‹ Auget de Montyon, 1733-1820Chapitre 113 sur 224 · Mémoij-es de M"» de Genlis · texte numérisé non relu

Mémoij-es de M"» de Genlis

2. Et non pas l'hôtel de Montyon^ ainsi qne la indiqué M. Fernand Labour, dans un couplet, d'ailleurs fort agréable, sur les hôtels des magistrats habitant le Marais. V. F. Labour, M. de Montyon, p. 150.

mouchel, marchands de drap, à la Groix-de-Fer, rue Saint-Honoré, presque vis-à-vis la boucherie de Beau vais », et l'on n'a là queTembarras du choix entre « les draperies de France et étrangères et toutes les étoffes nouvelles pour habillement d'homme». M. le Conseiller d'Etat de Montyon ne porte pas davantage, ainsi qu'on pourrait le supposer d'après sa réputation d'inélégance, des culottes et des bas grossiers en laine ou coton, tels ceux qu'on voit aux marchands, paysans et autres espèces ; ses culottes sont de satin, et c'est encore Hermée qui les taille ; pour ses bas, qu'il désire tantôt noirs, tantôt blancs et tantôt gris, leur provenance dit assez de quelle riche matière ils sont lissés, car on les prend chez Pierre Rousseau, marchand bonnetier des dames de France, qui « vend et fait fabriquer toutes sortes de bas de soie... en gros, en détail et en conscience {sic) à la Bonne Fabrique, rue Saint-Martin, vis-à-vis la rue aux Ours ». Même en ces temps de modes simples et d'habits à la Franklin, sans galons ni parures, des boucles diamantées brillent aux souliers de M. le Conseiller d'Etat de Montyon, et son gilet noir s'éclaire de dentelles; les boucles sont des bijoux de famille; mais les dentelles, que l'on nomme fîlletles et point d'avoines, veulent être tirées de chez quelque fabricant renommé ; on les demande au sieur Vauquier, à l'enseigne du Cerceau d'Or, rue de la Coutellerie, à Paris, et c'est à une spécialiste, la veuve Larpie, qu'il appartient ensuite de les nettoyer.

Tel maître, tels serviteurs. Le domestique de M. le Conseiller d'Etat de Montyon n'est pas seulement des plus nombreux, il est encore des mieux vêtus ; sa livrée ordinaire est de drap noir. sa livrée de gala est de velours noir, de velours ciselé, voire même de velours brodé qu'on rehausse de galons et boutons dorés ; boutons et galons sont chèrement acquis chez la veuve Gallot, qui « tient magasin de galons or et argent fin » au Soleil d'Or, Vieille-Rue-du-Temple, au coin de la rue Barbette, vis-àvis l'hôtel de Soubise. Quant à la confection des livrées, c'est encore un spécialiste M. Vasseur, qui s'en charge fort honnêtement, et qui prend à des périodes fixes, les mesures de l'intendant et homme de confiance, M. Mirai, du maître d'hôtel, du suisse, du valet de chambre, des quatre laquais, du chef de cui-

sine et de song-arçon, du postillon et du cocher. Seule, M°"^ Mirai, la femme de charge, échappe à la contrainte de Tuniforme, et par suite à la nécessité de la mensuration : M"'" Mirai est une personne simple et digne, qui offre plus de solidité que d'éclat et qui fait moins de bruit que de besogne.

L'écurie ne renferme pas moins de six chevaux ; on compte, dans les remises, une diligence de campagne, « une diligence anglaise pour la ville », un carrosse, et, suprême coquetterie, un cabriolet. Le soin d'entretenir les voitures incombe, pour le gros ouvrage, au « sieur Duchemin, menuisier en cari'osses, rue de Birague », ainsi qu'au « sieur Giraud, maître charron», même rue. Mais c'est au « sieur Martin, vernisseur du roy », qu'il appartient seul de reviser le travail de ces artisans et d'y apporter un dernier lustre.

«La robe dîne, la finance soupe », prononce quelque part Mercier, dans son Tableau de Paris. Chez M. le Conseiller d'Etat de Montyon, on dîne et on soupe, ainsi que l'attestent les mémoires du « sieur Brasier, qui avait passé arrangement pour fournir l'huile et les mèches, dans la grande antichambre de l'escalier », et qui nous a laissé les « états des soupers que M. de Montyon a donnés ». La moyenne semble généralement de deux soupers par mois. M""' Mirai compose les menus ; M. Mirai se charge des approvisionnements, et si Ion se réfère aux notes de victuailles, gibiers et vins, qui lui sont présentés par différents fournisseurs, on doit juger que la chère est tout particulièrement exquise. Au besoin, le maître de maison ne dédaigne pas d'ordonner en personne, le confort et les raffinements de sa table. En vue d'acquérir telles nappes que l'on renomme, ou telles de ces friandises dont la province seule garde les secrets, il utilise alors ses vieilles relations administratives. M. Dagay, intendant d'Amiens, lui procure les « pâtés de canard et de perdrix ». ]\L de Villedeuil, intendant de Rouen, lui fait tenir des pièces de toile fine '.

