PRINCIPALES ARTISTES V Y A N I CRÉÉ LES OUVRAGES
trait fusait, comme au sein du foyer jaillit Féclat d'une
étincelle. C'était l'esprit de mot. l'esprit de répartie ou d'à propos, dont le tour amuse et l'imprévu surprend
Tl adorait la jeunesse, et il s'en donnait l'illusion par le mouvement, par le continuel exercice de son activité. Il avait tort pratiqué l'équitation; adolescent, il assistait aux courses et suivait les chasses à courre; plus tard, il faisait chaque jour une promenade à cheval; il se rendait au bois de Boulogne, l'aprèsmidi, à l'heure fixée pour la sortie des élégantes, et gaiement il trottait dans la poussière soulevée par les fringants attelages à la Daumont, dont le luxe, oublié depuis, était l'orgueil alors des Champs-Elysées. Lorsqu'enfin ses forces déclinèrent, la promenade persista, mais elle se lit en voiture et à des heures moins régulières : deux dames, le plus souvent, occupaient le fond de lacalèeheet lui, tel un jeune homme, il prenait place sur le siège de devant. Ou, s'il se trouvait seul, assis dans un coin, il fermait à demi les paupières, el, doucement bercé, il songeait, ce qui était encore pour lui un moyen de travailler. Le soir venu, il endossait I habit, et, si quelque invitation particulière ne le réclamait, il se rendait à l'Opéra, surtout lorsqu'on y donnait un ballet, ou à la Comédie-Française, ou même dans les théâtres de genre, car il ne dédaignait ni le vaudeville ni l'opérette : la dernière lois que je le vis. le souvenir m'en est resté présent, il écoutait au fond
d une baignoire VŒU crevé !
Après le spectacle, il rentrait, souvent à pied, donnant
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le lu/as, soit à quelque ami, soit à l'une de ces deux amies fidèles qui s'appelaient MUe Marquet, la belle danseuse-mime, et M"° Daineron, dont il avait protégé les débuts comme chanteuse à l'Opéra, et qu'il n'oublia pas dans son testament II gravissait les marches du petit hôtel qu'il occupait rue Saint-Georges, et où s'est écoulée la majeure partie de son existence. Ses deux domestiques, couple qui depuis tant d'années le servait en vieillissant plus que lui, avaient préparé le souper traditionnel, et le maestro traitait ses invités; s'il recevait des dames, il mettait la serviette sous le bras et galamment leur présentait lui-même les plats. Comme le Champagne dans les verres, son esprit pétillai! alors et savait tenir les convives en éveil.
A suivre le cours de cette existence mondaine, on se demande où el quand il travaillait : toujours et partout, en ce sens qu'à la promenade, en soirée, au théâtre, dans une assemblée, l'aspect de somnolence où il semblait plongé, n'était qu'une sorte d'état préparatoire : le « motif » naissait alors dans son cerveau, et, mentalement, il le façonnait pour pouvoir, rentré chez lui, l'exécuter sur une vieille épinette remisée au second étage de l'hôtel, dans ce qu'on pouvait appeler le cabinet d'essayage. Toute mélodie nouvelle, en effet, devait passer par cette épreuve: (die n'était admise à l'honneur de l'écriture qu'après avoir résisté aux défaillances de ce vieil instrument, transformé par la volonté du compositeur et pour les besoins de la cause, en véritable pierre de louche. Il habitait le premier étage,
devant lequel s'étendait une longue terrasse que l'alignement d'une façade reconstruite a t'ait disparaître depuis quelques années. Le matin, quand la saison et le temps le permettaient, on pouvait le voir assis à une petite table et prenant le frugal repas composé d'une tasse de thé avec quatre ou cinq cuillerées de lait froid. C'était l'entracte de son travail, car depuis six heures il écrivait et iJ se remettait à écrire jusqu'à midi. Il avait ainsi fini sa journée à l'heure où d'autres la commencent. Après son déjeuner, il se rendait au Conservatoire, pour donner les signatures nécessaires, et, des lors, la vie de Paris le prenait tout entier : le musicien devenait l'homme du monde.
