Archives de l'Assistatice Publique
2. Aloys de Molin, op. cit., p. 42 et 46. Ce Strout avait imafriné de reii- [vùi\ aux frais de Montyon, dans des créances plus ou moins mauvaises ; il lui avait donc persuadé de prêter aux propres débiteurs de la maisim t Irout.
accordait rien du tout, ils estimèrent venu le moment de prendre ; ou les vit pillant greniers et celliers, incendiant châfeaux et archives, aflichant surtout la prétention de ne plus payer aucune redevance perpétuelle '. De là à refuser le payement de leurs dettes personnelles, il n'y avait qu'un pas : les \'audois le franchirent avec lagilité convenable à des montao^nards, et Montyon fut lune de leurs premières dupes. Dès la fin de 1797, sous prétexte, que « des troubles avaient éclaté dans leur pavs, ils commencèrent de ne plus payer régulièrement les arrérages de rentes dont ils étaient débiteurs ^ » ; en 1798 Montyon ne reçut d'eux que de rares messages et fort peu d'arg-ent; en 1799, il n'obtint même plus de leurs nouvelles.
Il aurait certes pu mépriser un semblable procédé ; il aurait pu se représenter que les pêcheurs en eau trouble sont de tous pays, que l'indélicatesse n'a pas de frontières, et qu'après avoir rencontré de nobles royalistes, capables de se libérer en assignats dépréciés, on doit rencontrer sans surprise des paysans capables de ne pas se libérer du tout. Mais il ne possédait point tant de philosophie; il demeurait prompt aux vertueuses colères ; il venait en outre de passer la soixantaine, qui est, dit-on, le bel âge pour plaider. Il plaida donc, et pendant une dizaine d'années, on pourrait le montrer accumulant contre ses débiteurs « lémaniques », les notes menaçantes, les ordres de poursuite, les mémoires à consulter.
Nous ne le suivrons pas dans ce maquis dont la description exigerait un gros livre et remplit déjà un fort agréable petit volume ^. Nous essayerons seulement, tant d'après ce qui a été publié que d'après les pièces demeurées inédites, d'apercevoir ici quelque nouveau côté de sa physionomie, et comment il se comporte, à la barre des demandeurs.
Montyon plaideur, olfre d'abord ceci d'inattendu qu'il n'est pas fier de l'être devenu ; il en conçoit plutôt quelque honte, et remplit un personnage assez commun dans la robe : celui du
1. Sur tous ces points, voir Eugène Mettez, Les Bourla-Papeijet la Révolation vaiidoise.
2. Aloys de Molin, op. cil., p. H et Bihliolhè({iie de Genève, \l. ce. 23 a.