1. Voici, là-dessus, un billet qui nous paraît curieux à force d'élégante simplicité :

M. de Villedeuil a l'honneur de présenter son respect à M. de Montj'ou et de le prévenir que la pièce de toile qu'il lui a demandée a été mise à

Voici enfin qui dérange toutes les notions communément admises sur la vie privée de notre héros : en un salon de drap vert Saxe, que Ton commande tout exprès à Châteauroux, chez le sieur Quatremère de Lépine, les invités de M. le Conseiller d'Etat de Montyon font, après souper, leur partie, et ni leur hôte, ni son frère M. de Ghambry, ni son beau-frère le vieux Fourqueux, ne sont les derniers à cartonner. En 1785, celte société de gens si graves, s'avisa même de vouloir posséder les jeux à la mode ; et Montyon dut acquérir du « sieur Foulon, marchand tabletier à V Eléphant^ rue Jean-Pin-Mollet, près l'hôtel de Picardie, à Paris », un jeu de dames, un trictrac, voire même un de ces lotos dont nos enfants ne veulent plus, mais qui passionnaient nos arrière-grand'mères.

Pendant la belle saison, tout ce train, et tout cet aria étaient, pour ainsi dire doublés, car M. le Conseiller d'Etat de Montyon recevait tantôt à Paris, et tantôt à Monthyon-en-Brie. Nous avons déjà noté le soin méticuleux avec lequel cette terre était administrée. A partir du moment où il ne fut plus diverti d"y venir, par ses occupations d'intendant, Montyon paraît l'affectionner davantage encore. Nul embellissement ne lui semble trop coûteux dès qu'il s'agit du parc et du château, où il entretient en permanence des équipes d'ouvriers. Dans les premiers jours de juillet 1777, nous trouvons là six maçons, deux manœuvres, douze terrassiers, un carreleur, un tailleur de pierres, cinq

son adresse, à la diligence de Flandre, pour Paris ; elle contient 38 aulnes

1/2 à i livres 15 sols

montant ensemble à 182 livres 17 sols 6 deniers

Pour l'express qui l'a portée à Bouchain. . 1 — 10 —

Total 184 livres 7 sols 6 deniers

M. de Villedeuil désire infiniment que M. de Montyon soit aussi satisfait de la commission dont il a bien voulu le charger, qu'il a eu de plaisir à s'en acquitter.

Ce 8 septembre 1782.

Au-dessous, on lit de la main de Montyon : 1782, 12 septembre.

Mirai ira porter un billet qu'il cachettera, chez M. de Villedeuil : il payera 181 livres. 7 sols, 6 deniers.

Et enfin nouvelle mention de la main de Villedeuil :

Il m'a été remis de la part de M. de Monthion la somme de cent quatrevingt-quatre livres, sept sols, six deniers, ce 2i septembre 1782.

DE Villedeuil.

17G CIlAl'ITlii: M

menuisiers el autant de peintres ou vernisseurs. L'ensemble du château est remis à neuf, depuis les boiseries extérieures « que Ton peint en blanc de roi tirant sur le g-ris », jusqu'aux lambris intérieurs qui reçoivent chacun quelque décoration appropriée. L'appartement de Montyon et celui de M'"" de F'ourqueux font l'objet d'une sollicitude spéciale ; on installe, dans le premier, « des cabinets à l'anglaise », on prodigue dans le second certain vernis bleu céleste qui donne, paraît-il, le plus bel effet du monde ' .

Le moment vint cependant où, ni l'hôtel de Charolles, ni le château de Monthyon-en-Brie, ne suffirent plus à contenir les hôtes. Peut-être, aussi, Montyon naturellement indépendant, désirait-il le devenir une fois pour toutes à l'égard de son beau-frère et de sa sœur, en mettant quelque élôignement entre leur résidence et la sienne. Enfin, on peut supposer qu'à ses yeux, son luxe de locataire brillait d'un éclat emprunté, et qu'il avait hâte de placer sur quelque fronton lui appartenant en propre, ce fameux « marbre d'hôtel » considéré jadis comme un des privilèges exclusifs de la noblesse -. L'occasion lui en fut offerte, dans les premiers mois de l'année 178U, d'abord par la mort de >L de Fourqueux, ensuite par la résolution que prit M"""^ de Maurepas, de vendre ou de donner à long bail, son hôtel du faubourg Saint-Germain. M. de Fourqueux mourut, en effet, le 8 février 1789, et M"^® de Fourqueux quitta presque aussitôt Paris pour se retirera Fourqueux. Pour M'"" de Maurepas, elle avait cessé depuis plusieurs années, de recevoir même son fidèle ami, l'abbé de Véry. Les splendeurs de l'hôtel Phélypeaux ne la touchaient plus guère. Par acte passé devant Gondouin, notaire, le 24 mars 1789, elle en vendit l'usufruit à Montyon, moyennant la somme de cent dix mille livres ; tous les détails de cet acte ou de l'état des lieux qui lui est annexé, accusent la magnificence de cette nouvelle demeure ^.

Bâti au milieu d'« un jardin planté de marronniers, avec bassin, jet d'eau, carré de verdure, salle en tilleuls ou charmilles, el

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