Alo.vs de Molin, op. cit
magistrat qui ne fait pas confiance aux tribunaux : « Voilà deux ou trois affaires, gémit-il, où je me trouve fourré, dans des procès, moi qui n'en ai jamais eu, dans le temps où j'avais des tracas qui devaient m'en donner '. » Et ailleurs : « Je n'ai jamais eu de procès avant la Révolution, mais j'en ai vu et terminé plus et d'autrement importants que tout ce que verra M. Févot, etj'ai une expérience qui me met à portée de savoir à quoi m'en tenir -. » Joignant l'acte aux maximes, il se déclare prêt à toutes les concessions, pourvu qu'on lui épargne la peine et le ridicule de plaider ; devant que d'ébranler l'huissier, il épuise les moyens de persuasion et d'arrangement, se forge des scrupules, les pèse, et n'ordonne d'assigner qu'après avoir consulté <( une personne très respectable ^ ». Au résumé, c'est un plaideur, sans doute, mais un plaideur à son corps défendant et qui n'a pas la vocation.
C'est aussi un adversaire loyal et courtois ; son intelligence rectiligne entend mal les subtilités de la chicane, et nul dessein ne le séduit autant que celui de faire prévaloir l'équité sur la lettre des contrats, le ton de la modération sur les éclats de la colère. A la première ligne d'un de ces mémoires, où l'exoi'de insinuant et cauteleux paraissait de rigueur, voici de quel style il parle aux juges : a M. Auget de Montyon, ancien conseiller d'État de France, après avoir tout tenté pour éviter un procès, forcé de paraître devant les tribunaux, y portera le caractère qui lui convient ; il n'avancera aucun fait qui ne soit prouvé, ne se permettra aucune expression offensante, et si la réputation de la personne dont il a sujet grave de se plaindre est compromise, ce sont les faits mêmes qui l'accuseront ''. » Un peu plus tard, on le surprend en train de raffiner sur la délicatesse au profit de son ami et homme d'affaires,