Cinq ou six heures de tâche matinale et quotidiennement renouvelée, forment au bout de l'année un total respectable, surtout si l'on songe que les vacances n'existaient pas pour lui. et que, depuis l'âge d'homme, il n'avait jamais quitté Paris. S'il avait connu Londres au temps lointain du Consulat, il ignorait tous les pays dont il avait tant de fois chanté' les héros : l'Espagne, avec ses alguazils et les nonnes de ses couvents ; l'Italie, avec ses lazarones et ses brigands: à plus forte raison. l'Allemagne. l'Inde ou la Chine. Montrant un jour à IV Jouvin des gravures enluminées qui ornaient la muraille de son antichambre et représentaient des rivières, des prairies et des bois : « Voilà, disait-il. à peu près tout ce que j'ai vu en l'ait de verdure et de nature. » El il ajoutait en souriant : « Du reste. Scribe m a fail parcourir, dans ses opéras, tanl <le pays divers, qu il est
bien naturel qu'aujourd'hui, j'aime* à me retrouver à Paris. »
Une vie, réglée avec celte méthode, ne comporte d'autres événements que les résultats mêmes de son activité : on les connaît par ce qui en a été dit précédemment. Les faits, extérieurs au théâtre, se réduisent à un petit nombre dont on peut donner ce résumé chronologique :
182'.). Membre de l'Institut, en remplacement de Gossec, nommé le 12 avril, au troisième tour de scrutin, par 19 voix contre 15 à Champein.
1839. Directeur des concerts de la Cour.
1812. Directeur du Conservatoire de musique, en remplacement de Gherubini, démissionnaire.
1852. Directeur de la chapelle impériale.
A ces fonctions correspondent des distinctions honorifiques, notamment dans la Légion d'Honneur :
1825. Chevalier (année du Maçon).
1835. Officier (année du Cheval de bronzé).
1847. Commandeur (année de Haydée).
1,861. Grand officier (année de la Cir cas sienne).
Des décorations étrangères lui avaient été conférées. La plus précieuse était la croix de l'Ordre du Mérite dans les sciences et les arts, ordre prussien qui compte seulement soixante titulaires, trente nationaux et trente étrangers. L'infortuné Maximilien l'avait fait grand officier de son ordre, après avoir obtenu de lui la composition d'un hymne national pour son nouvel et éphémère empire. (I était, en outre, officier des SS. Maurice
et Lazare Italie . de Léopold Belgique el chevalier de la Couronne de Chêne [Hollande .
Si honorables et même glorieuses que fussent les
fonctions dont il était investi, elles ne constituaient pas îles sinécures : ou, du moins. A.uber ne voulut jamais leur laisser attribuer ce caractère Compositeur officiel, sous deux et même trois régimes politiques, il avait mission d'écrire la musique de circonstance qu'imposait l'organisation des fêtes tour à tour royales, républicaines, impériales ou simplement municipales. < l'étaient des espèces de cantates, des marches, des divertissements symphoniques ou chorégraphiques, «les chœurs et des snli. qu'il devait improviser le plus souvent, et pour lesquels il fallait agir avec au tan I d'ingéniosité que de promptitude : ouvrages importants parfois, et malheureusement éphémères, condamnés à mourir avec la cause qui les avait fait naître. De ces travaux, nul biographe n'a donné la liste : elle est assez respectable si l'on en juge parle- titres suivants :
1832. Chant des Polonais, cantate avec >oli et chœurs.
1837. Cantate pour le dîner offert au Roi par la Ville de Paris, exécutée à l'Hôtel de Ville.
1837. Divertissement de Versailles, sorte de ballel pantomime, exécuté lors de l'inauguration du Musée de Versailles.
183N Cérémonie du Bourgeois gentilhomme, exé cutée dans une fête à Versailles.
1842 Marche funèbre pour instruments <lr cuivre,
exécutée en plein air, aux funérailles de Napoléon 1"' le 24 juillet.
1843. Entrée du Roi Henri, cantate avec soli et chœurs, exécutée à Pau pour l'inauguration du Château restauré.
1851. Chant des Normands, composé pour l'inauguration d'une statue de Guillaume le Conquérant, à Gaen.
1853. Cantate pour le mariage de l'Empereur, exécutée au palais des Tuileries.
1854. Cantate pour le baptême du Prince Impérial, exécutée au palais des Tuileries.
1855. Cantate pour la prise de Séhastopol, exécutée à l'Opéra.
185'i. Cantate pour la fête des Arts et de L'Industrie, exécutée aux Champs-Elysées.
