‹ Auget de Montyon, 1733-1820Chapitre 136 sur 224 · Id., ihid · texte numérisé non relu

Id., ihid

LE ciiancp:lier or comie D'ARiors 24.)

bavardage est le moindre défaut des apolog^istes, et quil v a des cas où le silence mériterait à lui seul un prix de vertu.

Telle est l'interprétation vraiment historique qui nous semble convenir au plus célèbre des actes de Mont von.

Avec elle, l'institution du prix de vertu n'apparait plus comme un vain sacrifice fait à la mode, mais bien comme la réalisation d'une pensée originale ; plutôt que l'esprit d'une époque, on y retrouve celui d'un homme, et d'un homme qui affirme volontiers sa personnalité... La personnalité, l'indépendance mal contenue, le quant à soi, voilà donc où finissent toutes les avenues que nous suivons une à une pour découvrir le caractère de Montyon sous ses intimes aspects. Peut-être 1 a-t-on déjà remarqué: chacun des chapitres de ce livre commence par le tableau des essais successifs que tenta notre personnage pour se mettre au goût du jour. Mais bientôt il en faut rabattre ; un mot, un geste, quelque incartade ou quelque coup d'éclat viennent détruire l'harmonie du tableau ; commencé par la description d'une marche obstinée vers la gloire, le chapitre se termine par l'histoire d'une disgrâce : on dirait que la destinée de Montyon était de briser sans cesse les chaînes dont son ambition le chargeait sans répit.

MO.NTVON PENDANT LA REVOLUTION ET l'ÉMIGRATION. AFFAIRES d'intérêt ET AFFAIRES DE COEIR.

Montyon piosscnt la longrueur de son séjour à rélranger. — II se préoccupe de bien employer ce loisir forcé.

I. — L'administration de ses domaines, de 17S9 à 179.3. — La Révolution française à Monthyon-en-Brie. — Correspondance de .\Iontyon avec son principal régisseur Fiacre Parain. — Loyalisme et rhumatisme. — Serment civique et nouveau.\ impôts. — Premières mesures contre les émigrés. — Sac du château de Monthyon-en-Brie. — Son occupation par des volontaires du Bas-Limousin. — Un arbre de la liberté à Chambry. — Montyon quitte Verny en 1792. — Il est déclaré émigré (février 17931. — Confiscation et vente de tous ses biens.

IL — Montyon réalise une grande partie de sa fortune mobilière. — Il fait, dans l'univers entier, des placements, qui deviennent une source de revenus et de difficultés. — Les principales de ces dernières naissent en Suisse, et le forcent à plaider. — Montyon plaideur. — Honnêteté et dignité de ses procédés. — Sa défiance et son autoritarisme maladroits. — Son acharnement contre les débiteurs de mauvaise foi.

III. — Montyon et les Suisses. — Son installation à Lausanne. — Lausanne au .win" siècle. — La société de Bourg. — La famille de Severy. — Montyon et l'amitié. — Rosalie de Constant. — Les samedis de Madame de Charrière. — Montyona-t-il voulu épouser Rosalie de Constant ?

Après avoir suivi, avec nous, Teffort d'opposition réalisé par le- comte d'Artois et son chancelier, de 1782 à 1789, on pourrait croire que l'émifjfration ne sépara point ces deux hommes, qu'avaient unis une fortune meilleure et surtout leur commune haine contre \ecker. On se tromperait. Au départ de Paris, le 17juin, le prince s'était dirigé vers Valenciennes, n'emmenant avec lui que quatre j,'^enlilshommes. fort nobles à la vérité, mais aussi fort indi;,'^ents de mérite personnel : d'Hénin, de Vaudreuil, de Blignac, de Caslelnau. La tête à lèvent, le cœur occupé de la seule femme qui ait jamais su le fixer, M""' de Polastron, d'Artois considérait son voyage comme une partie de plaisir, propre à le divertir de l'ennuyeuse politique à laquelle il regrettait déjà de s'être prêté ; on se le représente assez bien, dans le

carrosse qui les emportait, lui et ses compagnons, sur le pavé de Meaux, parlant toujours, n'écoutant jamais ', secouant ses amitiés de la veille, médisant au premier rang de ceux dont il avait emprunté quelque temps les idées, le style, la flamme ellemême ; sur Montyon. en particulier, on croit l'entendre dire ou à peu près, le mot qu'un autre grand seigneur '^ a écrit, plus tard, de Sénac de Meilhan : « Ce n'était après tout qu'un homme de robe. »

L'homme de robe, cependant, balançait s'il quitterait ou non la France ; nous avons établi qu'il s'y décida le 23 ^, à la suite d'une nouvelle menace anonyme qui lui était venue des Caveaux du Palais Royal, et sur un avis pressant que lui fit parvenir le comte de Provence '* . Mais bien avant cette date, on peut affirmer qu'il avait médité les meilleurs moyens et les plus confortables conditions d'une fuite, et qu'il s'était efTorcé d'organiser, derrière soi, tout un système de communications, de correspondances, nous dirions presque d'approvisionnements. Tant à ses yeux, la « partie de plaisir » risquait de se prolonger, et tant le voyage menaçait de devenir un exil !

Dès le 25 juin 1789, il se précautionne, en efîet, d'un valet de chambre sûr, de complexion vigoureuse et qui puisse supporter les fatigues du service, pendant un long voyage : « Parain, écrit-il à son régisseur, demandera à Platteau, ou plutôt à sa femme, réponse sur un jeune homme de dix-huit ans, propre au

service, neveu de la femme de Platteau ; il demeure à Meaux

Savoir son âge. sa taille et son écriture '. » On lui envoie le gaillard qui ne mesure pas moins de « cinq pieds trois pouces », et qui est « assez bel homme " ». Avec l'impatience d'un

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