodifjuc, la tendresse paternelle. l^]t quelle tristesse fut jamais j)lus poignante que la lin de Manon Lescaut'] Là. pourraiton dire, Auber a i)leuré, et ses larmes sont des perles mélodiques dont on ne saurait méconnaître la lieauLé ni contester le prix. Leur rareté, leur absence même si Ton veut, s'explique par le caractère de ses ouvrages, la nature des sujets traités et le genre de musique jugé le plus favorable. Cette musique de demi-caractère, comme on pourrait l'appeler, Auber l'a pratiquée de la [)remière jusqu'à la dernière heure. Je sais bien que certains musicogj'apbes ont voulu, pour se conformer peut-être à des traditions académiques chères aux esthéticiens, distinguer dans son ceuvre trois manières. Mais je sais aussi qu'avant de ])rendre la plume, j'ai relu celle ([uarantaiiie d'ouvi'ages cjui foi'uient lœuvre (li'amati(jue d'Auber; je l'ai relue non |)oiiit au hasard, mais systénniti(|uement, c Cst-à-dire selon leui' ordre chronologique, et il ma été impossible d'y découvrir les dilférences propi'es à établii- ime (dassilication. Tout au plus devrait-on noter les étapes successives de l'inlluence « rossinienne »: nulle au déhul. elle s'accentue progressivement, puis diminue peu à peu au point de disparaître tout-à-fait, de soilc (|u<' sous ce rapport, le point de dépari el le point darriNt'e ont (|Ufl(|ue analogie; il semble (ju une l'ois le succès con((uis. I(»ut leffort du compositeur ail tendu à se (b'-gager d'une éli'einte

AUBER Mo

trop tyranniqiie et à i'ec(»ii(|iit'rir s.i liberté d'iiispiiatioii. S'ils ne sont pas tous éjiaux, 1rs anneaux de la chaîne n'offrent rien de disparate: leur métal est formé d'un même alliag'e, plus résislaiil loiilctois. lorsciu'il s'agit de l'opéra. Mais ro|)éra-comi(|ii<' (Icmeuic avant tout le domaine habituel, sinon exclusif. d'Aubcr. \'end<jine ini Espagne ne fut qu'une pii'ce de circonstance, sans caractère délini ; le Dieu cl la Bayadère, le Serment, le Phillre et Zerline, sont des ouvrages de genre mixte (jue le hasard a fait naître sur une \aste scène, mais (jui pouvaient également voir le joui' sur un moindre théâtre ; seuls, la Muette de Porlici, le Lac des Fées, Gustave III et l Enfant prodigue, sont taillés sur un grand modèle, et, sans gène visible, la Ivre du compositeur s'y est haussée d'un ton : loulefois les pi'océdés familiei's à son art s'v reli-o(i\ (Mil aussi, et ils répondeul \\ une estlu'ti(|ue. dont on apprt'-eie peu la valeur. [)ai<'e (|ue la unnle affecte de sen détounu'r. On uoùte aujouid hni, ou du moins on a l'air de goûter, les écarts de la fantaisie, riiu'ohérence du plan, le défaut de syméli'ie. labsence de propitrlions, l'étalage de la science, la complication el l'obscuril(''. Auber vaut pri-cisiunent par les (jualités contraires, el ces (lualih's soni celles de noli'e rat'e (|u'un nuage en passant peut obsciu'cir. nuiis non point effacer pour toujours : elles s'appellent lélégance et l'esprit, la mesure el 1,1 clai-l(''.

CONCLLSIOX

(]{' (|ii un t''ci'i\ aiii (lu win" sirclc ^ disait Ae l^ulK pourrait uiaiiilcnant s appliquer à un coinposilt-uf, tt'l qu'Auber. Après avoii' constaté que son héros « n'est plus l\ la mode ». il ajoulait : " On ne le dédaig'ne (juc parce (|iril fsl Irop (dniiu Sf> beautés (jui. dans leur priuii iir. liicnl dt'> impressions si \'ives. ont perdu b'ur écdat, depuis ijue la Irop grande babitude en a usé le sentiment: ses iliants nOnI perdu aucune de b'urs gi'àces: il ne leur niaïujue (|ue le nu'i'ite delà nouveauté. Ils oui plu li'dp loMiiieuips p(UU' plaire encore. » Vdilà bien, en cjlfl. lune (b'S causes de cette aj(j)arente diininulidu ijudul >ubie. dans l'opinion de ([uelques mis, les (ru\res d Aulier l'dies (diliureul ini succt'S iinniéijial. rel enl l~^^a ni . unixersel el diu'alile au poiiil de persister encoi-c: mais nous ne les (''couhuis plus de la inéuie oreille que nos ])î'res; leui'S couleurs s elïacent, b'ur Iraîcbeui' disparail. l'dies ra])pe]Ienl ces anciennes connaissances, ces \ ieux amis ipii deviennent la |)arui"e I radil ionnelle du loNcr la milial : nous les aimons s(don