1856. Cantate pour la distribution des prix de la Société des gens de lettres, exécutée au Conservatoire.
1859. Magenta, chant de victoire, exécuté à l'Opéra.
La critique ne s'est guère occupée de ces œuvres, quand elles vinrenl au monde, car, le plus souvent, elle n'était pas admise aies entendre: depuis, les musicographes ont gardé sur elles un silence complet par la bonne raison qu'ils les ignoraient : nulle, en effet, n'a été gravée; c'est la possession des manuscrits autographes qui m'en a révélé l'existence et m'a permis de les lire. L'étude en est assez curieuse, mais dépasserai If cadre du présent travail. Il suffira de dire que deux types s'v rencontrent, correspondant aux conditions, en quelque sorte, matérielles du travail, c'est-à-dire au
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LE DOMINO SOIR OUVERTUR] Première page de la partition d'orchestre autographe.
plus ou moins de temps dont le compositeur disposait. Était-il pressé, il ajustai! bout à boni quelques fragments de ses ouvrages dramatiques, airs de chant ou de danse; il en formait une manière de pot pourri, qui ne le mettait pas en frais d'invention mélodique, et, le plan une fois établi, lui coûtail seulement, avec la peine d'une besogne graphique, la dépense de soudures et raccords dans l'harmonie, de compléments et de retouches dans l'orchestre. Au contraire, avait-il des loisirs, il composait un ouvrage de toutes pièces et lui accordait la primeur d'idées nouvelles, fraîchement écloses dans son imagination: mais alors, il lui arrivait plus tard de reprendre d'une main ce qu'il avait donné de l'autre: il replaçait dans ses opéras, tels effets essayés d'abord, tels motifs improvisés jadis, mais oubliés depuis et perdus pour tout le monde; n'empruntant qu'à luimême, il leur faisait un sort nouveau et. cette fois, définitif.
Cette musique de circonstance à laquelle il avait, pour ainsi dire, préludé en écrivant, vers 1K12, pour la fête de Mme de Caraman un petit trio vocal avec accompagnement de flûte, violon et alto, puis, quelques années plus tard, pour la Saint-Louis, une petite cantate pour solo et chœur avec harpe, cette musique occasionnelle et plus ou moins officielle offre, en son ensemble, un caractère aimable et simple : elle a plus de grâce que de force; elle expose des thèmes bien définis, des « airs » qui. vocaux ou instrumentaux, se retiennent aisément, el procède plus par répétitions que par développements.
Elle marche d'un pas alerte, évitant les longueurs. Hors du théâtre H encore! une assemblée mondaine n'absorbe la musique qu'à doses modérées. C'est une règle qu'Auber s'appliquait, à lui d'abord, comme il la conseillait aux autres ensuite. Lu premier prix de violon devait se faire entendre à la distribution des prix du Conservatoire, et vint consulter son directeur sur le choix du morceau à exécuter; il hésitait entre deux concertos; mais Auber n'hésita pas pour lui dire : « En pareil cas. mon enfant, le morceau le plus court est toujours le meilleur. »
Directeur du Conservatoire. Auber le fut, et pendant prés de trente ans, non pour la forme, mais avec la conscience d'un honnête et intelligent serviteur. Il avait reçu le dépôt des mains de son maître, Cherubini, et le gardait jalousement, sans permettre aux ignorants d'y loucher pour l'amoindrir ou le diminuer. Il tenait à ses prérogatives ou, du moins, à son autorité et supportait malaisément toute intrusion étrangère, toute tentative de pouvoir qui aurait voulu grandir à ses côtés et à ses dépens. Vers la tin du second Empire, une commission avait été instituée en haut lieu pour remanier le Conservatoire, et l'un des membres avait eu la fantaisie d'en demander la suppression. Obligé d'assister aux séances où se produisaient des opinions aussi radicales, Auber souffrait en son for intérieur, et il s'écriait volontiers : « J'ai eu deux malheurs en ma vie : dans ma jeunesse la garde nationale, dans ma vieillesse la commission du Conservatoire. » Il agissait el laissait dire la presse
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qui. alors comme aujourd'hui, parlail à tort et à travers, critiquait volontiers renseignement et représentait 1 école comme un mauvais lieu; sans hâte, mais sans caprice, avec la sagesse que donne l'expérience, il introduisait peu à peu les réformes qu'il jugeait utiles et possibles. La question des mœurs même ne le laissait pas indifférent, car c'est lui qui. le premier précisément, au nom de la morale, sépara chanteurs el chanteuses, en créant des classes spéciales pour l'un et pour l'autre sexe. Le chant surtout avait ses faveurs et sollicitait sa constante attention : il y avait alors pour les é I î ■ \ ♦ ■ > hommes un pensionnat, et il défendait avec acharnement le principe de celte institution, si utile en effet, car la somme de travail fournie par les jeunes gens est toujours en raison inverse de la liberté qu'on leur laisse. Sans doute, ces sortes d'oiseaux ne vivent guère en cage; niais alors, plus on les tenait appliqués au travail, plus on formait des sujets sérieux et vraiment instruits en leur art. C'esl encore Auher qui. pour donner plus de solennité aux exercices si olaires, avait imaginé de faire jouer sur le théâtre de I établissement, des ouvrages entiers avec décors, costumes el accessoires; sur celte même scène, il donnait asile aux prix de Home qui revenaient d'Italie, el obtenait pour eux la représenta lion d'un acte, en préparant ainsi leur début, souvent si long et difficile, à l'Opéra ou à l'Opéra-Comique Enfin lui-même n'hésitail pas h mettre au service de I école ses talents de compositeur, pour les épreuves annuelles ou trimestrielles des examens el des cou-
cours. Il écrivail alors, comme avant lui Cherubini, comme après lui Ambroise Tbomas, des solfèges à lire avec changements de clefs, des partimenti à réaliser, des leçons à déchiffrer pour les instrumentistes, des thèmes à traiter sur l'orgue; il proposait les sujets de fugues, se faisant aider seulement, vers le déclin de l'âge, soit par des anciens comme Batton, Elwart, Le Borne, Benoisl, soit même par des nouveaux comme Bizet.
Toutefois, son activité musicale trouva plus encore à s'exercer dans ses fonctions de maître de chapelle à la Cour, fonctions qu'il prit au sérieux; le zèle même avec lequel il les remplit, à une époque de sa carrière où d'autres eussent aspiré au repos, laisserait croire qu'à la satisfaction dti devoir accompli s'ajoutait vraiment pour lui la joie artistique de produire. Celte chapelle ne comprenait pas moins de quarante choristes el quarante instrumentistes, sans parler des solistes, soit artistes de l'Opéra, soit artistes en renom de passage à Paris, soit même quelquefois pensionnaires du Conservatoire. Auber rédigeait les programmes et choisissait les interprètes ; dans aucun cas, il ne dirigeait luimême; au concert, ainsi qu'à l'église, l'orchestre était toujours conduit par les chefs de l'Opéra, tour à tour Girard, Dietsch, Georges Hainl. Comme pour la musique particulière, il composait, nous l'avons vu, quelques cantates de circonstance, il composait aussi pour la chapelle des pièces vocales el instrumentales donl chaque année grossissail le nombre el qui formèrenl
une sorte de répertoire religieux à l'usage de la Cour. J'ai pu le reconstituer au moyen de mes autographes et j'ai complété pour la bibliothèque du Conservatoire cette collection qui permet d'étudier Auber sous un aspect ignoré de la foule : pour tous, en effet, Auber est un homme de théâtre et non d'église. Cependant l'élève de Cherubini ne pouvait avoir négligé complètement un genre où son maître avait excellé; dès le début de su carrière, nous le trouvons occupé de musique religieuse; sans parler de la messe en ut, composée à Chimay en 1815, je retrouve, par exemple, dans ma collection personnelle, des Litanies de la Sainte Vierge, en soi mineur, pour chœur, avec paroles latines et orchestre, qui datent de la même époque, et une hymne à sainte Cécile en ré, pour chœur et orchestre, également. A partir de 1820, la scène le prend tout entier et ne lui laisse guère de loisirs pour d'autres ouvrages que ceux du genre dramatique. L'occasion ne se présente qu'en 1849: il instrumente un Domine salvum far qu'exécutent, sous la direction de Girard, l'orchestre et les clueurs du Conservatoire, le 2i février, à la Madeleine, lors d'une messe solennelle, célébrée par l'archevêque de Paris, devant le Président de la République, l'Assemblée nationale et tous les grands corps de l'Etat. Telle est la fortune de ce morceau qu'il reparaît à Notre- Dame le 1" janvier 18.">2. confié à la masse formidable de 300 chanteurs et 200 instrumentistes; onl'j retrouve le 30 janvier 1853, pour le mariage de l'Empereur et, en septembre 1855, pour la prise de Sébastopol, sans