' Aliliij l/\i(aKu. .t/iolof/ic (le lu mi/xhiiie /'r(tiiç(iise. l'ari.s. ITol.

l;i coulume et sans respecl ; noire jeunesse ne veut pas savoir par cjucllt's xcrius jadis ils conijuirciil rcsiinic et raliection; seule notre malice observe par (juels travers ils se rendent (lésorinais importuns ou ridicules Ces œuvres, au sui'plus. soni encore tro}) inodciiics pour ne pas tenir j)ar ])i('ii des côtés à celles qui les ont suivies; alors nous les soumeltons loul ualui'ellcmenl à nos procédés de critique; nous en exiiieons cerlains mérites ({u'elles neurenl jamais et ne pouvaienl avoir; nous les jugeons moins anciennes que vieilles. c'est-k-dii*e surannées. (>erles, loule [)r()duclion de I esprit contient une part de mode. c(dle de son ài:e; mais l'imjti-ession désagréable (jui en résulte, s'atténue à mesui-e (|ue les années marcluMit. jiis(ju"ii I heure oii s'établit et s'impose le passé, ce passé définitif (|ui nous devient à ])eu près étranger, parc(î que nous n avons presque })lus rien de connu un avec lui.

Auber est ncuii en un temps oii les directeurs de tliéàtre se préoccujjaient. non dimposer leur goùl ;i la foule, mais de suivre le sien pour le mieux satisfaii'e. Gomme l'écrivait une lie vue de répo<|ue' : a Le Public (|ui n'est |)as un aiMiste. mais qui est simplement le public, lU' N'eut pas (|u"oii fasse de larl ](our lari; il veut (iiTou le disliaie, (|u <tn lui fasse oublier le budget et les banqueroutes. (piOii l'amuse enlin; et pour (|ui en sait trouver le moyen, il a toujours une couronne et son argent tout [)rét. »

' llci'iic i/c Paris, iiinii'c is:il.

Ce ])oint de vue, par sa vulgarité luème, nous (•ho(jue aujourdliui : rcslhétique s'appuie sur d'autres bases el invoque pour sa défense des principes plus sérieux. Par une louable ambition, nous voulons étendre et reb^ver la portée du tbéàtre, en faisant du lieu de plaisir un lieu (rens<'iiiiieiiieiil . 'r<d drame ou tel opéi-a devient un sujet d'étude; on en dégage le symbole, on y puise une leron de morale ou de psychologie. C'est passer (juelquefois d'un excès à un autre, sans y trouver toujours un prolit réel, car la vérité, comme la vertu, se lient à égale distance des extrêmes : in medio stat. Le fruit le plus savoureux n'est pas celui qui fait grincer les dents; le vers le plus éloquent n'est pas celui qui recourt aux mots barbares; la situation la plus pathétique n'est pas celle qui heurte le bon sens; l'harmonie la plus suave n'est pas celle qui déchire l'oreille. Sans rouvrir ici la vieille controverse de l'idéalisme el du réalisme en art, qui ne comporte guère de solution théorique, malgré la peine que se doiinî'rent les philosophes au xvin' siècle pour la trouver, on peut bien con(dure prati(|uemenl (jue ces deux tendances l'essemblent aux deux plateaux d'une balance, entre lesquels le sage doit s'efforcer de maintenir l'équilibre. 11 ne faut pas chercher à plaire aux sens, en négligeant l'esprit; mais il ne faut pas non plus se contenter de plaire à l'esprit, en négligeantles sens. Or, entre ces deux limites, Auber se meut avec une aisance remarquable; le sourire aux lèvres, il a])orde l'obstacle et franchit le pas difticile. Pour lui. la science est le moven. non le bul :

il y puise avec discrétion, il la dissimule presque, loin de l'étaler avec la complaisance du parvenu qui prétend montrer sa riclu'sse : sans effort apparent, il réussit à n'être jamais ni pédant, ni ennuyeux. Ses pieds ne s'embarrassaient pas plus dans les broussailles que sa tète ne s'égare dans les nuages; il se contente de marcher sur le sol; au besoin même, il se couperait un peu les ailes, afin de marcher d'un pas plus assuré; mais il choisit de préférence, pour y promener ses rêveries, les allées diiii jaidin à la française où les parterres de roses voisinent aimablement avec le gazon vert. Son temps voulait qu'il tut un amuseur; mais, s'il divertit le public, c'est en lui parlant une langue sobrt' et claire, avec un peu d'émotion et beaucoup d'esprit.