parler d'une exécution à la messe «les Tuileries, le 15 août 1853. Les années 1854, 58, 59. 60, 63, 65 comptenl parmi celles où Auber a gardé le silence au théâtre; c'est au cours de celles-là, précisément; que naissenl la plupart <le ses œuvres religieuses. Presque toutes étaient composées pour choeur, mais le plus souvent avec un solo, solo vocal ou instrumental (violon, hautbois, clarinette, etc.), qui justifiai! l'audition de quelque virtuose. Ajoutons que presque toutes aussi existent sous deux états, c'est-à-dire qu'elles comportent deux formes d' accompagnement : l'un pour orchestre, l'autre pour orgue avec ou sans harpe. Pour elles, autant et plus que pour les pièces officielles, signalées [dus haut, une étude complète et détaillée, offrirait quelque intérêt Faute de place, il n'y a lieu de signaler que l'importance et le caractère général de ces productions. Leur nombre d'abord mérite une nienlion. sous l'aspect abréviatif de quelques chiffres que je rassemble ici pour la première lois, savoir : I Credo, don! 2 avec Kyrie: // Kyrie; 3 Gloria: // 0 Salutaiis: 7 Agnus Dei : Il Benedictus et 8 motets divers (Pie Jesu, Ave .Maria, etc.).
Pour juger de telles œuvres, il faut les considérer sous le même point de vue que leur auteur et ne point s'étonner ni s'indigner de n'y pas découvrir ce que les idées de son temps, plus encore que les siennes, ne l'auraient guère autorisé à mettre. On ne se référait guère alors aux principes posés parla Schola canlorwn : on ignorait forcément en matière d'art les exigences
Fra Diuvolo : u ëco us des i r Litliograpbic de l'époque
dogmatiques formulées par le pape Pie X dans son Mot// proprio; on n'estimait pas qu'il y eût pour le service du culte un genre de musique imposé ; chaque compositeur parlait sa langue et, à la seule condition de le faire avec respect, il chantait Dieu avec l'élan de son cœur et le tour de son esprit. Fidèle aux préceptes de l'école italienne, façonné par la main d'un Cherubini, Auber vivait à une époque où l'Église admettait, sans se croire profanée, les chanteurs du théâtre et les chants du concert. Il s'exprimait donc selon le langage de ses contemporains, en ajoutant le prix de ses dons personnels, sa mesure et son élégance, son charme el sa fantaisie. Ses chœurs sont traités avec force et sobriété, riches d'une harmonie simple, mais pure ; le mouvement s'est calmé, les rythmes se sont assagis; la danse a fait place à la prière: les lignes mélodiques se sont infléchies suivant une courbe plus sévère, mais gracieuse quand même. C'esl toujours la mélodie qui coule avec abondance, el Auber le savait si bien qu'il lui arrivait plus tard de reprendre son bien cl d'en changer la destination. Toulc celte musique demeurait inédite fil ne fut jamais publié qu'un 0 Salutaris), il en replaçait des fragments dans ses opéras Ainsi, pour n'en citer qu'un exemple, el on en trouverait d'autres, le délicieux nocturne à deux voix du Premier jour de bonheur en 1808. était en 1865 un Kyrie pour chœur et orgue. A l'inverse de Sébastien Bach qui puisait dans ses cantates laïques pour alimenter ses cantates sacrées, Auber empruntai! à sa musique religieuse pour enri-
chir ses ouvrages profanes. De tels procédés font naître aujourd'hui le sourire chez les sceptiques et la colère chez les croyants. Sans pousser jusqu'à l'extrême, on peut dire que l'agrément d'une musique, comme celle d'Auber, ne suffît plus à nos vues modernes, lorsque devant nos veux se dresse la majesté d'un temple. Il faut Un art sévère et celui-ci a le tort de n'être qu'aimable. En somme, on a quitté l'église, semble-t-il, pour un hôtel particulier, et l'on dit la messe dans un salon. C'est là, du moins, qu'on doit aller chercher les «huniers témoignages de son activité musicale. les dernières étincelles de son génie mélodique, car je découvre encore, à la date de 1870, un Kyrie en fa mineur, pour chœur et orchestre. 11 louchait alors presque au terme de sa longue et glorieuse existence.