Dans ce Pai-nasse idéal oi^i l'imagination des iiommes se plaît à réunir par la pensée ceux qui se sont illustrés sur la teri'e, plus dun sans doute, à 1 heure actuelle, refuserait dadmclti'c Thumble pécheur qui commit le Domuio now et ['va Dinvolo : de leHes fautes pèsent sur la conscience et méritent à peine le pardon ! L'avenir monti-era peut-être plus de justice et moins de sévérité. Certes .Uiber ne siégera poinl là-haui paj-mi b's grands et nOccupera nulle place d'hoiuieur; sa modestie naturelle et sa timidité ne lui donnent ni h' goût ni la force d'escalader les sommels: il se tiendra à dislance respect ueuse d<'S maîtres (jii'il \('nèi'e el, comme il les aime, il se l'eia leur 1res humble serviteur. Est-ce une illusion? il me semble xoii' .Mo/.arl le renconli-ei" sur son chemin, lui aili'esser un sourire en [tassant el lui conlier

en marque d'estime, le soin de porter sa canne ou son manteau.

Les critiques de nos jours ont voulu le diminuer en raillant le déclin progressif de ses ouvrages, en pronostiquant leur disparition procliaine et complète du répertoire. Deux ou trois, disent-ils, subsisteront peut-être quelque temps, et encore! Soit, mais ne subsisterait-il (jue le Domino noir, il faudrait néanmoins crier : ô merveille ! et proclamer son auteur un grand homme. C'est (in'aii Ibéàtreles œuvi'es musicales ne sauraient s'éterniser; leur existence est éphémère: un siècle représente })Our elles ce longum aevi spatium qui suppose une fortune exceptionnelle. Le renouveau dont jouit Gluck à l'heure présente, résulte d'un mouvement historique et littéraire qui ne saurait faire oublier sa longue éclipse pendant un demi siècle, éclipse dont rien nempècbe un retour inopiné. Le crépuscule enveloppe déjà les plus grands noms de la science musicale en France et à l'étranger. J^ulh ou Rameau, Hasse ou H^ndel, Pergolese ou Cimarosa: Mozart seul, par le privilège d'un génie qui l'égale aux dieux, semble connaître l'éternelle jeunesse.

3Iais rien n'est éternel de ce (jui touche à l'homme : choses et gens disparaissent à leur tour, parfois brusquement, parfois d'une manière lente et presque insensible, sans qu'on en dégage toujours la cause avec exactitude et netteté. Le temps accomplit une œuvre mystérieuse, mais fatale. Les monuments les plus beaux et les plus grands ne sont pas toujours ceux fpi'il res-

pecte. A certaines époques le goùl se ti'unsforme: des modèles nouveaux s'imposent à l'attention et font oublier, voire même dédaigner les anciens: la faveur alors se détourne des ciiefs-d'œuvre que l'opinion jugeait intang^ibles et presque sacrés ; la statue se désagrège et tombe en poussière. Par contre, un objet quelquefois bien humble, et tenu pour indifférent par les contemporains, se transmet obscurément et dure. C'est Tbistoire du roseau (jui se courbe sous le vent et résiste à la tempête, lorsque le chêne se brise et s'abat. Telle mélodie que l'humble pâtre chante ou joue sur son chalumeau, est une cantilène dont l'origine se perd dans la nuit du passé. Le refi-ain sur lequel le xviii*^ siècle ajusta, comme paroles, la complainlc de Malborougii. date du moyen âge : les Croisés l'ont importé en Orient, oii il a pris racine et lleuri de nouveau. A côté de ces survivances dont on s'étonne, que deviennent ou ([ue devien- (li'ont les coml)inaisons harmoniques, les merveilles du contrepoint, tous ces pi'odiges de symphonie et de polyphonie oi^i se complaît notre actuelle admii'afion ? Sans doute, ils bi'ilieronl toujours sur le papier: mais tôt ou tard, la splendeur de leurs sons réels se dissipera dans l'air, comme une vaine fumée, tandis (|u'en un coin du monde ignoré sonnei'a peut-être encoi'e. I liste ou gai, l'écho d'un couplet dont Aubei- fut l'autein'.

Peut-être aussi, l'ien ne reslei-a-t-il. rien (|u nii nom. un simple nom. C/esl peu de (diose, semlde-1-il. e| c'est beaucoup jxjurlant, ce nom (|ui i-é-sume le gi'iiie (Ui le talent de <'elui i|ui la porte'', ce nom dont la patrie i^arde

le fier soiivriiir. ce ikhh que la jeunesse épèle, et que (l'âge en âge les générations })roiioncent avec respect. Le conquérant le plus glorieux, le phihtsoplie le plus pi'ofond. le poète le plus inspii't', I arlislr ou le savant dont les travaux onl If mieux servi la cause de l'humanité, ne doit gui're attendre autre chose de l'avenir ni prétendre à plus d'honneur. Vivre un peu dans la mémoire des hommes, c'est jouir, en effet, de l'immortalité.

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